Prière de laisser ses armes à la réception de Daniel Fohr

Prière de laisser ses armes à la réceptionPrière de laisser ses armes à la réception de Daniel Fohr aux éditions Robert Laffont

Un jeune homme mélancolique, paranoïaque et hypocondriaque acquiert un hôtel borgne et brûle le registre suspect oublié par les propriétaires précédents, des Corses. Il le leur apprend et devant leur gêne, se persuade que ceux-ci lui enverront un tueur. Fataliste mais prudent, ce gérant dépressif chronique et amateur de taekwondo sur internet organise son petit univers autour de cette attente. Détecteur de poids, caméras de surveillance, gilet pare-balle n’auront plus de secret pour lui, tandis qu’épaulé par un personnel aussi gentiment approximatif que lui, il fait face à une série de catastrophes attendues ou exceptionnelles au contexte hôtelier qui est désormais le sien. « Prière de laisser ses armes à la réception » est l’affichette et l’avertissement qu’il accrochera à l’entrée pour conjurer le mauvais sort et invoquer le romanesque et le western dans une vie raisonnablement anxiogène et morne.

S’amourachant d’Estelle, une serveuse aux seins nus d’un bar voisin, conversant avec ses clients cosmopolites ou réfléchissant à la meilleure manière de mettre en valeur son établissement avec Joseph, son cinéphile réceptionniste, amateur de chats et de Marlon Brando, ce gérant aimablement dépassé propose des solutions loufoques à des problèmes critiques tels l’apparition de cadavres dans la benne à ordure, d’un spéculum sanglant dans l’arrière cours, ou plus simplement de la visite surprise des services d’hygiène de la ville. Son imagination permet une réinvention de son quotidien et la transformation de sa routine en souriante et absurde épopée.

Seront convoqués John Ford, Clint Eastwood, Sergio Leone alors que la logique porterait plutôt à attendre Godot. Et le publicitaire, désormais écrivain, Daniel Fohr excelle à faire naître une ambiance légère, flegmatique et décalée par ses aphorismes charmants ou grinçants et des rebondissements touchants ou saugrenus. Investissant le champs du roman noir, Fohr propose une balade attachante quoiqu’un peu monotone, à travers le regard las et désabusé de son anti-héros. Si l’attente est généralement plaisante, on souhaiterait plus d’échanges de balles, mais la prière de l’intitulé est exaucée et les armes restent trop longtemps à la réception. Le livre s’achève sur une morale digne de Michel Audiard « La retraite faut la prendre jeune. – Faut surtout la prendre vivant. C’est pas dans les moyens de tout le monde » (« Les Barbouzes », 1946).

Prenons-en de la graine !

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

Dans le même élan satirique que son premier roman Un mort par page, Daniel Fohr nous offre sous forme de western contemporain les chroniques déjantées d’un hôtel plutôt minable à la clientèle très cosmopolite.

Lorsque le narrateur, gérant hypocondriaque et paranoïaque d’un hôtel médiocre, découvre un registre de comptabilité plus que douteux ayant appartenu aux anciens propriétaires, deux corses rentrés au pays, tout est en place pour un enchaînement d’événements qui vont rivaliser d’extravagance, entre loufoqueries diverses et cadavres en série. Mais l’intrigue menée tambour battant ne sera qu’un prétexte pour camper la vie quotidienne et décalée d’un hôtel à travers ses résidents souvent bizarres, et son personnel plus bizarre encore. Apprenant qu’une partie du Dernier tango à Paris aurait été tournée dans l’établissement, Joseph le gardien de l’hôtel voit une formidable opportunité pour aider son patron à dynamiser l’hôtel et satisfaire sa clientèle. Son imagination débordante va l’amener très loin dans ce qu’il croit être bon pour leur business, jusqu’à se prendre lui-même pour Marlon Brando et appeler sa chienne Cheyenne, comme la fille de l’acteur. Il va aussi se lancer dans l’organisation d’animations créatives ayant pour thème les pays d’origine de ses clients. Mais la vie peu paisible de l’hôtel sera chamboulée lorsque le narrateur tombe amoureux d’Estelle, une serveuse topless d’un bar voisin, le Saloon, avec laquelle il n’arrive jamais à conclure : un feu se déclare, il se fait agresser et casser le nez, deux cadavres sont découverts dans la benne à ordures, le speculum d’un client disparaît. Déjà sujet aux questionnement existentiels qu’il calme à coups de tisanes de millepertuis, valériane et passiflore, le gérant décide d’employer les grands moyens et se met à investir dans tout ce qui peut exister comme instrument de dissuasion et de protection : caméra, gilet pare-balles, portique de sécurité… Tel le sherif qui attend l’arrivée dans sa ville des desesperados, notre gérant parviendra-t-il à se protéger et protéger ses résidents du pire ? Le pire, on le sait, n’est jamais certain, mais dans cet hôtel très singulier, même l’impensable peut arriver !

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
1 comment on this postSubmit yours
  1. Une matière première originale et sympa, un ton décallé, une parfaite maitrise des formules qui font mouche… mais on parle d’un western contemporain… Un peu lent pour du contemporain. Oui, des longueurs qui nuisent au « concentré de tomates » qu’aurait pu être ce livre… parfois aussi long qu’une nuit complète pour un veilleur de nuit !

Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

Twitter

  • May 5, 2012 16:40

    Dans un avion pour Caracas de Charles Dantzig: « On ne lit pas pour le livre, on lit pour soi. Il n’y a pas plus... http://t.co/OTPBM0ji

  • May 3, 2012 15:21

    Le révélateur de Mireille Juchau: En photographie le révélateur est un produit chimique qui permet de faire appa... http://t.co/PFJJpSUb

  • April 25, 2012 16:48

    Dans la route de Maryline Desbiolles: Les routes n’ont ni début ni fin. Elle ne vont pas du point A au point B e... http://t.co/onKx9zl9

  • April 19, 2012 14:51

    Jesus Man de Christos Tsiolkas: « Vieille Australie blanche veut la guerre Jeune Australie blanche veut la paix ... http://t.co/gZVpe8st

  • April 16, 2012 12:16

    La bataille de l’Occident et Congo d’ Eric Vuillard: Du fond des temps immémoriaux les hommes mènent batailles e... http://t.co/i2HtOKJB

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2012 All Rights Reserved