Sous un ciel qui s’écaille de Goran Petrović

Sous un ciel qui s’écailleSous un ciel qui s’écaille de Goran Petrović aux éditions Les Allusifs

Raconter l’histoire de la Serbie par le biais de l’Uranie, un cinéma de province, tel est le pari (réussi, très réussi même) de Goran Petrovic. Pourtant, c’est typiquement le genre d’idée artificielle qui peut étouffer la narration. Là c’est tout le contraire. L’auteur prend le cinéma comme une mini société, dressant le portrait des uns et des autres. Des sortes de zoom sur l’humanité en miniature, cocasse en diable. Chacun est décrit en quelque pages et existe vraiment, car le geste de l’écrivain est sûr. Il y a les bandits et l’avocat, le collabo et les cancres, les filles de joie et les vieilles filles et un projectionniste qui coupe des morceaux de films pour « écrire » lui même son propre film composé de ces rushs remontés selon une logique propre… comme un reflet de ce qu’est ce roman. Mise en abyme compliquée ? Non du tout, car si projet il y a, il est au service d’une narration fluide, offrant une lecture à plusieurs degrés.

Car l’histoire de l’Uranie reprend l’histoire d’un pays pas vraiment comme les autres : la Serbie devenue Yougoslavie. Si l’humour est là, le tragique n’est pas évacué non plus. C’est la lettre de dénonciation qui vaudra à un des personnages à un passage à tabac, parce qu’il a nommé sa perruche Démocratie, un nom qui prête à toutes les ironies au temps du Maréchal Tito. Et les lycéens qui sèchent les cours d’histoire pour aller au cinéma, trouvant la matière trop rébarbative seront rattrapés quand l’histoire deviendra guerre civile. Sans oublier les mesquineries des uns et des autres… on pense notamment aux malheurs de l’ouvreur, qui possède un trop beau costume quand survient le costume, d’un goût bourgeois.

Le tout avec une légèreté très Mittle Europa, comme on l’aime. Rien n’est surligné dans ce roman d’à peine 200 pages, mais qui contient aussi de jolis passages poétiques. Comme l’histoire de ce sultan, qui découvre le cinéma : « Il les accueillait comme un triste prisonnier, sans un mot, et même si ce n’était que pour un petit moment, leurs films lui donnaient l’illusion d’être comme tous les hommes . »

Pour être complet, ajoutons que le roman commence pendant un dimanche après-midi de 1980, où un événement politique de premier plan se produit et qu’il raconte la vie des personnages avant et après. Une occasion de vérifier que les grands changement ne changent pas grand chose.. ou presque.

Chronique réalisée par Christophe Bys

Quatrième de couverture :

Une petite ville serbe, un dimanche après-midi de l’année 1980: sous le vieux plafond du cinéma Uranie où se déploie une représentation stylisée de l’Univers, une trentaine de spectateurs – cocasse Serbie en miniature – assiste à une séance mémorable. Pendant que le ciel en stuc fatigué – emblème lézardé de la transcendance collective -, s’effrite doucement mais sûrement au-dessus de leurs têtes, la séance est interrompue par une annonce sidérante, qui va marquer la fin d’un monde… Une fable légère, ironique, bouffonne sur toute une sér(b)ie noire de petits et de grands désastres.



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