Un fauteuil pneumatique rose au milieu d'une forêt de conifères de Thibault Lang-Willar

Un fauteuil pneumatique rose au milieu d'une forêt de conifères de Thibault Lang-WillarUn fauteuil pneumatique rose au milieu d’une forêt de conifères de Thibault Lang-Willar aux éditions Héloïse d’Ormesson

Derrière cette couverture sobre et ce titre à rallonge se cachent onze nouvelles qui mettent en scène des hommes déviants dont la violence est le lot quotidien : tueurs en série, nécrophiles, violeurs, pédophiles, cannibales… Thibault Lang-Willar semble prendre plaisir à ausculter le comportement et les motivations de ceux dont le rapport à l’autre est profondément et irrémédiablement perverti. Pour ce faire, il dresse avec un talent certain de courts portraits dont la sécheresse et la précision contribuent à créer chez le lecteur un malaise diffus, qui culmine dans la dernière nouvelle, Les rôtis, dans laquelle la goinfrerie cannibale et auto-justifiée du narrateur m’a donné la nausée. Au-delà de l’aspect dérangeant de ce qui est décrit, Lang-Willar, qui place son recueil sous l’égide de Bukowski et de la putréfaction, veut montrer que la violence des hommes est induite par la violence extérieure, que ce soit celle de l’éducation (on devine des mères abusives et des pères cogneurs) comme celle de la société, qui apparaît d’autant plus indifférente qu’elle est riche (plusieurs nouvelles ont pour cadre un périmètre restreint du 16ème arrondissement parisien). On pourrait trouver tout cela finalement banal et réchauffé si Lang-Willar n’avait su trouver pour chacune de ses nouvelles un ton et une narration différents qui captivent le lecteur. Et si certaines nouvelles sont un peu plus faibles que les autres (notamment la première, qui donne son titre au recueil, que j’ai trouvée bancale, Idée noire ou Ce morveux qui me tirait la langue, certainement parce que ce sont celles dans lesquelles l’arrière-plan est le plus inexistant), d’autres sont vraiment excellentes, ma préférence allant auPédophile au coeur d’or, nouvelle épistolaire dans laquelle l’humour noir est parfaitement maîtrisé et à IL, qui m’a beaucoup émue (c’est la seule nouvelle dans laquelle nous avons le point de vue des victimes). Un recueil réussi.

Chronique réalisée par Fashion



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