La triche de France Huser

La tricheLa triche de France Huser aux éditions Gallimard

Alors que les deux années précédentes, j’avais été déçu par les Nothomb (à cause de leur fin) et m’était délecté de nombreux autres romans de la rentrée, cette fois le nouveau Nothomb est le seul roman sur huit ou neuf à m’avoir enchanté pour le moment. La triche n’a pas changé la donne. J’aurais dû triché, moi aussi, et faire semblant de le finir, écrire une fausse critique. Mais non, pour mon premier livre reçu, j’ai joué le jeu comme il faut.

« Tricher. Pour moi, ce ne fut pas une décision. Ce fut un destin. Déjà, à ma naissance, j’ai triché. Mes parents attendaient avec certitude un garçon. Ils n’avaient jamais imaginé qu’ils pourraient avoir une fille. Une fille ! Ma mère pleura. Il m’avait suffit de naître pour commettre une trahison. Loin de me repentir, je persévérai dans cette direction. »

À la fois quatrième de couverture et premières phrases du roman, cet extrait ne laisse pas planer le mystère sur l’histoire à venir. Une menteuse, la narratrice est une menteuse, une tricheuse. Elle ne fait que ça, et elle s’en défend. Les premières pages consistent en un mode d’emploi du mensonge et de la triche. Elle dresse un catalogue précis classé par numéros, lettres, alinéas et paragraphes d’exercices afin de s’y exercer au mieux. Depuis sa naissance, elle ne cesse d’inventer, de falsifier, de tricher, quitte à confondre des innocents, quitte à laisser croire à des horreurs.

Du catalogue d’exercices, on passe au catalogue de ses mensonges. Le tout n’est pas des plus intéressants, mais se laisse lire, servi par une écriture sèche, faite de courts phrasés, parfois sans forme verbale, parfois sans sujet. Pas de vocabulaire farfelu, pas de syntaxe fantaisiste, pas de métaphore recherchée : le style n’est pas mauvais mais ne vole pas haut.

Noyé au milieu de ces catalogues, je ne comprenais pas où l’auteure voulait en venir. Certes, sa protagoniste est passée experte en l’art de la triche mais quand bien même, ça ne fera pas un livre, si court soit-il. C’est là que sa mère décède et qu’Édith fait son apparition. Édith, enveloppée de sa majestueuse chevelure et de ses robes à décolletés profonds, va épouser son père. Et ça, l’orpheline ne peut le supporter. Pas pour les raisons qu’on croit, mais par besoin de trouver un souffre-douleur sur qui expérimenter ses années d’entraînement à la triche.

« Je n’avais aucun remords. Je m’innocentais moi-même : le deuil qui m’avait marquée pour toujours m’accordait tous les droits. » (page 42)

Devenue éreintante, puis rapidement détestable, pour le lecteur autant que pour sa belle-mère, elle parvient à ses fins : Édith n’est plus que l’ombre d’elle-même. Mais ça ne s’arrête pas là ! Les années passent, la narratrice part en Crête avec une ancienne camarade de classe dont la co-équipière s’est comme par hasard désistée au dernier moment. Elle entretient sur l’île une liaison avec un jeune homme fiancé. Le mariage convenu depuis sa naissance a lieu et les frères de la mariée décident de venger leur protégée de l’affront qui lui a été fait. À quatre, ils torturent puis violent la pauvre amie qui n’avait rien demandé et tuent Iannis, l’amant fautif. Les deux filles fuient l’île et quelques mois plus tard, alors que la narratrice reçoit des lettres chaque jour la prévenant qu’ils sont là, qu’ils l’épient, qu’ils n’attendent que de se venger, elle rencontre un homme qui lui serre violemment le poignet dans un bar et décide, tiraillée entre la peur de la vengeance et le désir de l’inconnu, de le suivre quand même. Au petit matin, elle se rend compte qu’il cache deux billets à leurs noms pour la Crête. Et là, roulement de tambour ! Que fait-elle ? Trop attirée par les pins, la chaleur et la beauté de l’île, elle décide de partir avec lui, tout en sachant que c’est un traquenard et qu’elle y perdra la vie.

Oui : tout ça pour ça. Alors de deux choses l’une : soit je n’ai pas saisi le propos, pas compris la morale qui voudrait que la tricheuse se rende compte de ses fautes et meure à la fin ; soit il n’y a que l’histoire. Dans le premier cas, je suis peut-être sot. Dans le second, je ne comprends pas pourquoi raconter une telle histoire qui n’est ni dramatique, ni policière, ni comique, ni sentimentale, ni poétique, ni fantastique, ni rien du tout. Dans tous les cas, ce roman sans queue ni tête m’est passé au dessus de la tête.

Chronique réalisée par Sébastien Almira

Quatrième de couverture :

«Tricher. Pour moi, ce ne fut pas une décision. Ce fut un destin. Déjà, à ma naissance, j’ai triché. Mes parents attendaient avec certitude un garçon. Ils n’avaient jamais imaginé qu’ils pourraient avoir une fille. Une fille! Ma mère pleura. Il m’avait suffi de naître pour commettre une trahison. Loin de me repentir, je persévérai dans cette direction.»

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3 total comments on this postSubmit yours
  1. Ah! ah! très bonne chronique. Oui, encore un roman qui hésite entre le pur exercice (la triche déclinée indéfiniment, comme un « topos » de l’ancien temps) et la surenchère (mises à mort, trahisons à double fond gnark gnark) pour masquer la minceur du propos.

  2. j ai retrouve dans ce livre la perversite et la mechancete qui habitent les gens qui n ont pas ete consideres lorsqu ils etaient enfants et pour le coup tres interressant sur le plan psychanalitique.

  3. Tout à fait d’accord. On y reconnaît bien la prétention et la vanité de l’auteur!

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