Nagasaki d'Éric Faye – chronique n°2

nagasaki Eric FayeNagasaki d’Éric Faye aux éditions Stock

Nagasaki est un récit court (107 pages), ce qui ne surprend pas d’Eric Faye, coutumier des nouvelles depuis quelques années.

Le narrateur n’a rien d’un héros : ce célibataire quinquagénaire travaille dans une station météo, ne reçoit quasiment jamais personne chez lui, dans son antre où les rituels de la vie quotidienne rythment le temps.

Le premier grain de sable qui va bouleverser sa vie est une brique de jus de fruit dont le niveau a baissé de manière inexplicable ! Risible ?, Dérisoire ? Non pas du tout car les disparitions d’aliments et les déplacements d’objets sont ressentis par Shimura-san comme des viols.

Bientôt, à l’aide d’une webcam, il va identifier l’intrus ou plutôt l’intruse qui s’est introduite chez lui pendant son absence : il s’agit d’une femme de 58 ans, chômeuse et sans domicile qui est venue squatter sa maison ; dès qu’il rentrait du travail elle se cachait dans le placard à futons.

Bien sûr, elle sera arrêtée, jugée et emprisonnée pendant que Simura-san verra son petit univers tranquille se fissurer : il se remet à fumer, accompagne ses collègues dans un bar après le travail, pendant des heures il songe à son inconnue clandestine et pleure sur sa vie ratée.

Ces pages écrites avec sobriété peuvent déclencher des tempêtes intérieures chez le lecteur tant elles sont fortes…

Mais, à partir de la page 75, Eric Faye nous donne le point de vue de la femme ; bien que son histoire soit poignante et qu’on découvre avec intérêt pourquoi elle a trouvé refuge précisément dans cette maison, une distance se créée entre l’auteur et le personnage (il dit « elle » et non « je »), ce qui, à mon avis, affaiblit le récit. Quand on referme le roman on ressent comme une frustration (voulue par l’auteur ?)

Chronique réalisée par Marie-Jeanne Chambrion pour Chermedia

Quatrième de couverture :

« Clandestine depuis un an Il s’étonnait de voir des aliments disparaître de sa cuisine : un quinquagénaire célibataire des quartiers sud a installé une caméra et constaté qu’une inconnue déambulait chez lui en son absence. »

Un simple fait divers dans un quotidien du matin à Nagasaki. Tout commence par des disparitions, en effet, des déplacements d’objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. C’est un homme ordinaire, qui rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n’a pas d’odeur, sauf celle de l’ordre et de la mesure.

Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Dans ce monde contre lequel l’imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s’est produit.

Devant l’écran de son ordinateur et grâce à sa caméra, Shimura-san finit par apercevoir l’intruse. Il y a bien quelqu’un chez lui. Il a vu son profil. Il l’observe. Il attend d’être sûr. Est-ce une hallucination, un fantôme de ses échecs sentimentaux passés, une amante amère et revancharde ? Il finit par appeler la police. L’invitée est embarquée et mise en cellule. On apprendra par les agents en charge de l’enquête et lors du jugement que cette femme à peine plus âgée que son hôte avait trouvé refuge chez lui au cours de son errance. Il partait sans fermer à clé, seule concession à sa maîtrise. On lira qu’elle aimait sentir sur sa peau le rai de lumière qui traversait la pièce l’après-midi et l’odeur des draps propres dans l’armoire qui lui servait de chambre. Tel un animal, cette femme sans passé sentait la menace, détectait le bruit des pas et bondissait se cacher, à l’abri du danger. Elle ne voulait rien de plus qu’être là, sans déranger. Elle aussi était seule.

On apprendra bien d’autres choses encore ; sur la mémoire des lieux et la mémoire tout court, dans une lettre finale que la « clandestine » adressera au maître des lieux, désertés.

Lisez la chronique n°1



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin