Une vie à part de Jane Smiley

Une vie à part  Jane SmileyUne vie à part de Jane Smiley aux éditions Rivages

Une vie à part débute au lendemain de Pearl Harbour dans un San Francisco sous le choc pour faire un bond en arrière de près de soixante ans : nous voilà donc transportés à Darlington, petite ville du Missouri en 1883. Margaret Mayfield a cinq ans quand elle assiste à une pendaison, souvenir affreux qu’elle s’empresse de refouler et qui marque de son sceau toute sa vie, car ce que Margaret fera de mieux, toujours, avec une constance qui semble inébranlable, c’est voir le bon côté des choses et refuser de s’apesantir sur les drames quotidiens petits ou grands. Confrontée à la mort dès son plus jeune âge et à la disparition des êtres chers (elle perd successivement ses deux frères aînés puis son père), Margaret grandit relativement protégée par une mère active et lucide qui met tout en oeuvre pour que ses trois filles fassent de riches mariages. Si Elizabeth et Beatrice se marient facilement et mettent au monde une ribambelle de gamins turbulents, il n’en va pas de même pour Margaret, qui finira par épouser très tardivement (à 27 ans, on est une vieille fille au début du XXème siècle) le Capitaine Andrew Early, officier de marine et astronome, considéré comme le génie du Missouri. Margaret, habituée à contempler la vie comme une pièce de théâtre à laquelle elle ne prend jamais part, avec une espèce de distance protectrice, fait ce qu’on attend d’elle en bonne fille bien élevée et épouse le génie de onze ans son aîné.

Margaret et Andrew s’installent dans la baie de San Francisco et la jeune femme découvre le mariage. Oubliant le dernier conseil de sa mère (« Ne fais ce que ton mari attend de toi que la première année. »), Margaret se plie à la personnalité de son époux intransigeant, sans jamais faire preuve d’esprit critique ni le remettre en question. Mais Andrew a une personnalité difficile, c’est un homme entêté et rigide, tout entier dédié à la démonstration d’une idée fixe : prouver qu’Einstein a tort sur toute la ligne. Margaret est irrésistiblement entraînée dans l’orbite de ce mari égocentré qui ne supporte pas la contradiction et nourrit des chimères et elle en oublie de vivre, ce qui est d’autant moins étonnant qu’elle a été élevée pour être une femme soumise. Une vie à part c’est donc la sienne, une vie comme en retrait, en suspens, traversée de deuils et de déchirements que Margaret s’empêche de ressentir et qu’elle traverse comme anesthésiée, absente à elle-même et au monde.

Heureusement pour elle, le monde frappe parfois à sa porte : Dora, la soeur de son beau-frère, émancipée et provocante (elle refuse de se marier, est journaliste, voyage, a des amants), Pete, le russe énigmatique et charmant, la famille Kimura, émigrés japonais, ses voisines… autant de personnages qui, chacun à leur manière, mèneront Margaret sur la voie du réveil et de la révélation. Jane Smiley signe ici un très beau roman, qui suit avec beaucoup de finesse et de justesse le parcours de cette femme manipulée en imbriquant avec brio son histoire dans l’Histoire.

Chronique réalisée par Fashion

Quatrième de couverture :

Une vie à part est le portrait intime de la vie d’une femme de la fin du XIXème siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Margaret Mayfield est déjà presque une vieille fille quand, à 27 ans, elle se marie avec le capitaine Andrew Jefferson Earley. Cet homme est la célébrité locale d’une petite ville du Missouri où il est né : un officier de marine et un astronome ; un génie qui, selon la presse locale, a changé la face du monde. La mère de Margaret se réjouit de cette union, qu’elle qualifie de « coup de chance ».
Cependant, Andrew déçoit les attentes de Margaret dès lors qu’ils partent s’installer à San Francisco et qu’elle découvre que la passion de son mari pour les sciences le dévore et ne laisse aucune place pour quoi que ce soit d’autre, et encore moins pour elle.
Malgré tout, souvent malgré elle, elle reste à ses côtés et traverse avec lui des tragédies à la fois personnelles et historiques.
Alors que les États-Unis prennent part à la guerre, les obsessions et la paranoïa d’Andrew prennent une allure inquiétante et obligent Margaret à reconsidérer, voire à remettre en cause, la vie qui est la sienne.

Jane Smiley, femme de lettres américaines, est née à Los Angeles, en 1949. Elle est la lauréate du Prix Pulitzer1992 pour le roman L’ Exploitation (BER n°199) inspirée du roi Lear de Shakespeare. Elle aborde dans ses œuvres des thèmes aussi divers que la politique, l’éducation, le mariage ou la littérature. Membre de l’Académie américaine des arts et des lettres, Jane Smiley a enseigné pendant plusieurs années à l’université d’Iowa. Engagée en politique et pour la cause des femmes, elle se fait également connaître grâce à ses articles de presse.



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