Jours toxiques de Roxana Robinson – Chronique n°2

jours-toxiques-roxana-robinsonJours toxiques de Roxana Robinson aux éditions Buchet/Chastel

Les dernières phrases :

« Fallait-il faire un vœu ? Pourquoi jetaient-ils dans l’océan cette poudre pâle et granuleuse ? Katharine ouvrit la main, écarta les doigts. La cendre s’effrita en tombant dans l’air et Katharine émit un vœu de retrouver sa fille avant de mourir. »

Roxana Robinson décrit et décortique une famille américaine, de la middle-class. L’ensemble des membres de la famille vit éloigné chacun l’un de l’autre, géographiquement et sentimentalement, et entre eux s’exprimer sur son sentiment peut paraître comme une faiblesse. Mais là n’est pas le sujet de ce livre émouvant, captivant et saisissant : Jack, le second fils de Wendell et de Julia, est un junkie. C’est un fait, inconnu et surprenant, pour devenir un drame que va vivre au jour le jour tous (les grands parents vieillissants, le père et la mère divorcés, le grand frère protecteur, la tante « attentionnée »). Alors qu’avant il était juste question pour Julia d’accueillir ses parents pour un séjour agréable.

Même si le livre narre une famille avec ses intimités et inimités, avec ses complicités et ses rancoeurs, tout autour s’émet aussi des idées sur la politique, sur la religion, sur la société … américaine : « l’Amérique était déjà assiégée par ses propres fanatiques religieux, cela ne suffisait-il pas ? Les jihadistes ne s’étaient-ils pas rendu compte que les Etats-Unis étaient aussi critiqués de l’intérieur ? ». Robinson traduit en petites piques acerbes ses idées, elle offre malgré elle des images moins flatteuses de la société, des critiques annoncées au détour d’une phrase pour frapper le lecteur qui suit mentalement Jack.

Robinson se garde d’inventer un style recherché et difficile, le lecteur s’offre sur les pages des phrases simples et précises : « Après le dîner, ils, sortirent sur le véranda. Julia installa une rangée de chaises et ils restèrent tous un moment à guetter les étoiles filantes dans le ciel. » Ce qui facilite la lecture et apporte au lecteur un plaisir palpable au fil des pages.

Le livre ne sort pas dans le grand espace américain mais reste toujours cloîtrer et enfermer, soit par les murs soit par le décor étriqué ou encore par la promiscuité de l’endroit : « L’air marin humide les enveloppait de sa noirceur infinie. Le bateau était ballotté par les vagues. » Le lecteur a la sensation d’être étouffé, l’impression de vivre dans un endroit où il est impossible de s’en sortir. Les descriptions du paysage restent minimes.

Par contre pour comprendre les sentiments de chacun devant une question précise, Robinson est parfois intarissable, elle s’intériorise dans son personnage, elle est son personnage. Très facilement, le personnage est dévoilé, sa psychologie, son intention intime : « La bien-aimée. C’était l’arrivée de la bien-aimée », au moment où Jack se représentait la perception au moment de se piquer. Comme si l’auteure voudrait faire du lecteur son complice.

Le roman s’ouvre sur une pensée de Katharine, la grand-mère, pour se clôturer au moment où elle émit un vœu. L’histoire de Jack et de sa famille se termine mais tout autour le monde continue à tourner.

Tout simplement sensationnel, Jours toxiques le lecteur vogue parfois dans les vapes, chaque fois il ne fait qu’un avec le personnage, il se fusionne et prend place dans la vie décrite par Robinson.

Jours toxiques porte en lui-même tout ce que l’Amérique a comme famille et société, Robinson fouille et sonde le monde autour d’elle, elle porte un regard descriptif. Le lecteur prend plaisir à suivre les différents parcours des personnages.

Robinson a bien choisi un sujet dont la portée fera des vagues auprès du lecteur. Dans sa plaidoirie, elle démontre bien la réalité dans sa fiction.

Jours toxiques est un livre que l’on prendrait avec soi pour s’évader et planer, mais pas pareil à Jack !

Chronique réalisée par Mamy Yves RAKOTOMANGA

Présentation de l’éditeur

Julia Lambert, professeur d’art à New York et artiste peintre, accueille ses vieux parents pour l’été dans sa petite maison un peu délabrée du Maine, au bord de l’Atlantique. Elle veut s’occuper de son père, un ancien neurochirurgien autoritaire et de sa mère souriante et stoïque qui perd gentiment et inexorablement la mémoire. Mais Julia s’effondre et le tissu familial se déchire quand elle apprend de Steven, son fils aîné, que Jack, son fils cadet, au père incertain, se drogue à l’héroïne. Il n’a que vingt-deux ans. Héroïne. Le mot en résonnant avec incrédulité et angoisse dans cette famille cultivée, tolérante et a priori heureuse de la bourgeoisie américaine va transformer des jours de vacances en jours toxiques, et en un piège tragique. Car Julia veut à tout prix arracher au danger et à la mort son fils possédé par le velours noir que l’enfer de ses veines réclame goulûment. Pour le sauver, elle rassemble autour de lui, outre ses parents et Steven, Wendell, son ex-mari remarié, Hariett, sa soeur complexée et Ralph, un ancien héroïnomane devenu un professionnel de la désintoxication… Mais en s’invitant avec fracas au coeur d’un cercle familial élargi confronté pour la première fois à l’addiction, l’héroïne convie aussi le blâme, la rage, la honte, les regrets et les blessures de l’amour chez tous ses membres. Elle révélera les dysfonctionnements et les failles de chacun longtemps cachés sous des allures de bonheur. Et s’il est vrai que le bonheur a un prix, est-ce seulement à Jack d’en payer le lourd tribut ?…

Lisez la chronique n°1

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