Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel

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Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel, aux éditions Fayard

De lui, on ne connaîtra jamais le vrai prénom… En changeant d’emploi, il est devenu Eric, téléopérateur…

« X (nom de l’entreprise), bonjour, Eric, que puis-je pour votre service ?
– Bonjour, je suis client chez vous et j’aimerais changer mon contrat
– Nous allons regarder ça ensemble, vous êtes bien monsieur/madame/mademoiselle X ? Vous habitez bien numéro/nom de rue/ville ?…  »

Depuis près de 30 ans, il était électricien, sur les chantiers, à travailler, avec ses mains, dans la vie réelle… Mais crise oblige – licenciement et reconversion professionnelle – il lui faudra apprendre un nouveau métier, rencontrer de nouveaux collègues et surtout intégrer le discours formaté de l’entreprise : un nouveau langage dont il ne faut absolument pas sortir. « Il faut se mettre à la place du client » ressasse sans cesse sa collègue Maryse. A la place du client certes, mais surtout lui vendre toujours de nouveaux contrats plus profitables à l’entreprise, ne jamais le rappeler et lui donner l’impression que le service est de qualité… La pression sur les salariés ne se relâche jamais avec des objectifs toujours plus difficiles à atteindre, des « opérations spéciales » conduites par un service marketing le plus souvent en décalage avec le réel, des entretiens réguliers de recadrage « Vous n’avez pas atteint vos objectifs, vous ralentissez la progression de l’équipe ».

Vagues de suicides dans l’entreprise : on dépasse les vingt morts… La presse s’empare de l’événement, la direction tente d’améliorer les conditions de travail – plutôt de faire croire qu’elle les améliore et qu’elle est à l’écoute des salariés : enquêtes, séminaires de remotivation , réorganisation des espaces de travail… Dans la réalité, rien ne change, la pression a plutôt tendance à s’aggraver. Les uns et les autres font face comme ils peuvent… Le plus souvent individuellement… Pas de place pour le collectif…

Alors, un jour, il craque : il rappelle un client, va même jusqu’à le rencontrer, l’aider, lui consacrer du temps. Et elle, sa femme, ne comprend pas : il s’est mis à courir – un moyen pour lui de faire le vide, d’accepter ce nouveau mode de vie – puis il s’absente – sans dire ce qu’il fait de ce temps volé à la vie quotidienne.

Comme un surf sur des thèmes à la mode, un roman qui, à aucun moment ne permet d’éprouver la moindre empathie avec les personnages : certes la vie dans l’entreprise n’est pas drôle mais est-elle si éprouvante ? Une écriture détachée, un déroulement banal, un héros évanescent, on peut, sans peine, laisser de côté ce roman de la rentrée littéraire, il y a beaucoup mieux à découvrir…

Christine Perrichon pour Chermedia.

Présentation de l’éditeur

Vous ne verrez jamais son visage. Vous ne connaîtrez même pas son prénom, puisque l’entreprise qui l’emploie lui en a donné un autre. Il est le téléopérateur qui finit par vous répondre après que vous avez dû appuyer successivement sur la touche étoile, trois, six, dièse puis de nouveau étoile. « Éric à votre service. » Éric ? Inutile de vous en souvenir. Lors de votre prochain appel, vous tomberez sur quelqu’un d’autre. John, George, Paul ou Ringo. Peu importe. En revanche, vous aurez droit aux mêmes réponses. Elles apparaissent au téléopérateur sur un écran d’ordinateur, classées par thèmes.

Une série de suicides dans l’entreprise rappelle douloureusement que les employés ne sont pas des machines. Pour ne pas en arriver à une telle extrémité, Éric décide simplement de transgresser les consignes : un jour, il rappelle un client de sa propre initiative…

Après Central, Composants et CV roman, Thierry Beinstingel continue d’aborder le sujet du travail et de sa représentation en littérature. Retour aux mots sauvages interroge à nouveau la problématique du langage que l’univers économique tente de contrôler. Les mots sont les vecteurs d’une organisation libérale devenue sauvage. Mais ce « retour » – à la manière d’un boomerang – est aussi un message d’espoir : on ne peut pas régenter la communication jusque dans ses moindres détails sans dommages. La vague de drames de cette multinationale démontre que l’humain, à travers sa langue maternelle, a une capacité de résistance. Et c’est sans doute le rôle de la littérature que de révéler cette force.



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