La vie est brève et le désir sans fin de Patrick Lapeyre

La vie est brève et le désir sans finLa vie est brève et le désir sans fin de Patrick Lapeyre aux éditions P.O.L

Grâce aux bons offices de Ulike et des Chroniques de la rentrée littéraire, j’ai pu me délecter de la lecture de ce roman d’amour au ton bien particulier.

Nora est une jeune femme pleine d’entrain et de vivacité, charmante, curieuse et papillonnante. Elle sait plaire aux hommes, mais peine à se fixer. Louis Blériot, quarantenaire indécis, cherchant toujours dix sous pour faire un franc, n’en revient pas quand elle l’appelle après deux années de silence. Elle est de retour à Paris. Egaré entre des parents que les années ont progressivement éloignés et une vie de couple qui sauve tout juste les apparences, il succombe de nouveau à la tentation. La fraîcheur de cet amour renaissant, le danger latent de l’adultère écartèlent Louis. Sur l’autre rive de la Manche, Murphy Blomdale partage ses souffrances. Les éclipses de Nora mettent à mal l’ordonnancement de sa vie de golden boy et ses espoirs aux relents romantiques. Ces histoires d’amour s’entremêlent, se croisent et se délitent, donnant à la vie de chacun des protagonistes une impulsion décisive, de celles qui modifient irrévocablement les destins.

La vie est brève et le désir sans fin suit de manière privilégiée les pas de Louis Blériot, héros malgré lui de cette romance. Le personnage est attachant, en dépit de son irrésolution. Il laisse volontiers les autres prendre les décisions à sa place, mais assume pleinement les conséquences qui en découlent. Et quand les événements prennent une tournure trop complexe, il suspend le temps, se coupe du monde, « à la manière d’un plongeur en apnée ». Le récit met aussi à l’honneur son alter ego britannique, « un garçon volontariste, (…) à la fois austère et hyperactif », régulièrement adopté par des chiens errants qui semblent apprécier sa compagnie. Le personnage de Nora n’existe finalement qu’au travers de ces deux hommes, qui l’aime quand elle est à leurs côtés, l’attendent avec plus ou moins de patience quand elle disparaît et se construisent à mesure qu’ils se détachent d’elle. C’est l’amour du point de vue des hommes qui est au cœur du roman. Les sentiments et les sensations sont finement décrits, dans une langue déliée, avec des mots méticuleusement choisis. Le ton reste léger, teinté d’un humour délicat dans les moments les plus douloureux. Même dans la tristesse se glisse toujours un peu de fantaisie. Au-delà des histoires d’amour se dessine une réflexion qui ne manque pas de rappeler Sénèque.

Chronique réalisée par Le salon de mrs pepys

Quatrième de couverture :

La vie est brève et le désir sans fin est un livre sur les affres de l’amour, vues du point de vue masculin. Il met en scène deux hommes, l’un marié, à Paris, l’autre pas, à Londres, tous les deux amoureux de la même femme, assez énigmatique, et qui va de l’un à l’autre. Il y a celui qui hésite, et celui qui attend, tous les deux souffrent.

Comment choisir ? Qui choisir ? Ce roman est l’histoire d’une inépuisable et inéluctable souffrance amoureuse plus forte que tout. Et elle est racontée de l’inimitable manière qu’à Patrick Lapeyre de la vie comme elle ne va pas. Petites touches d’une acuité et d’une intelligence qui laissent confondu. Événements apparemment anodins qui ne le sont en fait pas du tout. Poétique de la métaphore, métaphores tellement inattendues et qui sont en réalité rien moins, une à une et peu à peu, qu’une pensée du monde. Humour profondément lucide et humain, généreux. D’où vient, lisant ce livre d’une insondable mélancolie que l’on ne puisse faire autrement que sourire, constamment sourire. Peut-être du bonheur d’avoir été reconnu ?

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. j’ai acheté et lu ce livre après l’avoir vu dans une émission littéraire, j’ai été assez déçue, l’histoire est assez classique : la maîtresse qui a deux amants, le type qui trompe sa femme… c’est trés trés bien écrit, j’ai bcp aimé le style mais je me suis ennuyée à la lecture

  2. Critique du dernier prix Femina 2010 « La vie est brève et le désir sans fin », roman Arlequin dontle véritable mystère et de se demander comment ce roman de Patrick Lapeyre parvient à gagner des prix prestigieux en France. Heureusement, le livre est bref mais il s’étire de manière interminable sur un triangle amoureux tellement prévisible. Pour dépasser le stade du roman Arlequin, l’auteur y va de fréquentes métaphores souvent inappropriées et qui donne une fausse impression de culture. Par exemple, il saupoudre par-ci par-là des références à Massenet pour parler de Werther et donc Goethe. La trame politique et sociale est quasi inexistante et empreinte de ressentiment. Le personnage principal est un homme profiteur : son rival qui n’est pas assez talentueux pour être séducteur, devient l’Américain qui vit à la City et travaille dans le monde de la Finance qui va s’effondrer, c’est le seul moment qui paraît d’actualité car le reste des références se situe davantage dans un monde des années 60 : alcool et valium comme si la cocaïne n’existait pas. C’est d’autant plus étonnant qu’il est traducteur de littérature médicale et qu’il aspire à un monde où l’adrénaline se vendrait en pharmacie pour le secouer comme si la cocaïne et les amphétamines n’étaient pas omniprésentes en 2010. Pour faire 2010, il a un ami gay qu’il exploite financièrement de la manière la plus instrumentale du monde tout comme il exploite sa femme financièrement et affectivement. Je n’entrerai pas davantage dans les détails de cette pauvre intrigue qui ne sert que de prétexte à d’ennuyeuses scènes de lit ou la pornographie est remplacée par sa version féminine, le sentimentalisme qui n’est qu’une rhétorique qui fonctionne bien étant donnée que je constate que le livre gagne des prix et que je l’ai acheté et lu. Faire passer ce rapport au monde abusif pour de l’amour est manifestement évoqué sans ironie. Et la banalité de ses propos va dans le sens abstrait et méprisant avec lequel il contemple le monde et que je ne trouve ni subtil ni enrichissant.
    Citation : quoi qu’il en soit, question après question, comme dans ces jeux où on relie des points numérotés pour former un dessin complet. Murphy a vu apparaître l’image d’une fille étrange, assez instable, à la fois délurée et bizarrement taciturne – elle venait apparemment de quitter un garçon -, affecté d’un coefficient narcissique très élevé. Alors pourquoi n’a-t-il pas fait machine arrière ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans son système de détection ? Pourquoi aucune sonnerie d’alarme ne s’est-elle déclenchée pour le prévenir qu’il allait autant souffrir ?
    On voit dans cet extrait tout d’abord cette image d’un homme machine qui sert de position métaphysique à son univers vide. En plus c’est faux, car le choc amoureux et l’attaque de panique ont au plan neurobiologique des assises communes que manifestement il ne connaît pas.
    Citation : je pense à quelqu’un ? Lui demande sa femme en le voyant un peu absent. À ta petite Anglaise? Dit-elle au hasard. Visiblement, elle y pense plus que lui. Non, répond-il, je ne pense à personne. Blériot a renoncé à lui expliquer qu’on n’aime jamais assez et qu’il a besoin des deux – il a besoin d’elle et de Nora -, et que si par malheur il devait sacrifier l’une, il perdrait aussitôt l’autre. Comme ça se passe dans les légendes…. En se forçant un peu, Blériot serait même prêt à soutenir que tous ceux qui n’ont jamais aimé de femmes à la fois sont condamnés à rester des hommes incomplets… C’est moi qui invite, dit-il en s’emparant de la note poliment au passage qu’il n’est peut-être pas le profiteur qu’elle croit.

    Il semble que ce deviendra un film américain. En effet…

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