La vie sexuelle des super-héros de Marco Mancassola

La vie sexuelle des super-héros de Marc MancassolaLa vie sexuelle des super-héros de Marco Mancassola aux éditions Gallimard

« On a tous besoin de héros ».

Moi, quand je serais grand, je serais un super-héros, disent les petits garçons (ou les petits filles). Ou disaient. Parce qu’ils sont où, les super-héros qui ont bercé l’enfance de milliers de gamins fascinés par Batman, Superman, Spiderman, Wonder woman et consorts ? Finis, enfouis dans les limbes des années 80-90, dépassés, obsolètes, périmés, relégués dans un vague recoin des mémoires d’où, de temps en temps, ils surgissent un instant pour mieux s’y retirer.

Les super-héros, pourtant, sont encore vivants dans le roman de Marco Mancassola. Ils vivent à New-York et ont pris leur retraite. Leur retraite de super-héros, j’entends. Mr Fantastic est devenu un scientifique reconnu, Bruce Wayne (Batman) cultive ses pectoraux, son ego, son cynisme et sa cour de fans hystériques tout en s’offrant des prostitué(e)s de luxe, l’Homme de Pierre s’est retiré dans le Maine, Mystique la femme polymorphe anime un show de téléréalité tout comme Namor l’homme poisson, Superman est octogénaire et a fondé une école de super-héros à Brooklyn où il vit retiré. Ils sont encore vivants mais plus pour longtemps, tous reçoivent une lettre de menace, il semble d’un gang ait décidé de les assassiner. Pourquoi ? Un inspecteur de police, Dennis De Villa cherche à les protéger, son frère journaliste s’interroge sur l’affaire.

N’allez pas chercher un roman policier, une intrigue riche en rebondissements et loufoquerie, non. Ici point d’aventures ni de gadgets, point de suspens, et pourtant on reste rivé à l’histoire, touchés par la mélancolie de Red Richards et son amour pour une jeune astronaute qui, elle, n’a pas besoin de super pouvoirs pour voler dans l’espace, on se moque de ce Batman devenu une sordide caricature de lui-même, on sourit devant les métamorphoses solitaires et nocturnes de Mystique. Nos super-héros sont vieux. L’ère des super pouvoirs est terminée, place à la réalité, la téléréalité, l’argent, le sexe. Les idéaux se sont envolés. On n’attend plus d’eux qu’ils sauvent le monde. On les observe comme des curiosités, des people que les paparazzi traquent. Que reste-t-il d’eux ? Pas grand chose. Des corps qui lâchent plus ou moins, des pouvoirs encore là et qu’ils cultivent par habitude ou par nécessité professionnelle, puisqu’ils servent uniquement pour des shows de téléréalité. Le sexe ? Vécu comme une antidote à la solitude, dans une ultime tentative de se prouver qu’ils existent encore. Le sexe comme échappatoire, seul, tarifaire ou bien désespéré, est la seule chose qu’il reste pour ces héros épuisés, fatigués, démodés. Les héros de nos jours sont des enfants portés aux nues, comme Franklin Richards, le fils de Mr Fantastic devenu l’enfant sacré de l’Amérique, le chouchou des medias, l’enfant rebelle, mais « l’Amérique pardonne tout à ses fils préférés ».

C’est un monde aux idéaux déchus, un monde où l’espoir d’un monde meilleur n’est plus que vestige. Chaque partie consacrée à l’un des personnages (la première, réservée à Mr Fantastic est la plus longue et la plus mélancolique), constitue une pièce d’un puzzle qui, le livre terminé, représente un monde où le rêve n’a plus sa place. Qu’en est-il de nos idéaux ? Partis en poussière dans la vaste course de la vie. Gommés par le succès, l’argent, la pantomime sociale des civilisations et du progrès.

Un roman à la mélancolie grave et envoutante.

« J’ignore d’où lui venait tant de mépris. A l’époque, on ne savait rien de la vie privée de Batman. J’ignore même si le mépris de mon père était dû à la possibilité que Batman fut une tapette où à une intuition plus profonde et cruelle. L’intuition que les super-héros ne sauveraient jamais rien. Jamais personne. « Un jour tu seras déçu ». Peut-être qu’en réalité c’était plus simple que cela et que ma passion le faisait enrager. D’une certaine façon, mon père aurait voulu être à la place de Batman. Il aurait voulu être un super-héros ou peut-être tout seulement un héros aux yeux de son fils. »

Chronique réalisée par Amanda Meyre

Quatrième de couverture :

À New York, au début du vingt et unième siècle, les super-héros sont fatigués : Superman, Batman et les autres ont raccroché les gants, ils sont devenus des hommes et des femmes d’affaires à succès, des vedettes des médias et du spectacle, et ont tous renoncé à leurs super-pouvoirs. Dès lors, qui peut bien vouloir les éliminer un par un? Car après Robin, l’assistant et ancien amant de Batman, un mystérieux groupe de tueurs menace d’autres cibles. Comme ce dernier, Mister Fantastic et Mystique reçoivent eux aussi d’étranges messages d’adieu, et il semble bien que ce soit dans leur vie privée et leurs comportements sexuels qu’on veuille les frapper. Le détective Dennis De Villa mène l’enquête, tandis que son frère Bruce, journaliste, couvre les événements. Mais ne faut-il chercher ailleurs, quelque part dans leur enfance commune, ce qui les relie à ces super-héros si fragiles?
Vaste fresque post-11 Septembre, le roman de Marco Mancassola est le récit de la fin d’un monde, celui des super-héros, et de celle d’une civilisation, incarnée pendant des décennies par les États-Unis. Une civilisation qui est aussi la nôtre.

L’auteur
Marco Mancassola a trente-sept ans et vit actuellement à Londres. Romancier et scénariste, il est également l’auteur des Limbes. Trois récits visionnaires (Du Monde Entier, 2010).



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