En attendant la montée des eaux de Maryse Condé – chronique n°2

en-attendant-la-montee-des-eauxEn attendant la montée des eaux de Maryse Condé, aux éditions JC Lattès

J’ai choisi ce roman de Maryse Condé, attirée par son synopsis.
Sa couverture n’est pas particulièrement expressive, et l’image colorée qui a été sélectionnée par l’éditeur doit être observée avec attention pour montrer son lien avec le sujet du roman.
Quand on la regarde bien, l’herbe couchée, le ciel gris annoncent une catastrophe, tout comme le titre qui montre que le roman se passera dans l’attente ou dans un temps suspendu.
Mais si je n’avais fait que passer devant ce livre, je ne me serais pas douté du sujet du roman.
Et j’aurais eu tort, car j’ai passé un très bon moment.

Voici donc ce qui s’y passe :
Babakar est un médecin obstétricien d’origine africaine qui exerce en Guadeloupe. Une nuit, pendant un violent orage, un émigré clandestin haïtien vient le chercher pour accoucher une femme qui meurt quelques minutes avant son arrivée. Il décide d’emporter l’enfant qui vient de naître, une fille, et de l’adopter.
Cette décision prise sur un coup de tête va bouleverser sa vie. Quelques semaines plus tard, le compagnon de la mère de l’enfant, Movar, vient annoncer à Babakar qu’il avait promis de ramener cette petite fille en Haïti, sur la terre de ses ancêtres. Babakar lui propose de s’installer chez lui et de s’occuper du jardin. Ils vont organiser leur vie à trois, jusqu’au moment où les ragots du village vident le cabinet de Babakar. Il est notamment accusé d’avoir volé l’enfant.
Le voyage pour Haïti est organisé, mais le retour au pays ne va pas être de tout repos.

A partir de cette trame, l’auteur construit une histoire où se mêlent les destins de différents personnages qui vont se lier, apparaître ou disparaître et subir les aléas de l’Histoire avec une majuscule, comme ceux de la fiction.
L’histoire d’Haïti est effectivement très présente, mais également celles de ces pays africains qui ont sombré dans la guerre civile.
L’originalité de ce roman, pour moi, réside dans l’absence de condamnation explicite. Il me semble que l’auteur exprime davantage un rejet global de ces luttes intestines qui déstabilisent les pays et les vies individuelles, mais également du racisme qui peut en être l’origine. Le personnage de Babakar est dévasté tour à tour par l’exclusion dont a été victime sa mère, puis par la réaction de la famille de sa femme, par la guerre civile survenue dans le pays où il exerçait au début de sa carrière, et enfin par le rejet de sa clientèle guadeloupéenne. Chacun de ses évènements le pousse à aller ailleurs, à rechercher une terre plus accueillante où sa vie sera plus facile, mais il ne semble jamais pouvoir l’atteindre. Il vit dans l’attente, celui d’un retour à la terre natale, celui du retour de l’être aimé, celui de la montée des eaux qui arrivera bien un jour et rayera ces îles de la carte.
Il attend jusqu’à la fin du roman où la nature va enfin lui permettre de prendre une décision.

La narration choisie est originale.
Elle se focalise sur le personnage de Babakar et l’histoire est racontée de son point de vue. Là, point d’originalité.
Pour parler des personnages croisés par Babakar, en revanche, l’auteur choisi d’intercaler des chapitres intitulés « Le récit de … ».
Je dois avouer que le premier récit est bien introduit. J’ai trouvé que l’idée était bonne, que ce récit se coulait naturellement dans la narration générale. Cela permet de revenir sur des évènements passés ou sur un vécu qui s’isole et prend toute son importance.
Le second, celui de Babakar, est également bien amené. Pour les suivants, en revanche, l’enchaînement n’est pas aussi naturel et l’on a parfois l’impression que Maryse Condé introduit un évènement uniquement pour amener son récit. Je crois que j’aurais préféré qu’il n’y ait aucun artifice. Une fois lu deux récits de ce type, il me semble que le lecteur a compris de quoi il s’agit et peut lire ces chapitres sans qu’on lui tienne la main.

Mis à part ce petit bémol, la lecture de ce roman coule et les pages se tournent toutes seules.
L’histoire de Babakar est à la fois touchante et agaçante, tant il hésite parfois à agir, tandis que tous autour de lui prennent leur destin en main.
Attentiste et défaitiste, il pleure sur le passé, et ce sont les autres qui le font avancer. Le lecteur suit ses aventures en attendant la suite, en espérant parfois que les évènements vont le laisser en paix, tout en sachant que cela n’arrivera pas.

C’est donc un livre que je recommande.

Chronique réalisée par Estellecalim

Présentation de l’éditeur

Babakar est médecin. Il vit seul avec ses souvenirs d’une enfance africaine, d’une mère aux yeux bleus qui vient le visiter en songe, d’un ancien amour, Azelia, disparue elle aussi, et autres rêves de jeunesse d’avant son exil en Guadeloupe, berceau de sa famille. Mais le hasard ou la providence place une enfant sur sa route et l’oblige à renoncer à sa solitude, à ses fantômes.

La petite Anaïs n’a que lui. Sa mère, une réfugiée haïtienne, est morte en la mettant au monde, lui léguant sa fuite et sa misère. Babakar veut lui offrir un autre avenir. Ils s’envolent pour Haïti, cette île martyrisée par la violence, les gouvernements corrompus, les bandes rebelles, mais si belle, si envoûtante. Babakar recherche la famille d’Anaïs, une tante, un oncle, des grands-parents peut-être, qui pourraient lui raconter son histoire. Mais Babakar ne rencontre personne et ne peut compter que sur lui et sur ses deux amis Movar et Fouad. Des hommes qui lui ressemblent, exilés, solitaires, à la recherche d’eux-mêmes et qui trouvent à Haïti des réponses à leur quête, un lieu de paix au milieu des décombres.

Lisez la chronique n°1



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