Interview de François Marchand, prix du roman francais pour Plan social

plan socialInterview de François Marchand, prix du roman francais pour Plan social chez Cherche Midi.

Plan social c’est Molex et autres entreprises. Un mot à la mode, avec des conséquences tragiques pour beaucoup. Francois Marchand poursuivant la veine sociale et drole de son premier roman invente ici un nouveau type de plan social, efficace, égalitaire, hasardeux un peu et surtout désespérément criminel. Nous l’avons rencontré pour vous.

Puis je recueillir votre réaction à l’obtention de ce prix ?

Une grande surprise car mes romans n’ont normalement aucune chance de satisfaire une majorité quelconque. Ça me rappelle une phrase d’Iegor Gran :  « en France, il n’est de bon écrivain que de sérieux écrivain, à la narration posée, rassurante, subjonctive. Si un roman fait rire, c’est de la mauvaise littérature. ». C’est vraiment très juste. Je ne comprends donc pas le vote du jury, que pourtant je n’ai pas corrompu : peut-être est-il possible quand même de l’invalider avant la remise du prix ?

Depuis votre premier roman, vous travaillez sur un quotidien social absurde comme terreau de votre narration. Pourquoi ce choix ?

Parce que le monde qui nous entoure est absurde. Plus précisément, il est idiot et très satisfait de lui-même. Le boulanger à côté de chez moi a baptisé sa baguette à son nom, comme s’il allait laisser une trace dans l’Histoire. Au moins l’a-t-il fait lui-même, son pain. Mais que dire de ce relieur qui a laissé lui aussi son nom en énorme sur le magnifique roman de Jacques Laurent que j’ai eu la faiblesse de lui confier ? Il n’a pas écrit le roman, pourquoi le défigure-t-il ainsi ? Voilà, c’est ça, notre monde : le nom de Jacques Laurent est écrit en plus petit, sur son propre livre, que le type qui a simplement raccommodé l’ouvrage. Je me demande si la disparition du catholicisme ne joue pas un rôle dans cette disparition conjointe de toute forme d’humilité.

Votre livre « Plan Social » plutôt fable ou plutôt réalité ?

Les deux. Le récit relève en effet de la fable, ou de la farce d’ailleurs, avec tous ces gens qui crèvent comme dans un western de Sergio Leone. Mais tout est réaliste et vraisemblable.

Pourquoi la légionellose ? Quelle place laissez vous au hasard dans cet absurde que l’on ressent dans la narration ?

Cette idée m’est venue pendant une conversation avec un ami chauffagiste. Il m’a semblé que ce serait une bonne idée pour exterminer une partie aléatoire d’une population donnée, ce que désire forcément un patron à un moment donné de sa carrière. Le patron en question ne laisse pas grand-chose au hasard, mis à part la liste nominative des victimes.

Cette fois le narrateur est un point de vue omniscient. Avez-vous eu peur que l’on vous prête les idées de vos protagonistes ?

Non, car je suis bien pire à l’oral.

Rassurez nous, votre quotidien professionnel ne ressemble pas à cela ?

Non, j’évite de toute façon désormais tout lien entre ce que j’écris et mon activité professionnelle. C’est beaucoup mieux comme ça. Et donc, non, je ne travaille pas dans une usine nordiste d’ancres de marine !

Finalement vos personnages sont assez sympathiques dans leur horreurs et leurs erreurs. L’avez-vous voulu ainsi ?

Oui. Le patron de droite et le syndicaliste CGT sont des personnages qui me sont très sympathiques, en tout cas. Ce sont des êtres réels, qui ne se paient pas de mots. Il y a d’ailleurs des ressemblances psychologiques entre un patron catholique et un ouvrier communiste, et d’ailleurs entre l’Eglise et le Parti de jadis, mais cela mériterait des développements qui dépasseraient le cadre de cet entretien. Et il faut du Cognac, aussi.

Votre syndicaliste et son patron se rejoignent dans le crime. Est-ce votre vision de l’échiquier politique ?

Non, ce n’était pas mon idée principale. Le patron n’a pas le choix. Soit il joue le jeu institutionnel et légal, et il crève, parce que ce jeu est absurde. Soit il joue sa propre partition. Mais son but est honorable : il veut sauver son usine et continuer à être utile à quelque chose. C’est la même chose avec le CGT.

Ce n’est pas trop dur pour un romancier de faire un roman drôle pour une rentrée littéraire ?

C’est plutôt faire un roman pas drôle qui me serait difficile. Mais des romans pas drôles, en France, ce n’est pas comme le carburant : il n’y a pas grève des producteurs, ni des distributeurs et donc pas de pénurie non plus.

Et votre prochain roman, quel en est le sujet ?

Je suis en train de finir l’histoire d’un type qui fait la connaissance de sa belle-famille. Il y a, hélas, des cadavres (je m’ennuie très vite sinon). Pour l’éditeur, j’hésite entre Gallimard, Grasset et Seuil. Peut-être Gallimard quand même. J’aime bien l’immuable couverture de la collection NRF : ça fait un peu penser à ces visites rendues à des arrière-arrière-grandes tantes qui n’ont jamais quitté Saint Flour. Rien ne bouge, rien n’a jamais bougé, à part le balancier de la pendule près de l’escalier. On s’y ennuie doucement et on attend le moment de prendre congé.

Retrouvez la chronique de son roman ici

Interview réalisée par Abeline Majorel


4 total comments on this postSubmit yours
  1. a transmettre à Francois Marchand

    Je souhaiterais vous joindre. disons en souvenir d’une partie d’échecs avec ma mère.

  2. Bonjour. Si vous êtes le François Marchand qui est parti aux USA avec l’AFS en 67-68, j’aimerais reprendre contact comme je l’ai fait avec plus de 60% de notre promotion. Si ce n’est pas vous, Bonne Année quand même…

  3. J’adore la mise en évidence des carences de notre société par l’absurde et la dérision. C’est le moyen le plus efficace à mon sens. Bravo !

  4. L’inspiration de l’auteur est assez très profonde,mais vraiment bravo!!!!

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