Le Délégué de Didier Desbrugères

Le Délégué de Didier DesbrugèresLe Délégué de Didier Desbrugères aux éditions Gaia

Une vaste République… « L’étendue du territoire étourdit et sa diversité étonne. » (page 9).

Josef Strauber, bientôt 45 ans, divorcé, sans enfant, est un Délégué subalterne muté au nord de la République dans le bourg de Lurna, près de Baïpan. « Sa nomination lui était tombée dessus contre toute attente. De la même manière que le départ de sa femme. » (page 19).

La première partie du roman raconte le départ de S. et son voyage en train en 3e classe puis en bateau, voyage qui va durer quelques semaines et durant lequel il va rencontrer une mère de famille avec qui il fera un arrangement pour manger et Cirus Britov qui l’invitera pour discuter et jouer aux échecs dans son wagon de 1ère classe.

La deuxième partie raconte la vie du Délégué à Lurna. À son arrivée, il n’est même pas accueilli… Une maison rapidement retapée à l’extérieur du bourg et une bonne ont été mises à sa disposition. La maison, c’était celle de l’ancien Délégué, disparu depuis des décennies après l’incendie du village. La bonne, c’est Mona, une ancienne prostituée qui a un fils de 6 ans, André. Un garçonnet beau et intelligent auquel le Délégué va s’attacher. « Quels apports culturels demandait un petit d’humain pour devenir un humain ? Quelles normes et valeurs partagées fondent une société ? André devait acquérir un langage et des codes sociaux pour vivre en communauté. » (pages 222-223).

Raillé par le staroste Kopromov qui dirige la région d’une main de fer avec les membres de son conseil et le richissime Martin Bruzneck : « Sans espions, délateurs et indicateurs, un Délégué était aveugle et sourd. » (page 118), et abandonné par sa hiérarchie (personne ne répond à ses rapports, il ne reçoit pas son salaire…), le Délégué va devoir faire face à l’indifférence puis à l’hostilité de la population. « Loin de veiller sur eux comme à des rouages essentiels de l’immense mécanisme, la République les livrait à eux-mêmes. Son rêve d’une fraternité universelle et centralisée s’écroulait. » (page 112).

« L’Égalité devait être garantie pour tous les citoyens. Sans exception. Ainsi que les autres droits. » (pages 31-32). Que va devenir cet idéaliste qui ne rêve que d’améliorer les choses et d’avoir sa bibliothèque ?

D’après la 4e de couverture, je m’attendais à un roman genre kafkaïen et je n’ai pas été déçue, mais Didier Desbrugères n’est pas Franz Kafka et il a développé son propre style et son propre imaginaire.

Josef Strauber deviendra vite S. dans le récit, comme s’il était impersonnel, comme si à lui seul il représentait tous les petits fonctionnaires envoyés aux confins. « Sa vie misérable écrasait son âme sous le poids d’un accablement terrible. Une promotion inexplicable, peut-être une erreur administrative, l’avait jeté sur les routes. » (pages 90-91).

La République n’est jamais nommée mais j’ai quand même bien pensé à la Russie : grande étendue, steppe, caviar, staroste, certains noms de personnes et de lieux…

Attention, ce roman n’est pas un pavé mais on ne sait pas trop où arrêter sa lecture puisqu’il n’y a pas de chapitres ! La première partie va jusqu’à la page 124 puis la deuxième jusqu’à la fin. Donc la lecture est réellement dense voire lente et la concentration au maximum mais j’ai adoré ce premier roman très littéraire et non-conformiste.

Encore un gros coup de cœur de cette rentrée littéraire donc !

Chronique réalisée par La culture se partage

Quatrième de couverture :

Dans une vaste République jamais nommée, un homme s’apprête à prendre ses fonctions de Délégué. Un voyage en train de dix jours, en troisième classe, doit l’emmener jusqu’au bout de la steppe, au bourg de Lurna. Alors le Délégué Josef Strauber pourra servir dignement l’Administration, remplir la mission qu’on lui a confiée et jouir des avantages de son rang.

Mais le cours des choses ne s’accordera pas à ses aspirations profondes. Lurna, village autrefois brûlé, lui réserve un non-accueil. Josef S. est un homme seul. Porté à la réflexion, la lecture et la contemplation, il n’est pas effrayé par la rudesse de la vie qui l’attend  ou la compagnie fruste d’une gouvernante flanquée de son petit garçon. Lorsque surgit le doute, ou que pointe la résignation, quelle flamme vascillera la première ? Celle de sa droiture ou celle de sa raison ?

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  1. très jolie chronique

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