Chair sauvage de Yehoshua Kenaz

Chair sauvage Yehoshua KenazChair sauvage de Yehoshua Kenaz aux éditions Actes sud

Tout d’abord je tiens à remercier Les Chroniques de la rentrée littéraire qui m’ont permis de découvrir cet auteur contemporain. Les nouvelles qui composent le recueil de Kenaz ont toutes pour cadre Tel-Aviv, ce qui leur donne une atmosphère toute particulière.

Un peu d’histoire…
Voici un petit résumé de quelques unes des nouvelles du recueil qui s’ouvre sur « Chair sauvage ». La narratrice de cette nouvelle, une femme sèche et égoïste qui héberge sa cousine depuis son retour des camps. Cette dernière, une jeune femme plutôt réservée, est convaincue que les excroissances de chair qui poussent sur ses coudes sont les stigmates de ses années passées au camp. Peu à peu, elle se persuade que ses chairs sont celles des nazis. La narratrice, effrayée par la santé mentale fragile de sa cousine, ne la tolère plus et cherche à s’en débarrasser. Mais qui est le véritable fou dans cette nouvelle ?

Suit alors la nouvelle « Instant de mort » dans laquelle une bande de chenapans tombe sur un cadavre dans une orangeraie où habiterait le terrible Dassia Eliyahov. Tiraillés entre leurs terreurs enfantines et les préjugés des adultes, ces enfants vont découvrir que la vérité est parfois plus complexe. Leur rencontre avec Dassia –et encore plus celle avec la mort- va assurément les faire grandir. Dans « La salle n°10 », un homme prend soin de son père victime d’une attaque qui se retrouve incapable de réaliser certains mouvements. Alors qu’il doit l’emmener à l’hôpital, il est confronté à la brutalité d’un médecin. Deux univers s’affrontent ici de manière absurde: celui profondément humain de cet homme qui soigne son père, et l’autre, inhumain, du monde médical.

Dans la nouvelle suivante, « Le sac noir », un homme emmène son fils à qui il n’a rien à dire manger du houmous. L’enfant ne veut rien manger mais l’home est un peu pressent. Ce tête-à-tête, pénible pour l’un comme pour l’autre, nous montre qu’ils ne se connaissent pas. Dans « L’affaire Shezaf », un jeune soldat, qui effectue son service, est contraint de s’accuser d’une faute qu’il n’a pas commise. Il est évidemment sanctionné, ce qui le marquera pour longtemps. Des années après, il ne parvient pas à oublier cet événement qui continue de le hanter des années après. Lorsqu’il rencontre un ancien soldat, Dror, qui avait assisté à la scène sans rien dire, il ne peut s’empêcher de lui reparler de cet événement fâcheux. Mais Dror, lui, semble n’avoir gardé que peu de souvenirs de tout cela. « Appartement sur cour » met en scène Meshoulam Berliner, un vieil homme, qui s’inquiète que son voisin ne prenne plus son courrier. Il va ameuter tous les habitants, le concierge pour que l’on aille se renseigner sur cet homme car il est persuadé que l’homme est mort dans son appartement.

Un peu d’avis…
Je n’ai pas du tout été enthousiasmée par ce recueil de nouvelles : cette lecture n’a suscité chez moi aucune émotion particulière. Pourtant Kenaz brasse des thèmes qui d’ordinaire me plaisent : solitude, incommunicabilité, intolérance et absence d’empathie. Les personnages de ces nouvelles sont en effet des êtres égarés, seuls au monde –ou presque- confrontés à la bêtise et l’égoïsme des autres. De ce fait, le monde dans lequel ils évoluent fait peur, et de savoir que c’est le nôtre, encore plus… Comme dans la nouvelle « Appartement sur cour », chacun se préoccupe de soi, se mure dans sa propre existence et refuse d’en sortir. Aussi, le monde peint par Kenaz prend une dimension absurde tant l’individualisme y est omniprésent.

Pourtant, je suis restée complètement hermétique à l’univers peint par l’auteur. Les histoires de ces différents personnages ne m’ont pas touchée; pire, elles m’ont agacée. Sans doute le trait est-il souvent trop appuyé, il frise parfois la caricature: la narratrice de « Chair sauvage » est l’archétype de la bourgeoise égoiste et superficielle, de même que le médecin de « Instant de mort »est le type même du médecin glacial…. Aussi, l’auteur brouille les pistes: veut-il dénoncer ou plutôt susciter l’émotion? Sans doute les deux. L’exercice, difficile, est périlleux et il faut assurément avoir beaucoup de subtilité et de finesse pour y parvenir. Pour ma part, j’ai trouvé que Kenaz n’y parvenait pas du tout.
Le lecteur, décontenancé, peine à se retrouver dans l’histoire de ces hommes et de ces femmes. Et il ne doit pas compter sur le style de l’auteur pour l’aider: il est (volontairement ou pas ? telle est la question…) sans relief. Kenaz prend le parti de ne peindre que subrepticement les émotions et sentiments de ses personnages. Mais ce qui fonctionne pour certains auteurs, ne fonctionne pas pour d’autres. Je pense qu’une narration plus classique aurait certainement aidé à faire adhérer le lecteur à son propos. Pour ma part, je suis passée à côté de ce livre que je n’ai pas compris.

Chronique réalisée par Les livres de Sara

Quatrième de couverture :

Yehoshua Kenaz est né en 1937 à Petah Tiqwa. Chacun de ses livres fait date dans la littérature israélienne. Largement traduit en France, il est également le traducteur, en hébreu, d’Honoré de Balzac et de Gustave Flaubert.

« Ça finira mal, je le sais. C’est le sentiment que j’ai quand je la regarde en cachette. A quoi pense-t-elle quand elle tourne en rond dans la maison comme un lion en cage, de la chambre à coucher au salon, de la cuisine à la chambre de l’enfant, que cherche-t-elle ? On dirait qu’elle tourne comme ça sans raison, sans but. Comment savoir ? Que savons-nous de nos plus proches, parents, frères, mari, et même enfant ? Rien. Nous savons des choses insignifiantes, mais rien de ce qui est essentiel, des secrets qui risquent de peser sur notre vie… ou notre mort ! » Une jeune rescapée des camps convaincue qu’on lui a implanté sous la peau des cellules qui prolifèrent, un père divorcé qui laisse son enfant aux prises avec le monde des adultes, un veuf désœuvré qui s’inquiète du courrier accumulé dans la boîte aux lettres de son voisin de palier, la découverte d’un cadavre par des adolescents, une fête étrange qui rassemble des invités qui ne se connaissent pas… Yehoshua Kenaz propose ici un recueil d’histoires saisissantes, tragi-comiques, qui abondent en descriptions subtiles et en études psychologiques approfondies, résumant par là les idées précédemment énoncées dans son œuvre dans une tonalité nouvelle. Dans ces brillants tableaux tel-aviviens s’exercent une sensibilité et un humour prodigieusement aiguisés qui indiquent combien l’expérience de l’homme est à l’image même de la vie. Ces neuf nouvelles donnent à Yehoshua Kenaz une place d’honneur dans la littérature contemporaine.



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