Nos coeurs vaillants de Jean-Baptiste Harang – chronique n°2

Nos coeurs vaillants de Jean-Baptiste HarangNos coeurs vaillants de Jean-Baptiste Harang aux éditions Grasset

Souvenirs, souvenirs… l’auteur Jean-Baptiste Harang se lance dans l’écriture pour ne pas oublier, sur le conseil de son cousin psychiatre. Dans ce roman il est question de mémoire, cette mémoire des souvenirs qui n’en fait qu’à sa tête.

- Je n’ai pas la mémoire des souvenirs. Aucune prise sur ce qu’elle retient, encore moins sur ce qu’elle décide d’expédier dans les limbes de l’oubli.. »

Il égrène ses souvenirs de jeunesse, des années 50, quand à l’âge de 6 ans il allait au patronage, à l’époque où un gamin de cet âge pouvait encore aller dans les rues de Paris sans être importuné… Paris, son quartier qui défile dans sa mémoire, le patronage, à l’enseigne des Coeurs Vaillants (mouvement lié à l’Eglise proche du scoutisme)

Et puis rythmant cette jeunesse, ces 6 semaines annuelles dans le Jura. D’abord colon puis directeur pédagogique de ce centre de vacances.

Jean-Baptiste Harang nous fait revivre ses années de façon assez brouillonne comme l’est sa mémoire, mais il garde la chronologie de son premier séjours à ses dernières visites bien après la fermeture de l’établissement. L’ambiance de ces colonies, l’impact que cette éducation a pu avoir sur la vie d’un homme, dans ses souvenirs. Nous sommes à des années lumière de ce que l’on connaît aujourd’hui, d’autres jeux plus « virils », d’autres règles, des punitions d’un autre monde qui faisaient en sorte que l’enfant fasse une expérience et grandisse, comme traverser en pleine nuit les forêts du Jura pour aller chercher dans une autre paroisse le vin de messe que les enfants avaient eu la mauvaise idée de boire. Entre la peur du noir, la peur des bruits de la forêt, les larmes retenues ou cachées.

Bien sûr les relations entre adultes et enfants étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui. Les conditions de vie, l’hygiène, pas d’eau courante, pas d’électricité, une autre époque… On y rencontre des personnages pittoresques , ruraux, des enfants comme des adultes, témoins de ces années d’après guerre.

Un jour il reçoit une lettre anonyme d’une personne qui lui reproche de ne pas avoir cité dans un précédent roman « les spaghettis d’Hitler ». Le contenu de cette lettre et les sous-entendus vont replonger l’auteur dans ces années.
Entre un abbé qui prend les petits préférés, les CB ou culs bénits sur ses genoux et leur mordille les oreilles, et l’allusion de ce camarade sur des « relations » particulières qu’ils auraient pu entretenir.

- « J’y vécu les dix premières années dans l’ignorance du monde et nos amours ne pouvaient avoir d’objet que nos camarades ou bien les adultes qui nous encadraient ».

Le spectre de la pédophilie plane, et qui est l’auteur de cette lettre ?

a t-il pu oublier tout ça, est-ce vraiment la réalité ?

Si j’ai eu du mal a entré dans ce livre, à savoir où voulait nous emmener l’auteur, j’ai plongé dans ces monts du Jura, dans ces jeux d’enfants d’un autre monde, dans ses réflexions d’adulte face à ses souvenirs, son retour sur les lieux pour écrire ce livre, à ses questions soulevées sur l’amitié, les relations que l’on garde avec son enfance, l’oubli volontaire de certains passages.. Les conséquences d’un drame des années 70 dans une boîte de nuit, où il aura fallu la mort de 144 enfants brûlés vifs, pour que les autorités se penchent sur les locaux destinés à l’accueil des publics, et de là, la fermeture d’établissements comme la colonie, et la création de centre plus douillets …

Rt pour finir cette reflexion dans la dernière page du livre ou Jean-Baptiste Harang cite Guy Debord : La jeunesse est un état passager. La vie aussi, à peine plus long, mais à force de trop lorgner sur le premier, on risque de laisser filer l’autre comme si de rien n’était.

Chronique réalisée par Martine Gallois pour Chermedia

Quatrième de couverture :

On ne répond pas à une lettre anonyme, quand bien même on en démasquerait l’auteur.

Faut-il seulement la lire ?

A l’origine de ce roman, une lettre mêle amitié et amertume, complicité et reproche, dépit amoureux, nostalgie aiguë, doléances et confidences. Soupçons. Révélations ?

Ce courrier, reçu par Jean-Baptiste Harang d’un camarade de jeunesse qui se plaint de ne pas apparaître dans ses livres, n’est donc pas signé. Dès lors ressurgissent le temps perdu, les fantômes qui s’y meuvent, du premier mort aux premières amours, au fil des souvenirs de patronage et de colonie de vacances, dans le Paris oublié des années cinquante, son XVIIe arrondissement, ou bien au fond d’une vallée du Jura qui semble plus ancienne encore. Un vert paradis, où brille Agathe, par son absence. Un vert paradis où règne en maître l’abbé T., et son encombrante affection.

Les mots et l’émotion affrontent des silences trop longtemps tenus, Nos cœurs vaillants poursuit le cours d’une mémoire empêchée et cependant en quête d’elle-même, les tours et détours de l’esprit cherchent à comprendre ce qui, dans ses jeunes années, et toute sa vie depuis, lui a incroyablement échappé… Mais qui vous impose de vous rappeler ce qui vous encombre, et d’oublier ce qui vous manque ?

Né en 1949 dans la Nièvre, Jean-Baptiste Harang a été longtemps journaliste à Libération et collabore régulièrement au Magazine littéraire. Il est l’auteur chez Grasset de Le Contraire du coton (1993), Les Spaghettis d’Hitler (1994), Gros chagrin (1996), Théodore disparaît (1998), La Chambre de la Stella (2006, Prix du Livre Inter).

Lisez la chronique n°1



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