Traîne pas trop sous la pluie de Richard Bohringer

Traîne pas trop sous la pluieTraîne pas trop sous la pluie de Richard Bohringer aux éditions Flammarion

Lors d’une nuit pluvieuse, l’auteur est hospitalisé. « J’ai demandé au toubib s’il me gardait cette nuit. Il a dit oui. » (page 10).

Hépatite C, « opéré à cœur ouvert sans être refermé ». (page 34).

Pensées nébuleuses, souvenirs d’enfance, de personnes disparues qu’il a aimées, de voyages en Afrique en particulier au Mali, à Bogotá en Colombie et à Cayenne. L’auteur s’imagine en capitaine de bateau, en grand singe. « Il a beaucoup de fièvre, dit l’infirmière au docteur. Il délire. » (page 14).

Va-t-il monter à bord de l’aéronef pour rejoindre ceux qui sont déjà partis ?

Non, il va lutter contre la mort. « Je veux rester vivant. (page 19). « Je veux vivre ». (page 22). « J’ai soixante-huit printemps, et j’en veux encore. » (page 152).

Parce que « Il faudra écrire. […] Je ne suis pas Rimbaud. Je le sais bien. » (page 11). « Je ne voudrais pas mourir avant d’avoir fini ce livre. Où tout est possible. » (page 126). Même si « Écrire ne sauve pas. » (page 81).

Alors, c’est parfois nébuleux, mais toujours sobre, tendre, émouvant et il y a des passages vraiment beaux, poétiques, philosophiques.

« Traîne pas trop sous la pluie.

C’est pas Bogotá, c’est Paris. » (page 13).

« L’homme est assis au crépuscule sur une terrasse face à la mer. Quelle est sa terre ? Où sont ses frontières ? À l’intérieur du livre. » (page 104).

Ou drôle : « Certains jours le doute m’écrase, m’écrabouille tant les pets des hommes de pouvoir polluent les belles idées. » (page 98).

De temps en temps, l’auteur apostrophe le lecteur, comme ici : « Je te vois, lecteur, à parcourir les pages de ce putain de bouquin […]. » (page 133).

Pour moi, ce livre n’est pas réellement un roman, mais c’est une expérience enrichissante de plonger dans l’écriture de Richard Bohringer, cet homme au grand cœur, cet humaniste des temps modernes, ce citoyen qui peut aussi se mettre en colère, et qui lutte maintenant contre la maladie. On a perdu Bernard Giraudeau récemment et Claude Chabrol hier, alors reste encore un peu avec nous, Richard !

Chronique réalisée par La culture se partage

Quatrième de couverture :

L’auteur est hospitalisé. Le corps et l’esprit malmenés, il décide d’ouvrir les portes de son imaginaire. Il rencontre un mystérieux Grand Singe, remonte le cours de sa mémoire, revoit son enfance, sa mère, ses voyages en Afrique, le souvenir chaleureux des amis disparus comme le peintre et cinéaste Charles Matton ou Philippe Léotard…

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