
La ballade de Lila K de Blandine Le Callet, aux éditions Stock
Lila est très jeune lorsqu’on la sépare de sa mère et le livre commence très fort par cette séparation et l’ultime regard d’amour de cette mère pour son enfant. Ce passage qui débute le livre est très émouvant et je me suis retrouvée le coeur serré dès la première page.
Elle est emmenée dans un centre dans lequel elle est rééduquée, opérée, instruite. On découvre ainsi que sa petite enfance n’a pas été toute rose. Et pourtant ….. Toute sa vie elle voudra retrouver sa mère et savoir ce qui lui est arrivé, Lila est volontaire, courageuse et patiente. Sa vie dans le centre est très détaillée et très intéressante, ses éducateurs seront patients et respectueux.
J’ai beaucoup aimé la façon dont est racontée cette histoire et dont les sentiments sont retransmis « Je souffrais encore plus qu’avant, lorsque je n’avais qu’un deuil au coeur. Maintenant qu’ils étaient deux, je me demandais si j’arriverais à les porter ensemble. Ca commençait à être vraiment lourd, toutes ces larmes qui se déversaient en moi, sans faire le moindre bruit. »
Lila ne supporte pas les contacts physiques mais va devoir faire des efforts surhumains pour y arriver et pouvoir sortir de ce centre « Si je voulais avoir une chance de quitter le Centre un jour pour retrouver ma mère, il faudrait en passer par là : les contacts poisseux, les haleines douteuses, la tiédeur malsaine, tout ce frotti-frotta répugnant qu’implique forcément la vie en société. Comment imaginer pouvoir y échapper. »
C’est une histoire très réaliste même si on se rend compte progressivement qu’elle se passe à une autre époque que la notre, dans quelques dizaines d’années. Et horreur ! les livres sont proscrits, il faut mettre un masque et des gants pour les manipuler. Mais Lila tombe amoureuse des livres grâce à l’un de ses éducateurs qui a un esprit subversif et elle ne lâche plus les livres. « Je me moquais un peu du contenu des livres. Ce que je recherchais, surtout, c’est le pouvoir qu’ils m’accordaient. J’arrivais grâce à eux à m’abstraire de ma vie. J’oubliais le Centre, sa routine et son lot de contraintes épuisantes. J’oubliais qu’on m’avait confisqué ma maman. J’étais ailleurs, loin du monde, loin de moi. C’est parfois reposant de se perdre de vue. »
Et après des années passées au Centre, Lila sort enfin, trouve un travail et fait des efforts incroyables pour côtoyer du monde. Mais ce n’est pas simple, dans cette société les gens sont sous surveillance presque constante, et ce n’est donc pas facile de faire des recherches sur sa mère dans ces conditions.
D’autant plus que Lila habite intra-muros et qu’à l’extérieur de ces murs se trouve « la Zone » où il semble que ce soit la jungle et où personne n’est en sécurité. Mais Lila est obstinée, elle prend son temps mais elle veut y arriver et elle va y arriver.
J’aime beaucoup la façon d’écrire de Blandine Le Callet, j’ai plongé dans cette histoire pour n’en ressortir qu’à la fin après des passages très forts en émotion. On suit Lila d’année en année, sans se lasser un seul instant, en souhaitant qu’elle s’en sorte, c’est un personnage assez extraordinaire avec une grande ténacité et une volonté à toute épreuve.
Chronique réalisée par Sandrine(SD49).
Présentation de l’éditeur
La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.
Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.
Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore… Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.


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Magali
7 septembre 2010
Belle chronique Sandrine!
Et qui me rappelle Fahnreheit 451 pour les livres proscrits!
Hop, un texte de plus sur ma liste au Père Noel!
Mathilda
20 septembre 2010
Intriguée par cette chronique, j’ai acheté ce bouquin avant hier… et je ne l’ai pas laché avant de l’avoir fini. C’est bluffant ! Merci pour le conseil. Son premier roman est-il aussi bien ?
Cyril
24 septembre 2010
J’ai moi aussi beaucoup apprécié ce roman. J’ai été saisi par cette description d’un Paris futuriste, en réalité si proche de nous et de nos dérives.
@Mathilda: le premier roman de Blandine LE CALLET est « Une pièce Montée ». Vous avez peut-êttre vu le film. Le livre, comme souvent, est beaucoup mieux. Il est drôle et caustique. Totalementy différent de Lila K.
beatrice
31 octobre 2010
J’ai lu ce livre en quelques heures ! j’ai adoré car non seulement c’est l’histoire poignante d’une enfant traumatisée qui se reconstruit mais c’est aussi une réflexion sur une politique sécuritaire trés poussée, sur la censure et la manipulation de l’état, les règles et les interdits,…à lire absolument.
Adèle
1 novembre 2010
J’ai dévoré ce roman en quelque heures également ! C’est terriblement addictif. Cette histoire est si émouvante, Lila si attachante. Et Paris, tout à fait effrayant.
Bénédicte
19 février 2011
j’ai bien aimé ce roman futuriste. Quelle vie pour Lila qui après le placard connait le pensionnat et l’hôpital psychiatrique,La liberté n’existe pas dans ce monde sécuritaire. Je ne regrette pas de l’avoir lu
Papymarco
8 avril 2011
J’ai bien aimé ce roman, mais j’avais encore plus été séduit par son premier roman (cité un peu plus haut) »Une pièce montée ». Ce mariage bourgeois vu tour à tour par les différents protagonistes est un régal : j’ai adoré en particulier le personnage du curé qui ne sait plus très bien ce qu’il fait là et aussi la petite demoiselle d’honneur qui découvre l’hypocrisie des adultes devant l’enfant trisomique. Très drôle par moments, émouvant sur la fin avec l’inquiétude du nouveau couple (« Promets-moi qu’on va réussir notre vie ». A conseiller.
agathe
15 juin 2011
Un livre exceptionnel! Je l’ai lu, relu et je l’offre dès que je le peux! Beaucoup d’émotions et de noirceur… une perle!