B.a-b.a, la vie sans savoir lire de Bertrand Guillot

B.a-b.a, la vie sans savoir lire de Bertrand GuillotB.a-b.a, la vie sans savoir lire de Bertrand Guillot aux éditions Rue Fromentin

Il y a trois ans, Bertrand Guillot, écrivain (souvenez-vous de Hors-jeu), décide de donner bénévolement des cours d’alphabétisation dans le 19ème arrondissement de Paris. Il est plein de bonne volonté mais il découvre vite une réalité difficile : non seulement on le plonge dans le grand bain sans aucune préparation (après tout, quand on sait lire, on sait apprendre aux autres à lire, non ?) (une telle pensée n’est guère éloignée des inepties de nos ministres successifs qui pensent sincèrement que puisque tout le monde parle français tout le monde peut l’enseigner), mais en plus les adultes qui viennent à ses cours connaissent pour la plupart une vie chaotique. Au bout d’un an passé à leurs côtés, Guillot décide de témoigner et de leur rendre hommage en écrivant un ouvrage sur eux, pour eux.

Ce sera b.a-ba, la vie sans savoir lire, récit d’une expérience qui se lit comme un roman et dont la construction et le fond, excellents tous deux m’ont tenue en haleine (j’ai lu ce « roman vrai » pour reprendre l’expression de Guillot dans son avant-propos, d’une traite, alors que je l’avais commencé un soir très tard). Au départ, un constat assez effarant : en France, plus de trois millions de personnes sont illettrées, ce qui représente 9% de la population de 18 à 65 ans ayant été scolarisée ici. Ces gens, nous les croisons tous les jours ; c’est cet homme qui a l’adresse de la clinique écrite sur un bout de papier et qui vous demande son chemin alors qu’il est déjà dans la bonne rue, c’est cette femme qui vous arrête dans le métro parce qu’elle a « oublié ses lunettes » et qu’elle ne sait pas où prendre sa correspondance, ce sont tous ceux qui sont perdus face à tout ce qui fait notre quotidien : factures, contrats, affiches, adresses… tous ceux pour qui l’écrit est un monde indéchiffrable et donc hostile. En alternance avec le récit des cours, qui se révèlent évidemment beaucoup plus ardus que ce qu’on veut bien faire croire à Bertrand Guillot (quand je pense qu’il a commencé sans méthode, sans manuel, sans conseil d’aucune sorte, il faut vraiment avoir le bénévolat bien accroché), b.a-ba dresse avec beaucoup de pudeur et de délicatesse le portrait de ceux qui ont un jour poussé la porte de l’Association pour apprendre à lire. Parfois sans papiers (un sujet dont on ne parle pas vraiment, et pour cause), souvent au chômage ou maintenus dans des petits boulots fatiguants ou peu valorisants, voire exploités, ces hommes et ces femmes nous deviennent infiniment proches : on s’émeut de ce que l’on devine, on espère que leurs vies vont s’arranger, on suit leurs progrès et leur découragement, on a un pincement au coeur pour ceux qui arrêtent, qui disparaissent, ceux qui ne réussissent pas… Pas de misérabilisme, pas de grandiloquence ni d’effets de manches, pas de dénonciation à l’emporte pièce dans cet ouvrage, mais la vie, la vraie, et la description d’une misère sociale qu’il serait enfin temps de regarder en face. b.a-ba, la vie sans savoir lire est un récit à lire de toute urgence.

Chronique réalisée par Fashion

Quatrième de couverture :

En 2008, Bertrand Guillot pousse la porte d’un cours d’alphabétisation pour adultes, dans le 20e arrondissement de Paris. Il s’apprête à donner son premier cours. Sa motivation est la même que celle de milliers de bénévoles en France : se rendre utile et abandonner les œillères du quotidien. Ecrit à la première personne, rythmé par des chapitres courts, B.a.-ba a tout d’un récit d’aventure. Celle d’un « professeur » débutant, tout d’abord. L’auteur est poussé dans le grand bain sans méthode, ni conseils. Après tout, il sait lire, non ? B + A = ba ? Pas si simple. Le costume de « professeur » taille soudain grand face à des « élèves » qui ont bien souvent vécu mille vies et Guillot prend soudain conscience de l’ampleur de la tâche. Le plus sage serait sans doute d’abandonner sur le champ. Il y pense. Pourtant… Sans vraiment se l’expliquer, il va poursuivre ses cours (il en donne toujours aujourd’hui) et vivre un an avec ses élèves, au rythme des joies et des désillusions. Une année dont il a tiré un livre : B.a. -ba.

Cette force de volonté anime le livre. B.a.-ba n’est jamais larmoyant ou accusateur. Les cours sont l’occasion de dialogues drôles. Les situations sont vues avec un regard réaliste, jamais simplificateur, qui évoque parfois Entre les murs.

Car B.a.-ba est avant tout le récit d’une aventure humaine. La majorité des élèves travaillent, sans papiers, en France. Au fil des cours, l’auteur découvre leurs destins. Chômage, identité nationale, intégration… c’est l’actualité du pays qui défile avec un éclairage nouveau : celui d’hommes et de femmes qui pensent que tout peut changer s’ils apprennent à lire et à écrire.



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