Interview de Christophe Ghislain, prix du premier roman avec La colère du Rhinocéros

la-colere-du-rhinocerosInterview de Christophe Ghislain, prix du premier roman avec La colère du Rhinocéros chez Belfond.

Premier roman d’un belge cinéaste, La colère du Rhinocéros est un road-movie dans des champs de betteraves, un Don Quichotte de Knock Le Zout. En Belgique le ciel est peut être pas bas, mais les idées volent haut. Nous avons interviewé Christophe Ghislain tout en humilité, mystère et humour… comme son rhinocéros.

Tout d’abord, puis je recueillir votre réaction à l’obtention du Prix du meilleur premier roman du Grand Prix Littéraire du Web ?

Je suis flatté, et très heureux. Sincèrement. Et je remercie ceux qui ont lu et aimé mon roman. Les prix, c’est très bien. Mais rien ne vaut le plaisir de se savoir lu et apprécié.

Un premier roman a souvent une forte part autobiographique, quel est la votre dans celui ci ?

La relation au père ? L’écriture d’un road movie, et le cinéma ? ou l’absurde d’un rhinocéros ?

Oui, il paraît, avec un premier roman, on parle souvent de soi. Mais j’ai écrit… un roman ! Pas les mémoires d’un jeune trentenaire belge amoureux de champs de betteraves. Quant à la part de vrai dans la fiction, n’étant pas encore poursuivi par les photographes de Voici, je me permettrai de la garder pour moi – avec tout le respect que je dois à mes quelques lecteurs.

D’ailleurs pourquoi ce choix d’un rhinocéros ? Est-ce une référence à Ionesco ?

Non. Pas de référence, même si bien sûr je connaissais l’ouvrage de ce monsieur.

Le rhinocéros ne fut pas un choix. La scène de l’accident avec la bête fut la toute première à m’être venue à l’esprit. Elle s’est imposée à moi. Le reste est né à partir d’elle. Au fil du temps, l’animal a trouvé son rôle. Et son sens.

N’avez vous pas eu peur de perdre le lecteur en superposant différentes voix ?

Si, bien sûr. Au début, lors de l’écriture, je n’avais même pas inscrit les noms des différents narrateurs au début de chaque chapitre. Imaginez le foutoir ! Par après, je les ai notés. En fait, je crois que je ne me suis pas vraiment posé la question, au début. C’est venu plus tard. Quand j’ai eu les retours de mon entourage, des deux ou trois personnes auxquelles j’avais confié mon manuscrit, histoire de savoir si ça ressemblait à de la littérature, ou plutôt à une liste de courses.

Votre écriture est très rapide, rythmée. Les personnages sont incarnés avec leur propre langue. Le chapitrage est très court et très visuel. Est ce que votre écriture cinéma a influencé votre écriture roman ? Est ce que vous avez pensé en faire un film ?

Oui, inévitablement, mon parcours et mon amour du cinéma ont eu de l’influence. Sur ma façon d’aborder le travail proprement dit. La conception, la préparation du roman. Mais aussi et surtout sur le style, visuel. Le cinéma, à mes yeux, est longtemps resté l’outil narratif ultime. Un plan, trois secondes, une gueule burinée planquée sous un Stetson sur fond de désert poussiéreux, et c’est déjà toute une histoire. Une histoire inscrite à grands coups de décennies sur les rides du bonhomme. Et ça, ça ne se ressent jamais mieux que dans le noir, avec ce visage qui respire, transpire, vit devant vous. C’est ce que j’ai pensé pendant longtemps. Puis je me suis rendu compte qu’il y avait moyen de mettre des phrases. Que la richesse d’un plan pouvait se trouver dans un mot. Pourtant, en commençant le Rhino, j’étais sûr d’une chose : pas question de me lancer dans d’interminables descriptions psychologiques. Planter la « caméra » – ou plutôt le stylo – et observer les personnages. Voilà ce que je m’efforce de faire. Faites une description psychologique et vous aurez… une description psychologique. Observer et vous aurez une image forte. Et si vous avez plus ou moins bien fait votre boulot, le lecteur lira entre les lignes, comprendra ce que vit le personnage, ce qu’il ressent, au-delà de sa peau, de son geste, de sa parole.

Pour le reste, non, je n’ai pas écrit ce texte pour en faire un film. Mais oui, si un jour l’occasion se présente, ou plutôt si l’envie me vient, pourquoi pas. (Si quelqu’un est intéressé, filez-lui mes coordonnées !)

La belgitude dont les français se délectent est ce cet esprit d’humour absurde, de l’amour de déshabiller des petites gens si l’on peut dire avec compassion et dans leur langue, cette capacité à mixer les univers comme le road movie proche du western avec les plages de Knock Le zout?

Un peu de tout ça, j’imagine. Et les moules-frites, bien entendu.

Le phare du père, le nom Gibraltar pour le fils, n’est ce pas un côté Don Quichotte du Nord ?

Complètement ! Don Quichotte est un point de référence dans à peu près tout ce que je fais. En créant ce personnage, Cervantès a eu un immense coup de génie. C’est un ouvrage magnifique, et un personnage incroyable. Un grand rêveur perdu. Même conscient de sa folie, il persiste… Je ne sais pas. A croire que cette folie vaut mieux que « d’accepter la vie comme une approximation brutale », vous dirait Jim Harrison.

Ce road movie traversant une terre, est ce que l’on peut y voir une vision politique du nomadisme, de l’appartenance à un pays et du départ de sa terre ?

En ce qui me concerne, je n’ai pas pris la plume pour faire de la politique. Pas parce que je ne me sens pas concerné, ou quoi que ce soit dans ce genre-là. Simplement parce que je n’en ai pas envie.

D’un autre côté, si les lecteurs veulent voir dans le Rhino telle ou telle chose, je laisse faire. A chacun sa sensibilité. Donc son interprétation. Tant qu’ils savent faire la part des choses, se rendre compte que leurs points de vue n’engagent qu’eux et qu’on ne m’associe pas à je ne sais quel groupuscule de fêlés – genre club des gobeurs de poulpes ou amicale du KKK – ça me va. (Oups ! Là pour le coup je viens d’en faire, de la politique.)

Cette langue truculente qui est celle de vos personnages, elle est la votre ? A qui pourriez-vous vous comparer ? Qui nommeriez vous comme vos chers aïeux ?

A la première question, je réponds : ça dépend.

A la seconde : dans le roman, Gibraltar est celui qui me ressemble le plus.

A la troisième : enfant, il y avait les nouvelles de Kipling. Je me souviens de Jonathan Livingston le goéland, de Bach. Probablement le premier ouvrage que j’aie lu seul, comme un grand, vers… huit ou neuf ans ? Dix ? Je ne sais plus. Plus tard, il y a eu John Irving et sonMonde selon Garp. Ensuite, d’autres ont pris le relais : McCarthy, Harrison, Steinbeck, Bukowski, Dickens, Easton Ellis, Garcia Marquez, McCann, Cervantès, Rimbaud, Vian, Salinger, Capote, Baricco, Fante, Süskind et j’en oublie…

Quelle impression voudriez-vous avoir laissée aux lecteurs ?

Question compliquée.

Quelle est votre prochaine œuvre ? Film ou roman ?

Je remets le couvert, j’en ai bien peur. Deuxième roman en préparation.

Retrouvez la chronique de son roman ici

Interview réalisée par Abeline Majorel

1 comment on this postSubmit yours
  1. Voici un livre dont je n’avais pas entendu parler et qui a l’air des plus réussis. Merci pour cette page passionnante et cette découverte.

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