L'Envers du monde de Thomas B. Reverdy

L' Envers du monde Thomas B. ReverdyL’Envers du monde de Thomas B. Reverdy aux éditions du seuil

Sur le 9/11 je n’avais lu jusqu’ici qu’une seule fiction littéraire : L’Homme qui tombe de Don DeLillo, magnifique.
Dans son roman, Thomas B. Reverdy met en scène son double, Simon, jeune écrivain français venu s’installer à Manhattan en 2003 pour recueillir des témoignages qui lui permettront, espère-t-il, d’écrire enfin à propos d’événements qui relèvent de l’ineffable : le deuil, la disparition.

[extrait]  » Il y a le motif de la cendre, par exemple, ou de la poussière. Les scènes centrales des écrivains [américains] qui s’y attaquent tournent autour de ça, même chez Don DeLillo qui croit prendre une autre image avec son Falling Man, en fait sa scène primitive, si je puis dire, ce n’est pas l’homme qui tombe, c’est le mari qui rentre chez lui couvert de cendres. C’est très frappant. C’est évidemment lié à un imaginaire religieux, le discours sur la mort est en fait, discours sur la vanité de l’existence. Le problème, c’est que c’est un discours à double tranchant. Les tours étaient vaines, d’une certaine manière, dans l’exhibition de leur désir de puissance et de richesse. C’est une sorte d’impasse. On l’a dit souvent, « Dieu ne peut pas se déclarer la guerre ». Alors, comment le raconter ?  »

Thomas B. Reverdy choisit de raconter une histoire de mort, de remord et de rédemption apparemment déconnectée de l’attentat du 11 septembre, mais qui prend toute sa dimension inquiétante et tragique parce qu’elle se déroule en bordure de l’excavation de Ground Zéro. L’immense chantier, déblayé des ruines des tours jumelles, mais encore vierge de toute construction, est au centre du roman. Ce vide de béton symbolise l’absence, la disparition. C’est un « lieu-qui-n’est-le-lieu-de-rien » : « Le monde et sa vie s’y étaient retournés comme un gant. »

L’envers du monde est écrit en très courts chapitres groupés en trois parties, une pour chacun des prénoms des trois caractères principaux : Pete, Candice et Simon.

« Tout le monde a ses fantômes. »

Pete, est celui des trois qui a vécu au plus près le drame de septembre 2001, en participant aux secours. L’ancien policier n’a pas digéré le traumatisme. Persuadé de n’avoir pas mérité sa médaille de héros, il n’a pas supporté pas son statut de survivant.
Candice, est une veuve du 11 septembre. Pendant de longues heures, elle a attendu ce jour-là le retour de son son compagnon qui travaillait dans une tour du WTC. Contrairement à Pete, elle n’a jamais accepté de partager son traumatisme avec les autres, dans un groupe de parole. Le jogging est sa thérapie personnelle.
Simon le français, témoin télévisuel beaucoup plus lointain de la chute des tours, est celui que personne n’attend nulle part, que personne ne retient de partir. Sa douleur à lui, sa perte, remonte à l’enfance, tellement vive qu’il lui faut venir jusqu’à Ground Zero pour la reconnaître enfin : « L’hopital, ses tempes nues, ses lèvres de pierre. L’étonnante absence de tout parfum. »
Deux autres personnages importants de l’histoire n’ont pas de prénoms dans le roman. Il y a le commandant O’Malley, chargé au FBI de l’enquête sur la mort de Mohammad Sala, un ouvrier dont le corps a été retrouvé dans la boue du chantier et que personne ne viendra jamais réclamer. Il y a aussi un garçon sans identité, voyou aux déambulations suspectes, sorte d’ange de la mort.

Décor et personnages bien en place, Thomas B. Reverdy nous fait vivre au quotidien la vie de Pete, de Simon et de Candice pendant une semaine de canicule d’août 2003, à Manhattan, à Brooklyn, et à Cosney Island. Le meurtre de l’ouvrier musulman sur le chantier de Ground Zero, et l’enquête qui suivra, vont venir bouleverser les trois trajectoires de vie et précipiter les rencontres, deux à deux : Pete-Candice, Simon-Pete, Candice-Simon.

Avec L’Envers du monde, je me suis passionnée pour l’histoire et les personnages inventés par l’auteur, j’ai aimé la construction efficace du roman, et enfin le style calme et posé mais puissamment évocateur.

Chronique réalisée par Tilly

Quatrième de couverture :

New York, août 2003. Une chaleur suffocante.

Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre, vidé de ses décombres, n’est qu’un trou large comme un quartier. Ce n’est plus le World Trade Center depuis deux ans, et ce n’est pas encore la Tour de la Liberté, qui n’est qu’un projet d’architectes. Un non-lieu étrange, une absence dans le paysage. « Le plus petit désert du monde ».

Un vendredi à l’aube, on découvre le corps mutilé d’un ouvrier arabe sans identité, jeté là, dans un puits de forage. Les cendres sont prêtes à se ranimer.

Le commandant O’Malley, qui se charge de l’enquête, porte un costume sombre et ne transpire jamais. De Manhattan à Coney Island, il rencontre, interroge témoins et suspects. Candice, par exemple, la serveuse aux cheveux ambrés comme la bière qu’on brasse à Brooklyn. Ou Pete, l’ancien policier qui fait visiter le chantier aux touristes et qui a eu une altercation avec le mort, la semaine passée. Obèse et raciste avec ça, il ferait un bon coupable. Et puis il y a Simon, l’écrivain français de cette histoire, qui s’interroge sur l’impossible deuil de ces bouts d’existences américaines.

Sans jamais lâcher le mouvement de ses personnages, Reverdy y ajoute un luxe descriptif, un sens du détail, un brio et une musicalité qui lui sont personnels. Car, on le sait, « il faudrait une vie pour raconter une vie ».

Thomas B. Reverdy est né en 1974. Il s’est révélé en 2003 avec La montée des eaux, auquel ont fait suite Le ciel pour mémoire (2005) et Les derniers feux (2008, prix Valéry Larbaud). Par son souffle et ses dimensions, ce grand roman sur la blessure de l’Amérique annonce une ambition nouvelle.



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