Nélida de Marie d'Agoult

Nélida Marie d'AgoultNélida de Marie d’Agoult aux éditions Calmann-Levy

Nélida.Curieux prénom… Anagramme de Daniel. Daniel Stern. Nom sous lequel est publié le roman en 1846.

Nélida. Personnage éponyme. Double fictif de Marie. Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult.

Nélida. Roman cathartique et autobiographique d’une femme passionnée.

Dès le début, j’ai trouvé à ce titre, à ce prénom, une harmonie hypnotique. Un résonance romantique.

Qui ne connaît pas la liaison tapageuse et ardente de George Sand et Chopin ? On connaît en revanche nettement moins celle de Marie d’Agoult et de Franz Liszt. Pour ma part, je n’en avais jamais entendu parler. Le nom-même de la Comtesse d’Agoult m’était inconnu. Pourtant, sans le savoir, je connaissais un tableau la représentant dans sa jeunesse. Avec cette robe bleue aux reflets satinés. De Liszt, je ne connais que quelques oeuvres musicales. Et ces deux-là ont vécu une passion intense, qui fit défier à Marie les règles de son temps. Elle quitta époux et enfant pour vivre aux côtés de son amant. Mais je suppose que ce n’est pas la peine de vous rappeler la chanson des Rita… Les histoires d’amour…etc. Après deux enfants et des années d’amour, certes. Mais quand même.

Les déchirements après la passion la plus dévorante. Pour Marie d’Agoult, ce roman fut pour elle sa manière d’accoucher de cette histoire terminée, et quelque part, quoiqu’elle s’en défiât, de régler ses comptes avec Liszt. La préface explique tout ça très bien d’ailleurs, mais je conseille de la lire après avoir lu le roman, histoire de démarrer vierge de tout a priori avec le roman.

Parlons-en donc de ce roman. Style classique, que l’on trouve à peu près dans tous les romans du XIXème siècle. Un côté George Sand inévitable. Mais pas désagréable. Quelques phrases un peu ampoulées peut-être, parfois. Un rythme qui colle à ce genre de narration : des introspections, des moments de réflexion puis, un peu d’action. Quand même. Des ravissements, des revirements, des déceptions, des envolées, des pâmoisons. Il faut au moins ça pour réussir son roman du XIXème avec histoire d’amour en clé de voûte. Les personnages sont plutôt bien campés, même si Nélida fait un peu -allez, j’ose le dire- (très) cruche parfois. Enfin, une oie blanche élevée au bon grain de la religion en couvent, quoi. Son peintre d’amant, lui, vire très vite détestable, puis pitoyable. Malgré un début de liaison très « obermannien » (grands alpages, séduction de la solitude, relation fusionnelle-on-n’a-besoin-de-personne, on se la joue « Voyageur au-dessus des nuages » à la Friedrich et tutti quanti…), l’histoire prend un peu plus d’épaisseur au rythme où le personnage principal, Nélida, étoffe sa propre personnalité. Oui, parce qu’il faut bien l’avouer, tout cela est très romantique, mais la puissance évocatrice du nom de Nélida, qui m’avait beaucoup attiré au départ, se révèle davantage in fine être l’évocation d’une héroïne qui suit un chemin initiatique particulier, jusqu’à apparaître comme une martyre de l’amour, et une future sainte des causes perdues.

Tout cela est très ambigü. J’ai aimé me plonger dans ce roman, même si parfois, j’ai pu le trouver un peu fade. Oui. J’avoue. Je suis une saleté de lectrice élitiste en matière de romans du XIXème siècle. C’est mon siècle de prédilection que j’aime d’amûr. Du coup, il me faut du lourd. Chez Marie d’Agoult, il y a des passages franchement réussis (mais alors, vraiment, vraiment). Il faut le dire. Mais il y en a d’autres, qui le sont nettement moins (du moins que j’ai jugés comme tel). De ce fait, Nélida m’est apparu comme un roman très inégal, mais cependant très agréable à lire.

Je crois que finalement ce que j’ai le plus aimé, c’est le côté autobiographique. J’ai davantage lu ce roman au travers du prisme des amours réelles de Marie d’Agoult et Liszt que des amours fictives de Nélida et son peintre. Et rien que pour ça, je suis très heureuse d’avoir eu l’occasion de lire ce roman. Je ne suis pas sûre qu’il me marque durablement, mais l’histoire d’amour qu’il recèle en réalité, si. La vie de Marie D’agoult est réellement fascinante. Sa destinée, sans être aussi brillante que celle de son amie George Sand, est tout aussi étonnante.

Et cerise sur le gâteau, la couverture du livre est tout bonnement superbe. La photo ne lui rend malheureusement pas hommage.

Chronique réalisée par Fabula Bovarya

Quatrième de couverture :

Nélida est le roman, fort autobiographique, que Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, publie sous le pseudonyme de Daniel Stern, en 1846, dans lequel elle raconte sa liaison féconde et tumultueuse avec le compositeur Franz Liszt. Elle y paraît sous les traits de Nélida, mariée très tôt à un homme qu’elle n’aime pas ; lui devient le peintre Guermann Régnier qui découvre en elle une égérie. Dans ce roman dont, à l’époque, tout le monde perçut les clés, Daniel Stern, plutôt que de relater des faits, ausculte l’âme d’une jeune femme blessée au plus profond de son être pour avoir trop cru à l’amour. Encore aujourd’hui, l’analyse de la passion, le vertige qui prépare l’abandon, la finesse des notations psychologiques frappent le lecteur avec une force inaltérée. Et, comme dans les œuvres de George Sand, l’authenticité des accents dépasse largement du cadre convenu des romans qu’écrivaient alors les femmes du monde.



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