Libre, seul et assoupi de Romain Monnery – chronique n°1

Libre, seul et assoupiLibre, seul et assoupi de Romain Monnery aux éditions Au Diable Vauvert

Ce doit être ce qu’on appelle un roman générationnel, comme on écrit dans les magazines pour faire croire qu’on dit quelque chose quand finalement on ne dit pas grand chose. Roman générationnel ? Car le héros a une vingtaine d’années, un bac + 5 et peine à s’insérer dans le monde des adultes. Pourtant, Machin, c’est ainsi qu’on appelle le personnage masculin qui se raconte ici, n’a rien d’une figure emblématique des jeunes de son temps. Chez lui, pas de justification politique à sa glande sublime. Juste le goût pour ne rien faire érigé en règle de vie. Un looser pas vraiment magnifique. Autre avantage du roman de Romain Monnery : il ne sombre pas dans la psychologie. Machin a peut être un fond dépressif, il ne nous l’assène pas, préférant le récit à la première personne de cet anti héros contemporain, qui cherche comment vivre sans rien faire.

Avouons-le : j’avais beaucoup aimé le petit grain de café argenté paru au dilettante Le petit malheureux de Guillaume Clémentine ou la chute du sac en plastique de Julien Bouissou à l’Olivier il y a quelques années, preuve que le thème de la jeunesse qui ne veut pas s’intégrer à un monde qui ne veut pas d’elle n’est pas générationnel (sans oublier le film d’Eric Rochant Un monde sans pitié).

La singularité du roman de Romain Monnery tient à sa construction. Rien n’est plus ennuyeux que de raconter l’histoire d’un type qui ne veut rien faire. Pour réussir à tenir en haleine le lecteur en racontant les aventures d’un type dont le seul but dans la vie est de voir son rmi rallongé de 6 mois, il faut du talent. Romain Monnery n’en manque pas. D’abord parce qu’il a beaucoup d’humour et que son livre compte de jolies formules (parfois facile, péché de jeunesse ? ) comme le « sois Stage et tais toi » ou pour décrire un type un peu lourd : « on aurait dit le portrait d’un jeune homme en grosse tête ». L’autre talent de Monnery, c’est qu’avec lui ne rien faire est un travail à plein temps. Là où d’autres se centreraient sur leur narrateur soufreteux, Monnery a la bonne idée d’entourer Machin d’autres personnages, ce qui lui retire une dimension égotiste et aide l’intrigue à progresser. Puisque les temps sont durs pour les jeunes et que la cohabitation est nécessaire et tendance, Romain Monnery utilise très bien tout le potentiel de cette situation (cohabitation entre les garçons et les filles, cohabitation de machin avec Bruno, un garçon malchanceux qui veut devenir journaliste sportif).

Composé de courts chapitres avec une chute, la narration doit autant à la littérature qu’aux meilleurs séries télé (d’ailleurs le narrateur cite aussi bien les livres qu’il lit que les séries qu’il voit. Devant se rendre à un enterrement, il cherche dans sa culture télé comment se comporter), créant un genre moderne et séduisant.

Chronique réalisée par Christophe Bys

Quatrième de couverture:

« J’étais un enfant de la génération précaire et, très vite, je compris que viser un emploi dès la sortie de ma scolarité revenait à sauter d’un avion sans parachute. »

Machin vit à Lyon chez ses parents qui, excédés de le voir végéter, le mettent à la porte. Résigné, il rejoint une ancienne copine de fac à Paris où il partage une colocation avec deux autres personnes. Installé dans sa nouvelle vie, il trouve un stage sur une chaîne du câble où on l’exploitera, comme tout stagiaire qui se respecte. Quand son patron lui fait des avances, il part la tête haute et s’engage dans une longue période sans : sans emploi, sans ambition, sans petite amie, sans rien à faire, il reste enfermé des journées entières dans l’appartement avec son compagnon d’infortune, Bruno, son colocataire. Lorsque la colocation éclate, Machin doit chercher un nouvel appartement et revenir sur sa parole : il va bel et bien devoir trouver un travail alimentaire et se confronter à la vie d’adulte normal.

Raconté par un anti-Rastignac, voici le roman de la génération précaire et des désillusions perdues, où l’initiation des années 2000 se joue entre échec volontaire et résignation constructive.

Lisez la chronique n°2



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