Le jour du Roi d'Abdellah Taïa

Le jour du Roi Abdellah TaïaLe jour du Roi d’Abdellah Taïa aux éditions du Seuil

Rabat, Salé. Deux villes, depuis toujours opposées, déchirées. Khalid, Omar. Deux garçons si différents, amis, pourtant.

C’est dans un songe d’Omar que ce roman court mais percutant commence. Le rêve de tout marocain, comme il nous le sera répété quelques fois dans le récit, que celui de baiser la main du Roi. Hassan II Roi du Maroc, Père des Marocains. Mais l’imagination d’Omar l’emmène dans des situations improbables qui le marquent même en éveil. Le Roi est nu.

Omar et Khalid ont quatorze ans. Tout les oppose, de leur quartier à leur condition sociale, en passant par leurs prouesses scolaires. Pourtant, les deux adolescents sont amis, amis « intimes » même. On ne peut ignorer l’homosexualité sous-entendue par l’auteur au fil des relations entre les jeunes gens.

Mais si Omar a baisé la main du Roi en rêve, c’est Khalid qui aura, lui, cet honneur après le passage du Roi. Choisi grâce, entre autres, à ses résultats scolaires, il n’en a pas parlé à Omar. Une blessure profonde qui ne cicatrisera pas.

Ce roman est particulier. De par son ton, tout d’abord, poétique, épuré. Des phrases courtes, prenantes, interpellantes. Ses idées parfois choquantes, perturbantes, puis tout un monde onirique où le rêve se mélange à la réalité, où les songes intègrent les actions, sans aucune échappatoire possible.

Ce texte est construit comme une tragédie, une tragédie marocaine, avec comme fond une époque noire du Maroc. Le culte de la personnalité du Roi Hassan II (décédé en 1999) est dénoncé d’une main de maître par l’auteur. Ces deux adolescents expriment par leurs dialogues et leurs pensées les peurs et les rêves de toute une population.

Peur, jalousie, envie, amour, respect, fierté, tous ces sentiments se mêlent et se démêlent au fil des pages. Les pensées d’Omar, émaillées de contradictions, reflètent un pays où chacun sait ce qu’il doit penser, ce qu’il doit craindre, ce qu’il doit respecter.

Roman sur les différences, roman sur les riches et les pauvres. Abdellah Taïa réussi avec élégance une œuvre qui ne laisse pas indifférent. Poétique mais si réel elle recèle des scènes qui ne marquent.

Une visite impromptue dans un monde que l’on espère révolu. Une rencontre étonnante et poignante avec des personnages émouvants tant dans leur histoire que leurs sentiments.

Chronique réalisée par Lalou

Quatrième de couverture :

Nous sommes en 1987. Dans un Maroc qui vit encore dans la peur, sur une route entre deux villes, Rabat et Salé, le roi Hassan II va passer. Perdus au milieu de la foule, deux amis, Omar et Khalid, un pauvre et un riche, l’attendent. Le riche a été choisi pour aller baiser la main du souverain. L’autre est jaloux. La guerre des classes est déclarée. Elle se terminera au milieu de la forêt, dans le sang.

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