Le porte lame de William Burroughs

58374Le porte Lame de William Burroughs chez Tristram

En 1979, William Burroughs écrit un court récit, Blade runner (A movie), en partie inspiré du roman d’Alan E. Nourse, The bladerunner, publié cinq ans plus tôt. (Pour la petite histoire, Ridley Scott reprendra ce titre quand il adaptera Do androids dream of electric sheeps ? de Philip K. Dick, mais sans aucun rapport avec le texte dont il est question ici.) Blade runner (A movie) (Le porte-lame en français) se présente comme le synopsis d’un film qui n’était évidemment pas destiné à voir le jour, Burroughs mettant ici en application sa vision de l’écriture en perpétuel mouvement. Le récit a une forme relativement atypique : trop court pour un roman, long pour un synopsis, il s’ouvre sur une adresse orale « Alors comme ça B. J tu me demandes de te dire en une phrase de quoi parle ce film ? » qui donne le ton. Il sera en effet question ici d’un film, avec ses plans, ses retours en arrière, ses questionnements formels : comment mettre en place le monde dont il est question, comment représenter l’anticipation, puisque sur le fond Le porte-lame est un roman de science-fiction.

New York, 2014. La couverture sociale universelle, dénoncée par les lobbies pharmaceutiques a eu l’effet inverse de celui escompté : l’accès aux soins est réservé aux toxicomanes et aux lépreux et la médecine est devenue hors de portée de la bourse de l’américain moyen, qui n’a pour seule solution que le recours à la médecine illégale, qui se pratique dans les égouts d’une ville en ruines dans laquelle les animaux sauvages ont pris une liberté qu’ils n’avaient jamais eue (requins dans le fleuve, hyènes dans Central Park…). Dans ce décor post-apocalyptique, nous suivons le destin de Billy, le porte-lame qui donne son nom au récit. Son métier : transporter des médicaments et des outils chirurgicaux pour les médecins qui officient dans les couloirs du métro abandonné au milieu des rats, sous la lumière blafarde des générateurs de fortune. Drogué, vivant dangereusement au milieu des gangs, Billy voit son rôle prendre de l’importance quand une épidémie s’abat sur la ville.

Peuplé de camés, traversé de scènes hallucinantes (l’opération dans le métro, les orgies des lépreux), Le porte-lame est un récit qui réussit, malgré toute la violence qu’il met en scène, à être férocement drôle. « Le genre humain n’a pas d’avenir » dit Burroughs. Peut-être, mais son texte est jubilatoire.

Chronique réalisée par Fashion



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