Le Premier mot de Vassilis Alexakis aux éditions Stock
Quand on pense qu’il est des gens qui pensent que le roman français ne parlerait que d’ego en errance. Tout ça parce que trois hystériques soutenus par des critiques branchés ont voulus nous faire croire que l’auto fiction existait !
Il suffit d’entrer dans une librairie, acheter des livres (ayant été libraire, j’invite les gens à acheter plutôt qu’à dérober) et surtout faire un truc incroyable : LIRE les livres pour voir à quel point les romanciers français offrent un large spectre de personnalités. Et puis tous les romans sont autobiographiques, même les oeuvres d’imagination.. C’est ce que m’inspire Le premier mot de Vassilis Axeliakis, un auteur que je n’avais jamais lu et qui prouve la formidable plasticité du genre romanesque. Ce texte là est du genre érudit. J’ai pensé à Umberto Eco ou à Alberto Manguel, tant l’auteur est passionné par les mots, rappelant cette vérité première qu’on oublie parfois : ces derniers sont le vrai sujet de tous les romans (ce n’est sûrement pas un hasard, si le nom de Sartre dont la fausse autobiographie s’appelait Les mots est plusieurs fois cité).
Le premier mot est donc un roman savant (trop peut être à mon goût, mais on y reviendra) tout en n’étant pas du tout ennuyant. Tout commence par un décès, celui de Miltiadis, professeur de littérature comparée (après le Pas de l’ombre, c’était le deuxième livre que je lisais autour de la vieillesse d’un professeur), qui, comme son nom l’indique est né en Grèce mais est venu vivre à Paris.
Lors du dernier Noël avant sa mort, il confie à sa soeur qu’il aurait aimé connaître quel a été le premier mot prononcé par l’Homme. Quand il meurt quelques semaines plus tard, celle-ci qui n’est pas vraiment une intellectuelle décide de mener cette quête pour son frère. Pour cela, elle croise de grands scientifiques et chercheurs – notamment le spécialiste du cerveau Jean Pierre Changeux, pardon aux autres sommités cités que je n’aurai pas reconnues – et se met à écrire le récit de son enquête, si bien que l’on peut dire que le premier mot est un roman d’aventures intellectuelles, et les souvenirs des dernières semaines de la vie de son frère, de sorte que le premier mot est aussi un roman d’amour sororal.
Soyons net, j’ai préféré amplement la seconde dimension à la première : je ne suis pas passionné par le côté érudit à tout prix, qui doit réjouir certains lecteurs. Grand bien leur fasse. J’ai ainsi appris que les zones du cerveau utilisées pour apprendre la langue maternelle et une langue étrangère sont distinctes. L’une se situe dans la partie gauche, l’autre dans la moitié droite. Et ce n’est qu’un exemple, Alexakis peut aussi bien digresser sur la langue des sourds que sur l’histoire des langues, parler de l’apprentissage de la parole chez le tout petit enfant que des dialectes qui sont des langues comme les autres, mais qui n’ont pas d’armée pour la soutenir.
Je le trouve beaucoup plus intéressant quand il raconte comment des sourds (enfin des malentendants. D’ailleurs, j’aimerai bien savoir si ce mot existe en langage des signes) peuvent chanter ensemble… Reconnaissons qu’Alexakis a le gai savoir, qu’il est un professeur jamais rébarbatif, et que la progression de l’enquête sur le premier mot n’entrave pas les autres enjeux du roman, notamment la narration.
Car le fond de l’histoire est celle qui lit ce frère et cette soeur. Alexakis décrit très bien cette période consécutive à la mort d’un être cher : « j’ai eu à plusieurs reprises au cour de la soirée (…) l’impression que nos propos étaient dictés par mon frère » note la narratrice. « Je me sens beaucoup plus proche de Miltiadis ici, entourée de ceux qu’il aimait. J’ai souvent l’illusion qu’il me parle à travers leurs voix. Je ne serai pas moins triste de m’en aller que lorsqu’il était vivant », dit-elle aussi un peu plus loin. Le premier mot parle de la mémoire aussi, de celle d’un homme particulier mais aussi de celle de l’espèce, de la soif de savoir qui est d’abord une soif de vie pour soi ou pour honorer ceux qui sont morts. Car en cherchant le premier mot pour son frère, elle prolonge sa vie, en fréquentant ses amis, en s’installant dans son appartement, en communi(qu)ant avec lui. C’est une des singularités les plus réussies du roman : à certains moments, les morts sont présents, l’héroïne les voit, leur parle, le romancier les intégrant dans le dialogue avec une facilité et une évidence elle même surnaturelle.
Il faudrait aussi parler des personnages secondaires (une jeune sourde, la femme du mort, sa fille, et son étonnante belle mère), noter que le roman est aussi engagé dans le temps présent, et qu’Alexakis montre bien que l’intérêt pour le premier mot de l’histoire de l’humanité n’empêche pas d’écrire un roman très engagé politiquement (de façon parfois caricaturale), car la langue est aussi politique. Mais laissons plutôt les mots d’Axeliakis parler plutôt que de gloser, même si chemin faisant, je m’aperçois qu’en écrivant mes réserves sur ce livre tombent l’une après l’autre. « le point d’interrogation français ressemble à un point d’exclamation vouté ».
« Elle ne va peut-être pas trouver de réponses mais elle trouvera sûrement des questions qu’elle ne se posait pas ». C’est exactement le projet de ce roman. A déconseiller en conséquence aux amateurs de réponse définitive.
Chronique réalisée par Christophe Bys
Quatrième de couverture :
Est-il vrai que le « ou » exprime la lourdeur comme le pense Victor Hugo et que le « r » évoque l’écoulement de l’eau comme l’affirme Platon ? Quelle est la durée moyenne de vie d’un mot ? Pourrait-on écrire un roman français en utilisant exclusivement des mots d’origine étrangère ? Pourquoi les grands singes utilisent-ils trois cris différents pour prévenir d’un danger ?
Une foule d’interrogations secondaires apparaissent autour de la question principale : quand les hommes ont-ils parlé ? Et qu’est-ce qu’ils ont dit quand ils ont parlé ? Quel a été le premier mot ?
Le problème fait d’autant plus rêver qu’il est difficile à résoudre. Il fallait donc un roman pour l’aborder. Le premier mot est avant tout l’histoire d’un homme, Miltiadis, né en Grèce, professeur de littérature comparée à Paris, qui aimerait, avant de mourir, connaître ce mot. Hélas, il meurt avant de l’avoir découvert. C’est sa soeur, une femme d’une soixantaine d’années, qui se chargera d’élucider l’énigme. Elle rencontrera des scientifiques de tous bords,squi lui parleront du cerveau humain, du langage des bébés, des chimpanzés et de l’homo sapiens, de Darwin et des créationnistes, de Rousseau et d’un roi d’Égypte qui avait fait élever ses enfants loin du monde pour voir dans quelle langue ils s’exprimeraient spontanément.
On verra évoluer autour d’elle plusieurs personnages ; Aliki, la femme du disparu, Théano, sa fille, Jean-Christophe, son ami de toujours, Bouvier, son vieux maître, un professeur de linguistique américain qui meurt dans les bras d’une femme dont il ne connaît pas la langue, une mendiante roumaine qui apprend le français sous la couverture qui lui sert d’abri, et Audrey, une jeune fille sourde, qui se prépare à participer à une représentation d’Antigone en langue des signes. Il semble que nos ancêtres gesticulaient beaucoup avant de commencer à parler, comme d’ailleurs nous continuons à le faire.
La passion que met cette femme à mener son enquête jusqu’au bout donne la mesure de sa détresse. Comme elle ne peut pas échouer, elle réussira.



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nicolas
2 septembre 2010
je suis d’accord 100%!! c’est un livre intelligent, surtout la critique sur sarkozy
franck
7 septembre 2010
excepté qu’Alexakis est beaucoup plus GREC que français, si vous n’avez pas senti ça vous n’avez pas compris grand chose à cce bonhomme formidable. et bien que ce livre soit fantastique et vous avez raison en tout point de le dire, votre premier paragraphe est grotesque. « hystériques », « branchés », jugements de valeur qui n’ont pas leur place dans la bouche d’un chroniqueur censé respecter les goûts de tout un chacun, et encore moins en introduction d’un papier sur Alexakis qui n’a besoin d’être comparé à personne. vos deux premières lignes ont pour moi gaché la lecture du reste de votre chronique qui est pourtant bien vue. dommage.
Paloma
7 septembre 2010
Vassilis Alexakis vient au musée du Louvre le 18 Septembre porur une lecture, or, après avoir lu son livre je ne peux que vous conseillez de vous déplacer !
Le Samedi 18 septembre de 15h30 à 17h30 au musée du Louvre
Petit pan de mur jaune
Vassilis Alexakis, Geneviève Brisac, Agnès Desarthe, Adrien Goetz, Daniel Maximin, Anne Serre nous proposent une fiction imaginée à partir d’une œuvre du musée.
A l’occasion de la publication du livre « Petit pan de mur jaune » qui regroupe ces textes, ils viennent lire leur nouvelle devant la projection de l’œuvre choisie.
Un moment de rencontre, du côté de Proust, entre l’écriture et le musée.
Abeline
7 septembre 2010
@franck : pardon de vous dire qu’il me semble que vous avez mal lu cette chronique. Les adjectifs qui vous semblent si incongrus dans les deux premières lignes n’ont pas de rapport avec la prose d’Alexakis, bien au contraire. Et je le respecte encore une fois, mais le travail d’un chroniqueur n’est pas de respecter les goûts de chacun mais de savoir étayer les siens. Il semble dommage que le consensus mou soit devenu l’alpha et l’oméga du chroniqueur, alors que nous pensons qu’entre respect et déférence il y a une grande différence. Le respect est placé chez nous dans la lecture attentive du livre, le rendu d’une chronique qui demande plus de travail qu’un commentaire, et l’exposition publique d’une opinion personnelle. De plus j’ajouterai que tout grand écrivain mérite d’être comparé, cela est même le but d’une discipline : la littérature comparée. Si l’incipit de la chronique vous en a gâché la lecture, peut être, comme vous le dîtes ensuite, auriez vous du vous concentrer sur le fond ? parce qu’après tout, comme le dit Alexakis l’important est plus dans le fond, le signifiant que dans la forme.
franck
7 septembre 2010
non Abeline c’est beaucoup plus simple que ça ce que j’ai écrit… je disais simplement que l’agacement pour l’autofiction française est là comme un cheveux sur la soupe. commencer une chronique d’un livre en disant quelque chose qui veut dire « ah quelle bouffée d’oxygène de lire un bon livre quand il y a en a a tant de mauvais », c’est d’un amateurisme… peu importe, ce roman est bon, c’est tout ce qui compte.
christophe
7 septembre 2010
cher franck
pourriez vous m’envoyer le mode d’emploi de la bonne critique pour que je l’applique la prochaine fois et ne pas prendre le risque de vous déplaire.
ça fait amateur dites vous. ça tombe bien, c’est ce que je suis. vous êtes clairvoyant.
Si vous voulez bien me rémunérer pour faire des critiques professionnelles à votre goût, mais ne comptez pas sur moi pour vous proposez des plats fades..
et pour tout vous dire, croire qu’axeliakis est plus grec que français me laisse pantois. ce monsieur m’a l’air d’une grande prévention pour les nations.. s’il est une chose que son livre montre, c’est que les langues et les cultures sont poreuses, que les nations sont tristes, qu’elles veuelnt imposer une langue ou une culture, quand la diversité et la circulation est la règle…
mais bon, je ne suis qu’un amateur..
franck
9 septembre 2010
c’est impossible de faire un commentaire sans que vous vous mettiez à vous défendre comme si on vous avait insulté ?
je disais qu’Alexakis est d’abord grec parce qu’il écrit le français moins couramment qu’on ne le pense et fait relire son travail avant publication pour en parfaire la traduction. je n’insinuais rien. je le trouve au contraire fantastique.
relisez votre premier paragraphe, vous commencez en disant que les romans français sont autre chose que de l’autofiction écrite par trois hystériques. je vous ai donc répondu, sans aucun mépris, que je ne saisissais pas très bien votre entrée en matière, l’autofiction étant si éloignée d’Alexakis que citer cela n’a pas des masses de sens.
je ne sais même pas pourquoi je re-commente encore alors que vous entendez autre chose que ce que j’essaye de vous dire.
christophe
9 septembre 2010
pour que nous essayons de nous comprendre.. et que nous puissions nous aimer