La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe – Chronique n°2

La vie très privée de Mr Sim Jonathan CoeLa vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe aux éditions Gallimard

Maxwell Sim, presque quinquagénaire, est un homme à qui depuis quelque temps rien ne sourit. Sa femme l’a quitté il y a six mois en emportant leur fille, Lucy, il a fait une dépression qui l’a contraint à arrêter de travailler et il revient d’Australie où il est allé rendre visite à son père à qui il n’a manifestement rien à dire. Mais voilà qu’un ami (le seul qu’il ait) lui propose de se rendre au fin fond de l’Ecosse pour livrer une caisse de brosses à dents écologiques. Maxwell accepte et ce road-trip se transforme en voyage initiatique : les lieux qu’il traverse, les gens qu’il rencontre, tout concourt à la découverte et à l’acceptation de qui il est vraiment.

Le voyage de Maxwell dans cette Angleterre rongée par la crise est entrecoupé de lectures qui participent à son épiphanie : le devoir d’une vieille amie pour son atelier d’écriture dans laquelle il joue un rôle important, la nouvelle qu’écrit sa femme et qu’il se procure par un subterfuge, les mémoires de son père, la lettre de Clive racontant l’histoire à la fois folle et tragique de Donald Crowhurst… L’écrit et la littérature ont donc une importance capitale dans ce roman qui met finalement en scène par la réjouissante pirouette finale, la toute-puissance de l’Art. Ultra-contemporain par ce qu’il narre ou qui apparaît en filigrane (les répercussions de la crise en Grande-Bretagne, la paradoxale absence de communication à une époque où nous sommes connectés en permanence au monde, la solitude, la difficulté d’être père, l’identité sexuelle), La vie très privée de Mr Sim est un roman d’une grande finesse psychologique et d’un réalisme douloureux, à la cocasserie parfois désespérée (Maxwell tombe amoureux de son GPS), profondément ironique et parfaitement construit de bout en bout. Excellent.

Chronique réalisée par Fashion

Quatrième de couverture :

Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans. Voué à l’échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l’échec à l’âge adulte (sa femme le quitte, sa fille rit doucement de lui), il s’accepte tel qu’il est et trouve même certaine satisfaction à son état. Mais voilà qu’une proposition inattendue lui fait traverser l’Angleterre au volant d’une Toyota hybride, nantie d’un GPS à la voix bouleversante dont, à force de solitude, il va tomber amoureux. Son équipée de commis-voyageur, représentant en brosses à dents dernier cri, le ramène parmi les paysages et les visages de son enfance, notamment auprès de son père sur lequel il fait d’étranges découvertes : le roman est aussi un jeu de piste relancé par la réapparition de lettres, journaux, manuscrits qui introduisent autant d’éléments nouveaux à verser au dossier du passé. Et toujours Max pense à la femme chinoise et à sa fille, aperçues dans un restaurant en Australie, dont l’entente et le bonheur d’être ensemble l’ont tant fasciné. Va-t-il les retrouver? Et pour quelle nouvelle aventure? Brouillant joyeusement les cartes de la vérité et de l’imposture, Coe l’illusionniste se réserve le dernier mot de l’histoire, qui ne manquera pas de nous surprendre.
Plus d’une génération va se reconnaître dans ce roman qui nous enchante avec un humour tout britannique, bien préférable au désespoir.

Retrouvez la chronique n°1



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