La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe – Chronique n°1

La vie très privée de Mr Sim Jonathan CoeLa vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe aux éditions Gallimard

Actuellement en promo dans la presse française, Jonathan coe explique partout que non ce ne livre là n’a pas la même veine que Testament à l’anglaise et que la critique britannique le lui reproche (ce qui d’ailleurs est très amusant car en France les « artistes » couinent toujours qu’ici on nous met dans des cases contrairement aux pays anglo saxons, l’Angeterre ne doit donc pas être un pays anglo saxon) et bien je dois être un critique anglo saxon car il est certain que cette vie très privée de Mr Sim pour réussie qu’elle soit n’est pas aussi forte que ledit Testament à l’anglaise, tout en étant un excellent roman.

Soit un homme moyen et conscient de l’être, pas très chanceux (le genre qui, voulant nouer des relations avec son voisin de siège d’avion, se retrouve à voyager à côté d’un cadavre) ,Mr Sim comme la carte l’humoriste, en dépression après le départ de sa femme et de sa fille qui, sur les conseils d’un vieil ami, décide de participer à une opération publicitaire pour des brosses à dents bio. Mr Sim pour cela devra traverser l’Angleterre et rejoindre l’Ecosse. Sauf que le roman de Coe est plus que ce résumé de l’action principale. Avec un art de la construction toujours aussi grand, Coe bâtit un roman qui mêle monde moderne, quête de la gloire et drame familial. Comme dans les meilleurs Almodovar, le récit principal l’épopée de Mister Sim qui se retrouvera bientôt avec pour seule compagne la voix de son GPS (une sorte de comble de la solitude) progresse grâce à des récits annexes (comme le film dans les derniers films d’almodovar, là ce sera une composition d’une étudiante, les mémoires de son père et le récit d’un aventurier des années 60 qui avait décidé de tromper tout le monde plutôt que d’affronter la vérité, quitte à en mourir.

Le récit de Coe brasse tous ces thèmes tout en racontant une histoire linéaire avec ce qu’il faut de suspense pour donner envie de tourner la page.. Parabole sur l’ultramoderne solitude comme chantait Souchon, la vie très privée de Mr Sim n’oublie pas l’humour de Jonathan Coe, qui rend tout plus léger. Rien n’y est vraiment tragique, au contraire.

Roman du temps qui passe, il montre avec subtilité que tout change et rien ne change non plus. Tout change, car c’est aussi une promenade nostalgique dans l’angleterre d’aujourd’hui. Les traces d’hier ont disparu, mais gardons nous d’être trop vite nostalgique, nous dit l’auteur. Après tout, le père du « héros » s’est en partie ruiné après des paris hippiques qui ont des airs de subprimes d’avant les marchés financiers. La quête de martingale est aussi vieille que la banqueroute. Mieux, le temps qui passe est l’occasion de se trouver et de se comprendre, pour peu qu’on entreprenne un voyage initiatique, comme ce Mr Sim qui, quand il ne rejoint pas le point le plus au nord du Royaume-uni, part retrouver son père en Australie. Voyage voyage qui peu à peu change le héros.. jusqu’à cette scène à 400 pages d’écart. Le héros se retrouve dans un restaurant australien a admiré la complicité liant une mère et sa fille.. sauf qu’entre ces deux scènes, du temps a passé. On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. Pas plus que deux livres de jonathan Coe, ne se ressemblent…

Chronique réalisée par Christophe Bys

Quatrième de couverture :

Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans. Voué à l’échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l’échec à l’âge adulte (sa femme le quitte, sa fille rit doucement de lui), il s’accepte tel qu’il est et trouve même certaine satisfaction à son état. Mais voilà qu’une proposition inattendue lui fait traverser l’Angleterre au volant d’une Toyota hybride, nantie d’un GPS à la voix bouleversante dont, à force de solitude, il va tomber amoureux. Son équipée de commis-voyageur, représentant en brosses à dents dernier cri, le ramène parmi les paysages et les visages de son enfance, notamment auprès de son père sur lequel il fait d’étranges découvertes : le roman est aussi un jeu de piste relancé par la réapparition de lettres, journaux, manuscrits qui introduisent autant d’éléments nouveaux à verser au dossier du passé. Et toujours Max pense à la femme chinoise et à sa fille, aperçues dans un restaurant en Australie, dont l’entente et le bonheur d’être ensemble l’ont tant fasciné. Va-t-il les retrouver? Et pour quelle nouvelle aventure? Brouillant joyeusement les cartes de la vérité et de l’imposture, Coe l’illusionniste se réserve le dernier mot de l’histoire, qui ne manquera pas de nous surprendre.
Plus d’une génération va se reconnaître dans ce roman qui nous enchante avec un humour tout britannique, bien préférable au désespoir.

Retrouvez la chronique n°2



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