
L’orfelin d’Alexandre Lacroix, aux éditions Flammarion
Le père, la mère, le fils : c’est sur ce triangle familial que repose L’orfelin, roman autobiographique d’Alexandre Lacroix.
Le père, Jean-Paul Lacroix, est un ancien élève de l’ENA, travaille à la Cour des Comptes et côtoie plusieurs ministres du gouvernement ainsi que François Mitterrand.
La mère, dont le prénom m’échappe (il me semble en y repensant qu’elle n’a pas de prénom dans le livre) est infirmière.
Le fils, qui est aussi le narrateur, raconte comment la déchirure survenue entre ses parents avant sa naissance va contribuer à faire de lui l’écrivain qu’il est aujourd’hui.
Au commencement donc, il y a la faute. Le père en effet trompe son épouse au cours de sa grossesse. Preuve accablante : la maladie vénérienne qu’il contracte.
Ainsi contaminé par le poison de l’adultère, le couple se sépare, et c’est une enfance ballottée entre un père dépressif et une mère volage que relate Alexandre Lacroix.
L’orfelin est le roman de l’abandon. De trois abandons pour être précis. In utero, in vivo et in petto, selon le découpage du récit.
L’abandon in utero renvoie bien sûr à l’adultère du père au cours de la grossesse de la mère.
Le deuxième abandon, in vivo, évoque le drame irréparable auquel sera conduit le père après des années d’alcoolisme et de dépression, drame dont l’enfant sera témoin.
Le dernier abandon, in petto, est plus difficile à saisir… La locution in petto signifie « au fond de soi-même ». Le narrateur parle de sa naissance à l’écriture, précoce, et du dédain de sa mère pour cette vocation. Ainsi peut-on considérer ce mépris maternel pour un abandon.
L’originalité de la narration réside selon moi en ce que le narrateur opère un va et vient entre présent et passé, créant un lien entre le père qu’il est lui-même aujourd’hui et l’enfant qu’il a été. Le livre soulève de la sorte plusieurs questions : comment devient-on adulte et, en ce qui concerne Alexandre Lacroix, écrivain ? Sommes-nous condamnés à reproduire les erreurs de nos parents ? Comment leur survivre ?
Alexandre Lacroix cherche visiblement à nous montrer comment ses rapports contrariés avec ses parents ont influencé son regard philosophique sur l’existence, un regard emprunt d’un sentiment tragique. La vie est faite d’arrachements successifs, de pertes définitives dont il faut faire le deuil.
Entre les tentatives de rédemption du père et la dispersion de la mère, le jeune Alexandre Lacroix est obligé de se construire lui-même : l’écriture l’y aidera.
Le titre du roman, L’orfelin, reprend celui que l’auteur avait donné à un récit fantaisiste commencé durant son enfance : il s’agit bel et bien avec ce livre d’achever quelque chose.
On songe à d’autres romans autobiographiques tels qu’Un roman français de Frédéric Beigbeder : Alexandre Lacroix semble s’inscrire dans le sillage de ses jeunes écrivains qui bâtissent leur œuvre sur les ruines de leur enfance.
Ils témoignent peut-être d’une génération perdue, sans repères, abandonnée à elle-même, à ses excès. Une génération qui éprouve le sentiment de ne pas participer à l’Histoire, ou qui n’y croit plus.
On y trouvera aussi, pourquoi pas, une interrogation sur le rôle du père et de la mère, à l’heure des débats sur l’éducation, les conséquences éventuelles de la « mono-parentalité », des familles recomposées…
Il faut reconnaître à Alexandre Lacroix un réel souci d’honnêteté, une mise à nu de soi, sans crainte de choquer son lecteur. L’auteur n’est certes pas un adepte du « grand style », il s’autorise quelques familiarités de langage, voir une certaine crudité, comme lorsqu’on s’adresse à un ami dont on ne redoute pas le jugement. Le lecteur est donc pris d’emblée comme un confident. On peut lire le livre à la table d’un bar, avec un verre à portée de main, comme si l’on avait l’auteur en face de soi.
Et vous, serez-vous le confident d’Alexandre Lacroix ?
Boris Fedorkow pour Chermedia.
Présentation de l’éditeur
Il me semble très improbable que le parcours d’une existence, de nos jours, suive la logique d’une Odyssée – c’est-à-dire d’une expédition qui nous force à quitter la terre natale pour aller conquérir le monde, puis nous permet d’y revenir après des années d’errance. Non, les vies que nous menons ne retourneront pas à leur point de départ. Elles sont faites d’arrachements successifs, par lesquels nous devons faire plusieurs fois le deuil de nos origines. Le village natal était autrefois une certitude, il est devenu un fantasme. – A.L.
Trois journées. Trois étapes décisives dans la vie d’un homme. Une halte, au cours d’une traversée des Alpes à bicyclette, dans un camping au bord du lac Léman, en compagnie de deux femmes étranges. Un retour au pays natal, pour faire un dernier inventaire des affaires laissées par un père disparu vingt ans plus tôt. La naissance, dans une maternité parisienne, d’un petit garçon. Et chaque fois, le passé qui fait irruption, les démons de l’enfance qui reviennent ébranler toutes les certitudes. Avec ce roman bouleversant et d’une rare maîtrise, Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, achève une trilogie autobiographique commencée avec le récit d’une rupture amoureuse, De la supériorité des femmes (Flammarion, 2008), et poursuivie par l’évocation d’une crise d’adolescence, Quand j’étais nietzschéen (Flammarion, 2009).
Lisez la chronique n°1.

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