Otage de Elie Wiesel

otageOtage de Elie Wiesel aux éditions Grasset

On pensait avoir tout dit, et a fortiori tout lu, sur les rescapés des camps, la Shoah, l’intégration des Juifs dans le monde, la diaspora juive, les rapports toujours tendus entre Israël et la Palestine, l’antisémitisme au quotidien… Et pourtant, Elie Wiesel, célèbre, entre autres, pour son témoignage saisissant sur son expérience des camps nazis dans La Nuit, parvient à réunir tous ces thèmes, à les transfigurer, et à leur donner un éclairage neuf dans son nouveau roman, sobrement intitulé Otage.

Par le biais de souvenirs et de réminiscences évoqués par le héros, Shaltiel Feigenberg, Juif new-yorkais, conteur et poète à ses heures, pris en otage par deux activistes pro-palestiniens, Elie Wiesel nous donne à lire l’une des plus belles oeuvres contemporaines sur la résistance face à l’oppression sous toutes ses formes, face à l’antisémitisme et au terrorisme. On apprécie d’autant plus, dans ce roman écrit d’une main de maître, l’absence de manichéisme primaire qui tendrait à faire du Juif, quel qu’il soit, une victime éternelle de la cruauté des hommes, et des Palestiniens de potentiels bourreaux : grâce à la présence d’un deuxième ravisseur, incarné par un Italien surnommé Luigi, les rapports entre otage et bourreaux se complexifient, et passent de la haine mutuelle à la compréhension, voire à l’amitié. A tel point que le lecteur finit par se demander qui est vraiment l’otage dans ce récit, si c’est Shaltiel, pauvre conteur dépassé par les revendications politiques de ses ravisseurs et les enjeux stratégiques d’une collaboration délicate entre États-Unis et Israël, ou si c’est le tortionnaire arabe, aveuglé par sa haine de l’État hébreu, et par son combat, de toute façon voué à l’échec dans la mesure où il n’a pas les moyens de lutter, seul, contre le géant israélien.

Une splendide réflexion sur les rapports humains, navigant entre passé et présent, entre camps de la mort et conflit israélo-palestinien, écrite dans un style sobre et pourtant souvent poétique, jamais simpliste, jamais dogmatique ni de parti pris, mais tout simplement bouleversante.

Chronique réalisée par Ars legendi

Quatrième de couverture :

New-York, 1975 : Shaltiel Feigenberg, juif américain et modeste conteur, est enlevé en plein jour à Brooklyn. Le Groupe palestinien d’action révolutionnaire revendique la prise d’otage. L’événement fait la Une des médias internationaux : c’est la première fois qu’une action terroriste de ce type se produit sur le sol américain.

Reclus dans une cave, les yeux bandés, livré à lui-même, Shaltiel songe qu’il y a eu méprise sur sa personne. Entre deux face-à-face avec ses ravisseurs, il tente d’échapper à la violence absurde du présent : ayant perdu la notion du temps, il se réfugie dans le passé.

Dans le chaos puissant des souvenirs surgit ainsi l’histoire de Shaltiel et des siens : la déportation, en 1942, des habitants du ghetto de Dawarowski, sa ville natale en Transylvanie ; sa propre survie, enfant, dans la cave d’un comte allemand, officier des renseignements nazis ; la libération de la ville par les soldats de l’Armée rouge ; le récit du père et de l’oncle de Shaltiel, rescapés d’Auschwitz ; la fuite clandestine, en URSS, dès 1941, du frère aîné, membre d’une cellule du Parti communiste juif ; l’émigration aux Etats-Unis…

Aux souvenirs personnels de Shaltiel, aux réminiscences de contes mystiques qui les ponctuent, font échos les confrontations avec ses ravisseurs : un Arabe qui combat pour la cause de son peuple et manifeste à tout bout de champ sa haine des Juifs ; un Italien, idéologue révolutionnaire pour qui la Palestine n’est que la cause très immédiate d’une lutte qui la dépasse.

Elie Wiesel est né le 30 septembre 1928 à Sighet (Roumanie). Il n’a que quinze ans lorsqu’il est déporté à Auschwitz avec sa famille. Il y perd sa mère et sa petite sœur. Il est ensuite transféré à Buchenwald avec son père, qui meurt quelques jours après son arrivée. Libéré en avril 1945, il est pris en charge par l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE). La Nuit, récit poignant, publié en 1958 grâce à François Mauriac, inaugure une œuvre littéraire forte d’une quinzaine de romans et récits, de quarante livres publiés en tout, traduits dans plus d’une vingtaine de langues. Il a reçu de nombreux prix pour ses livres et son engagement humanitaire, dont le prix Médicis en 1968 pour Le Mendiant de Jérusalem, le prix du Livre Inter en 1980 pour Le Testament d’un poète juif assassiné. Le prix Nobel de la Paix lui est décerné en 1986. Il a publié dernièrement chez Grasset Le cas Sonderberg (2008) et Rashi (2010).

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3 total comments on this postSubmit yours
  1. prévu de le lire

  2. Entendu monsieur Wiezel cette semaine sur « france-inter ».Comme c’est émouvant de vous écouter parler Monsieur.Ma petite enfance,sous l’occupation,à Paris,m’est restée collée à la peau,même si des choses m’échappaient vu mon jeune âge au moment des faits.Mais aujourd’hui le monde éclate en morceaux et l’Amérique est si décevante!Comme soeur Anne on scrute  » l’horizon » avec acharnement afin d’y apercevoir une raison d’espérer un monde plus juste centré sur des valeurs morales saines.Aujourd’hui comme hier il faut résister à toute forme de manipulation. Ne jamais capituler devant la barbarie moderne.
    Je vais lire votre livre. » Merci » d’être là ,merci pour vôtre talent .

  3. Elie Wiesel l’imposteur et Jérusalem
    dimanche 18 avril 2010, par Alain Gresh

    Dans une publicité intitulée « For Jerusalem » et reproduite par l’International Herald Tribune (16 avril 2010), Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, réaffirme son inquiétude. Ce texte affirme hautement que « Jérusalem est au-dessus de la politique ». Ce qui, pour l’auteur, signifie qu’elle doit… rester israélienne.

    Pour lui, précise-t-il, sa présence dans l’histoire juive est totale, elle est mentionnée « 600 fois dans les écritures et pas une seule fois dans le Coran ». Outre que cela est discutable (je ne vais pas entrer ici dans une interprétation du texte coranique), on ne voit pas en quoi la mention d’une ville dans un texte vieux de quelques milliers d’années donnerait un droit de propriété à quiconque. Ou alors il faudrait redéfinir les frontières de l’Europe en fonction des textes latins du Moyen Age ou des textes grecs de l’Antiquité.

    « Il n’y a pas de prière plus émouvante dans l’histoire juive, poursuit-il, que celle qui exprime notre (les juifs) désir ardent de retourner à Jérusalem. » Cette interprétation politique d’une prière n’a évidemment aucun sens. Pendant des siècles, les juifs religieux ont effectivement prononcé cette prière, mais sans jamais vouloir la mettre en œuvre. Jusqu’en 1948, les juifs pouvaient se rendre à Jérusalem (certains y allaient pour être enterrés). C’est seulement avec la naissance du mouvement sioniste que l’objectif est devenu politique. Comme l’écrit si pertinemment Gilles Perrault dans sa biographie d’Henri Curiel, Un homme à part (Fayard), « la minorité sioniste exceptée, personne ne ressentait la nécessité d’un Etat juif et l’on n’éprouvait pas le besoin de psalmodier “l’an prochain à Jérusalem” quand il suffisait de prendre le train de 9h45 pour s’y rendre ».

    « Aujourd’hui, poursuit Wiesel, pour la première fois dans l’histoire, juifs, chrétiens et musulmans peuvent accomplir leurs rites religieux librement. Et, contrairement à certaines affirmations des médias, juifs, chrétiens et musulmans ONT (en capitale) l’autorisation de construire leurs foyers n’importe où dans la ville. »

    Il faut le dire clairement : il s’agit d’un honteux mensonge. Non seulement chrétiens et musulmans sont sans arrêt interdits d’accès à leurs lieux saints, non seulement ils n’ont pas le droit de construire dans Jérusalem, mais les maisons qu’ils ont sont détruites, comme l’ont reconnu mille et un rapports d’organisations diverses, mais aussi de gouvernements. Même les Etats-Unis se sont émus de la destruction de maisons arabes (« U.S. furious over Israel’s demolition of East Jerusalem homes », par Barak Ravid et Natasha Mozgovaya, Haaretz, 22 mars 2009). Et il suffit de lire le rapport des consuls européens à Jérusalem (« Jérusalem, le rapport occulté »). Wiesel l’ignore-t-il ?

    Dans une réponse à ce texte, « For Jerusalem, a response to Elie Wiesel » (Haaretz, 18 avril), Yossi Sarid écrit :

    « Quelqu’un vous a trompé, mon cher ami. Non seulement un Arabe ne peut pas construire “n’importe où”, mais il peut remercier son Dieu s’il n’est pas expulsé de sa maison et jeté à la rue avec sa famille et des biens. Peut-être avez-vous entendu parler de résidents arabes de Sheikh Jarrah, qui ont vécu là depuis 1948, qui sont à nouveau devenus des réfugiés déracinés, parce que certains juifs se jouent des contraintes de l’espace à Jérusalem. »

    « Ces juifs zélés insistent même pour s’insérer comme autant d’os dans les gorges des quartiers arabes, pour les purifier et les judaïser avec l’aide de riches bienfaiteurs américains, dont vous connaissez plusieurs personnellement. Dans les coulisses, notre premier ministre et le maire de Jérusalem activent les fils de ce spectacle de marionnettes tout en se défaussant de leur responsabilité face à cette anarchie et cette cupidité. C’est la raison réelle pour laquelle “les nouvelles et les anciennes tensions” dont vous parlez dans votre lettre refont surface, “avec une telle rapidité”. »

    Wiesel conclut en appelant à ne pas résoudre le problème de Jérusalem, c’est-à-dire, clairement, à maintenir la ville sous occupation.

    Ce n’est pas sa première intervention sur la question de Jérusalem. Déjà, durant les négociations entre Israéliens et Palestiniens avant la seconde Intifada, alors que la presse évoquait un partage de Jérusalem, il prenait la plume et publiait une tribune dans le quotidien Le Monde (« Jérusalem, il est urgent d’attendre », 17 janvier 2001), reprochant au premier ministre israélien d’alors ses éventuelles concessions. Ce texte, repris sur tous les sites pro-israéliens les plus extrémistes, pouvait ainsi se résumer : mieux vaut le mur des lamentations que la paix.

    Dans les deux textes, celui de l’IHT et celui du Monde, Wiesel cite le rabbin hassidique Nahman de Breslev (né en 1772) pour justifier ses dires. Que dirait-on d’un intellectuel musulman qui citerait une sommité religieuse de l’époque des califes pour justifier la revendication musulmane sur Jérusalem ?

    Cette « grande conscience », rarement critiquée publiquement, est pourtant un imposteur moral qui mériterait un traitement différent dans les médias.

    Rappelons que, outre ses positions sur le conflit israélo-palestinien, il a fait l’éloge de la torture, celle du financier Bernard Madoff chez qui il avait placé une partie de sa fortune (il ne lui a jamais semblé immoral de gagner des millions de dollars grâce à lui quand ses combinaisons financières marchaient), comme le rapportait LeMonde.fr (« Bernard Madoff est un “psychopathe”, selon Elie Wiesel », 27 février 2009).

    « “Psychopathe est un mot trop gentil pour le qualifier”, a déclaré M. Wiesel. “Il devrait être placé à l’isolement pendant au moins cinq ans avec un écran sur lequel seraient diffusées des photos de ses victimes. [...] Il faudrait inventer n’importe quoi pour le faire souffrir. (…) Il devrait être présenté à des juges qui trouveraient un châtiment” », a ajouté ce survivant de l’Holocauste. »

    D’autre part, comme le rappelle Max Blumenthal, un membre du lobby J-street, Elie Wiesel s’est adressé le 25 octobre 2009 à 6 000 chrétiens sionistes adeptes du pasteur John Hagee, un homme qui tient des propos homophobes, mais aussi négationistes et antisémites (rappelons qu’une partie des chrétiens sionistes sont antisémites) (« Elie Wiesel’s “Dear Pastor” Hagee Trashes Obama (and my response to Goldfarb/Goldberg) », 29 octobre 2009). En échange, si l’on peut dire, il a obtenu un chèque de 500 000 dollars pour sa fondation. Cette somme était d’autant plus nécessaire que la crise financière a frappé ce pauvre Wiesel et qu’il ne s’en est pas remis.

    Nous avons déjà rappelé ce que le grand auteur de science-fiction Isaac Asimov écrivait de Wiesel, « qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : “Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur.” » Et Asimov ajoute : « J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : “Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ?” »

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