Apocalypse Bébé de Virginie Despentes

virginie-despentes-apocalypse-bebeApocalypse Bébé de Virginie Despentes aux éditions Grasset

« Ecris donc ce que tu as vu, ce qui est et ce qui doit arriver ensuite. » est-il prescrit dans le premier chapitre au verset 19 du livre de l’Apocalypse. Virginie Despentes, écrivain peu orthodoxe, a choisi de suivre ce précepte dans son dernier roman où deux femmes détectives partent, dans un road trip délirant,  à la recherche de Valentine, adolescente déglinguée, entre Paris et Barcelone, jusqu’à voir se produire l’ « Apocalypse Bébé ».

Ce que tu as vu.

Virginie Despentes est depuis longtemps maintenant qualifiée d’auteur générationnel. De quelle génération parle-t-on ? De celle à laquelle appartient Virginie Despentes et ses personnages de détectives, Lucie la quarantaine ratée en mal de vie ou La Hyène sorte de Charles Bronson féminin mais sans jupon de protection dans la débrouille comme dans la haine ? Ou de celle de Valentine, 15 ans, la rage de vivre dans un monde qu’elle ne veut pas comprendre et le mors aux dents pour filer à toute vitesse vers un absolu tragique ? Avec la colère qui courrait déjà dans ses romans précédents, la connaissance de Barcelone où elle a vécu en plus, Despentes crée une fiction du monde qui lui ressemble.  Ce que Virginie Despentes voit est une fictionnalisation de King Kong Théorie : une féminité où le fameux désir de Freud se résout par la violence crue, le lesbianisme joyeux, la pénétration réifiée, et l’accomplissement dans l’expérimentation, le voyage plus que la destination. Elle décrit un univers à elle, où le porno est un moyen de libération, le punk une philosophie de vie, la violence une évidence.  L’homme dans cet univers y est un lâche ou un macho. Elle nous décrit une jeunesse qui préfère recracher la petite cuillère en argent qu’elle a dans la bouche pour y faire pénétrer la bite de ceux qu’elle croise ou les thèses prophétiques de ceux qui l’utilisent.  L’instinct maternel n’est pas une fatalité féminine, comme le préconise Marcella Iacub et la jeunesse de n’importe quelle origine sociale qu’elle soit est abandonnée, à la marge. No future donc autant pour les quarantenaires qui n’ont plus d’illusions que pour les adolescents qui semblent n’en avoir jamais eu.  Despentes semble s’être quelque peu apaisée au soleil espagnol et parfois on sent poindre du bonheur dans la sensualité dans l’immédiat.

Ce qui est.

L’évidence est que Virginie Despentes s’est décontractée, elle a créé une fiction sans trop dialoguer, elle a donné une voix différente à chacun  de ses personnages, elle a cédé à sa fascination des femmes au cœur de la tourmente qu’est pour elle le monde. Elle connait bien le monde des marges et des déclassés, la lassitude d’être toujours un peu en dehors, comme à côté ne voulant pas participer à un monde considéré comme féroce et sans idéal. Le pessimisme de Despentes sur le constat fait merveille. ¨Le sens de la débrouille, la violence de la survie, la possibilité de « poser ses couilles sur la table » pour compenser ses ovaires, tout cela décrit à merveille la vie se situant entre le Folie’s  de Pigalle et les places ensoleillées de Barcelone. La fulgurance du désir comme un palliatif au bonheur et à l’amour est même touchante. Pourtant, il reste une impression de «  so 90 » à la lecture.  Le personnage de La Hyène donne une idée de la féminité non réconciliée, de non différenciation des sexes qui n’est plus au goût du jour. La quarantaine droopy de Lucie lasse le lecteur de ses tergiversations et interrogations. Et surtout, malgré toute la tendresse que l’on sent chez Despentes pour l’univers des familles arabo-françaises, les préoccupations et le quotidien du jeune cousin incestueux de Valentine semblent trop proche d’un Joey Starr de pacotille que d’un garçon de l’époque du bling bling. Quant à son personnage de Sœur Emmanuelle mâtinée de Carlos (pas le chanteur, le terroriste) il laisse clairement sceptique.

Ce qui doit arriver ensuite.

Le titre du roman vient de cette légère anticipation que Virginie Despentes effectue, et qui fera du Palais Royal un champ de ruines.  Actuelle en ce sens, elle met  au cœur de sa réflexion le monde tel qu’elle le connait et le dramatise, faisant du terrorisme punk un avenir pour sa jeune héroïne.  L’acmé de la modernité de l’attentat est dans sa revendication nihiliste et quasi-écologiste.

Vu les sélections des prix, ce qui doit arriver ensuite est la consécration de Virginie Despentes. Peut être est ce la malédiction du rebelle entrant dans le système qui risque de toucher cette rebelle assagie ….

Chronique réalisée par Abeline Majorel

Quatrième de couverture :

Valentine Galtan, adolescente énigmatique et difficile, a disparu. La narratrice, Lucie, anti-héroïne trentenaire, détective privée sans conviction ni talent engagée par la grand-mère de Valentine pour surveiller ses faits et gestes, l’a perdue sur un quai de métro parisien. Comment la retrouver ? Que faire des édifiantes photos de Valentine qui la montrent si expérimentée avec les garçons ? Aurait-elle rejoint sa mère, qu’elle n’a jamais connue, à Barcelone ? Le mieux pour Lucie serait de faire équipe avec la Hyène, une « privée » aux méthodes radicales, une femme puissante, au corps souple, plein d’une violence qui s’exprime par saccades : moyennant finances, et aussi par amusement, La Hyène accepte le marché. Voici les collègues mal appariées, l’une lesbienne volcanique, l’autre hétéro à basse fréquence, qui traversent la France et l’Espagne jusqu’à Barcelone à la recherche d’une petite fugueuse, une gosse mal grandie, une fille de la bourgeoisie qui finira – on ne vous en dit pas plus – par rejoindre le camp des irréductibles.

Road-book, comme il y a des road-movies, portraits d’êtres blessés, traversée des différentes couches sociales – la bourgeoisie cultivée, botoxée et peureuse, les cités rebelles qui croient à l’avenir de l’Islam néolibéral, les radicaux de gauche ou de droite en imposteurs, les back-rooms lesbiens – ce roman particulièrement maîtrisé de Virginie Despentes fait dialoguer la forme du polar contemporain avec la satire sociale la plus corrosive. Et, étrangement, comme passée en contrebande, résonne une tendresse pour toutes les Valentine, ces adultes cousus d’enfance qui paient pour nos fautes.

Romancière et cinéaste, Virginie Despentes est l’auteure, entre autres, de Baise-moi (1993, adapté au cinéma en coréalisation avec Coralie Trinh Thi), Les Jolies choses (1998), Teen Spirit (2002), Bye Bye Blondie (2004), et d’un récit, King Kong Théorie, tous publiés chez Grasset. Elle prépare actuellement la réalisation de son prochain film, adapté de Bye Bye Blondie, avec Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart.

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3 total comments on this postSubmit yours
  1. Virginie Despentes n’est ni une révolutionnaire ni une rebelle. Elle incarne la médiocrité du monde matérialiste tel qui se présente à mes yeux. Surfant sur la vague médiatique, sa production littéraire n’aura de valeur que pour un sociologue posant un regard sur notre monde occidental en dégénérescence.

    Il est tellement d’écrivains et de poètes qui, d’un coup de plume magique, savent nous faire partager la beauté du monde, que c’est un drame voir une honte de laisser un tel espace à la médiocrité.

    Pikendorff

  2. Nullissime et indigent. Melle Virginie Despentes doit, sans doute,son entrée dans l’édition à sa notoriété acquise au cinéma.

  3. @herbe ! navrée de vous contredire mais c est l inverse , le cinéma s est emparé de despentes auteur avant qu elle meme en fasse.

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