Corpus delicti de Juli Zeh

Corpus delicti de Juli ZehCorpus delicti de Juli Zeh aux éditions Actes Sud

Corpus delicti, sous-titré Un procès, est un roman tout à fait intéressant, chers happy few, qui se sert de l’argument de science-fiction pour dépeindre une société parfaitement glaçante dans laquelle on refuse à l’individu tout libre arbitre et toute réflexion personnelle. Parce que tomber malade coûte de l’argent à la société (toute ressemblance avec des propos entendus ici ou là est bien évidemment purement fortuite), la Méthode a mis en place un système qu’elle juge infaillible, chacun mangeant le nombre de protéines en tube nécessaires à sa bonne santé, faisant un nombre invariable de kilomètres sur son vélo d’appartement et se soumettant tous les jours à des examens de santé qui permettent aux autorités de dépister les éventuelles maladies (il y a des capteurs dans les toilettes par exemple). Dans ce monde sans microbes, il est bien évidemment interdit de consommer des drogues ou des excitants (exit le café ou le thé, bienvenue à l’eau chaude avec deux gouttes de citron) et, corollaire, il est interdit de se soustraire à la Méthode (puisqu’elle veut le bien de l’humanité), de penser par soi-même (aussi inutile que dangereux) ou de rêver (parce que non scientifique). Dans ces conditions, l’attitude de Mia, qui veut juste qu’on la laisse faire son deuil en paix, intrigue, déroute puis inquiète les autorités. Et si elle était une dangereuse terroriste, voire même une adepte du DAM (Droit à la Maladie) ? Rédigé dans un style sec et précis, construit en courts chapitres qui font alterner phases du procès et passé de Mia, Corpus delicti est, malgré quelques joutes oratoires parfois un peu longues, un roman efficace et intelligent, chers happy few.

Chronique réalisée par Happy Few

Quatrième de couverture :

Nous sommes en 2057 et tout est propre. Pour le bien et la santé de tous, l’Etat a instauré La Méthode qui exige de la population qu’elle se conforme à toute une série de règles préventives en vue de l’intérêt général. A travers l’histoire de Mia, une jeune biologiste qui petit à petit se retrouve prise dans les mailles du système, Juli Zeh nous offre un roman rythmé et percutant autour des dérives de l’obsession sanitaire.

Juli Zeh était juriste avant d’entamer avec beaucoup de succès sa carrière d’écrivain. Elle est en train de finir sa thèse sur le droit international. Ses interventions à la télévision et ses contributions dans les journaux portent non seulement sur son œuvre romanesque mais aussi sur des questions de politique internationale et des questions juridiques. La défense des droits fondamentaux lui tient particulièrement à cœur. Son œuvre d’essayiste et de romancière a été récompensée par une dizaine de prix. En France, La Fille sans qualités (Actes Sud, 2007 ; Babel n°912, 2008) a reçu le prix Cévennes du meilleur roman européen en 2008. La même année, L’Ultime Question est paru chez Actes Sud. En 2010, Actes Sud a publié l’essai Atteinte à la liberté (écrit en collaboration avec Ilja Trojanow) et le roman Corpus Delicti.

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