Franck d'Anne Savelli

FranckFranck d’Anne Savelli aux éditions Stock

Franck, jeune homme natif du Nord est élevé au sein d’une famille nourricière puis gagne la capitale pour une formation d’apprenti boulanger. Là, une vie dans les squats, avec ses compagnons d’infortune, la violence quotidienne comme partenaire puis l’incarcération.

Une narration d’un périple fait d’errances, de violences, d’emprisonnements qui nous entraîne dans le dédalle d’une vie marginale d’un être dont on ressent à peine la sensibilité et encore moins celle de son auteur.

Anne Savelli nous conte la prison de son compagnon, les chemins empruntés, les heures d’attente, les formalités administratives, la censure du courrier, tout ce qui fait le quotidien des prisonniers.
Rien de plus en somme qu’une enfance perdue, une capitale qui vous happe, une descente vers des abîmes, une histoire comme on en fait tant d’autres.

Ce qui aurait fait la différence, c’est une autre forme de témoignage avec des émotions liées à une incarcération, la privation des êtres aimés, les visites où le temps s’emballe, l’exiguïté des parloirs, les histoires de détenus qui se racontent les uns aux autres, la promiscuité, la peur qui vous étreint lors de la première incarcération, le milieu, la hiérarchie imposée dans les prisons…

De ces quelques mois privés de liberté, la description reste sommaire, volatile. N’y a-t-il rien que l’usager ou le visiteur d’une prison ne retienne ? Des parloirs et des odeurs des maisons d’arrêt qui vous prennent à la gorge dès que vous en franchissez la porte, des manques de tous ordres que les incarcérés doivent subir ?
Par ailleurs, le lecteur se perdra dans une avalanche de noms de villes, de rues empruntées pour aller lui rendre visite, du métro, du train, jusqu’à la description longue et indigeste des denrées acceptées pour le colis de Noël !

N’y a-t-il point d’avenir après une incarcération, de projets ?

Si les états d’âmes ne filtrent pas, on retrouve des poncifs ou des erreurs comme celle qui laissent croire que le milieu cinématographique véhicule l’idée que les parloirs sont au bon vouloir des visiteurs ! Vision étriquée d’un cinéma qui a souvent relaté les véritables conditions de détention des prisonniers. A voir « la fille de l’air » de Maroum Bagdadi, nul n’est besoin de sous titrage pour comprendre que ces derniers sont imposés et non demandés et que seuls certains élus peuvent travailler en prison.

Jusqu’à une fin qui termine l’ouvrage mais à laquelle le lecteur s’attend. Un dédale de mots pour une banale ligne droite de vie.

Chronique réalisée par Muriel Sainton pour Chermedia

Quatrième de couverture :

Franck est né le 6 juin 1968. Enfance et famille d’accueil dans le Nord, Boulogne-sur-Mer, Gravelines, Wimereux. CAP, apprenti en pâtisserie à Paris. Puis Gare du Nord, Jourdain, Oberkampf, Les Halles, la vie dans les squats, les bars, les halls de gare, les stratégies pour faire la manche, la réalité de la marge. Après c’est Fleury-Mérogis, le quotidien de la cellule et du parloir, Béthune ou Lille, les maisons d’arrêt, le juge, le tribunal. La narratrice de ce récit est la femme qui a aimé Franck, qui l’a soutenu, l’a visité en prison, a été le témoin de son errance et de sa chute. Celle qui a pris le métro, le bus, le train, voyagé des journées entières pour trente minutes de parloir, celle qui a réuni les papiers, fait des colis, déjoué les tracas avec l’AP (Administration pénitentiaire), celle qui a eu peur, qui a attendu, espéré. De ville en ville, de rues en montées d’escaliers, de chambres d’hôtel en cours d’immeubles, de couloirs en guichets, elle témoigne, observe, se souvient, écrit dans une langue tendue, acérée et visuelle, à la poésie parfois brûlante et approche au plus juste le sentiment de vertige, de solitude et de violence contenue dans les villes.

Franck est un livre qui dit la trajectoire d’un homme indésirable, qui n’a pas su trouver sa place mais a seulement tracé sa route dans des lieux hostiles et provisoires, poussé à la fuite, à la rue, à l’échec, traînant un sac qui contient toute son existence : lettres, photos, papiers, minicassette et quelques livres, dont Le vieil homme et la mer d’Hemingway.

Mais plus qu’un récit attaché à la seule vie de Franck, c’est aussi un livre qui dresse le portrait d’une société tout entière en posant avec force la question de l’homme chassé et celle de la prison : comment elle agit sur les hommes, comment elle humilie, soumet et interdit à ceux qui se retrouvent entre ses murs de se construire une vie future.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Oh la la, avons-nous lu le même livre ?
    Étonnant justement, cette allusion au cinéma : il est peut-être là le point de divergence. Vous vous attendiez à un film à la française avec la barbe naissante du héros en gros plan y compris les gouttes de sueur ? La violence dans les douches, les graffitis sur les murs et la rédemption finale, lui, son sac à dos, s’éloignant, enfin libre, le long d’une voie ferrée sur un tube de radiohead ? (j’aime pas mal radiohead au fait, mais je m’égare).
    Ce qui se passe dans Franck est bien de l’ordre du sensible, ultra-sensible, mais se place en creux, dans ce qui s’évoque, ce qui touche, au-delà de la narration simpliste et traditionnelle (Anne Savelli n’est pas Gavalda, elle n’a pas besoin de mettre des écriteaux partout pour que le lecteur comprenne ce qui se joue). La dose d’humiliation, d’attente, d’espoir, d’interrogation, d’impuissance contenue dans ce roman est incroyable, et il est vraiment dommage que vous ne l’ayez pas pas mesurée (dommage pour vous, je trouve).
    Pour une autre lecture, et des extraits qui transmettent un peu de la texture de ce roman hors du commun, je propose à vos lecteurs de lire ici :
    http://pagesapages.wordpress.com/2010/09/05/franck-d%E2%80%99anne-savelli/

  2.  » des émotions liées à une incarcération, la privation des êtres aimés, les visites où le temps s’emballe, l’exiguïté des parloirs, les histoires de détenus qui se racontent les uns aux autres, la promiscuité, la peur qui vous étreint lors de la première incarcération, le milieu, la hiérarchie imposée dans les prisons… »

    En effet ce sont de bien beaux thèmes pour un film plein d’émotions, kleenex fournis par MK. Ou un reportage de M6. Mais apparemment tout cela vous le connaissez déjà, pourquoi en faire un livre ?

    La vie, la vie même, elle est bien là, Dans les pages « insignifiantes » de Anne Savelli ou dans celles-ci :
    http://atheles.org/lemotetlereste/solo/cowboyjunkies/

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