La blessure, la vraie de François Begaudeau

La blessure, la vraie François BegaudeauLa blessure, la vraie de François Begaudeau aux éditions Verticales

Brûler celui qu’on a aimé.. vieille manie. Bégaudeau qui a été loué quand il publiait hors les murs chez verticales s’est vu de plus en plus critiqué à mesure qu’il a eu du succès. Comme si le talent baissait inversement à la renommée. Tant pis pour les mauvais couchers. Si la chasse au bégaudeau est ouverte, ma bibliothèque restera un espace protégé pour cette espèce menacée, aussi longtemps qu’il écrira des livres aussi bon que la blessure la vraie.

Nous sommes en 1986, le narrateur part en vacances avec ses parents, et a décidé de perdre son pucelage comme on disait encore à cette époque. Sur place, il retrouve ces amis d’enfance(du tombeur professionnel au gentil garçon qui mourra, en passant par le looser magnifique et un idiot du village) et découvre les jeux de l’amour et du hasard perdu entre plusieurs jeunes filles, qu’il voudrait toutes séduire.. Qui trop embrasse, reste puceau, tel pourrait être la morale de cette version littéraire de la boum 2. Mais il n’en est rien car le narrateur est communiste et bégaudeau a de l’humour et de la fantaisie, cette qualité si mal vu en France où il faut être pesant si on veut être pris au sérieux.

« j’ai commencé les pensées de Pascal, je suis communiste et je rougis quand une fille dit jouir » résume assez bien le narrateur, sérieux trop sérieux, avec toute le sérieux dont on n’est capable qu’à l’adolescence, et sa timidité.
Plus métaphysique aussi mais toujours aussi inspiré : « on pleure d’être mortel et on vit comme un immortel, comme un petit bourge pourri gâté d’immortel qui pète plus haut que ses pauvres soixante années vouées à s’écouler dans l’indifférence générale jusqu’à l’égoût d’un cimetière sans croix ».

Car le rire ici n’est pas que divertissement, comme aurait dit Pascal que lit le héros. Il est, comme chez Gombrowicz, une réponse métaphysique à l’absurdité du monde et de la vie. Comme le martèle la mère Baquet à travers ses sentences et anecdotes. Le paysage des vacances est aussi un champ de bataille : là une morte parce qu’elle ne pouvait plus revoir son amoureux, ailleurs un homme pendu par désespoir.. mais toujours avec le sourire.

Il y a aussi le personnage du personnage du cinéaste parisien, chez lequel le jeune narrateur passe un dîner d’anthologie, ses hôtes ivres délirant sur le réel.

Ce pourrait n’être qu’un roman générationnel. Mais Bégaudeau est malin (trop peut-être??) pour faire un roman nostalgique. S’il cite les accessoires et éléments de décor qui feront réagir ceux qui ont connu les années 80, il ne tombe pas dans ce biais de l’époque, l’auteur commentant ici ou là l’éphémère de telle ou telle mode.
Et pour lever l’ambiguité, il s’offre à la fin un départ dans l’imaginaire, dans une sorte de polar fantastique et fantaisiste.. jusqu’à la fin qui n’en est pas vraiment une.

Ps : j’ai oublié un point. la jeunesse, l’adolescence, c’est la vitesse l’impatience. Le style de l’écriture rend cela très bien. C’est à ce jour le livre où j’ai le mieux ressenti cette impatience essentielle.

Chronique réalisée par Christophe Bys

Quatrième de couverture :

« Depuis vingt ans à vrai dire je n’ai plus cessé de rire. C’en est troublant, presque inquiétant, une anomalie car il y aurait plutôt de quoi pleurer, tragédies, saloperies, maladies, labeur de vivre, effroi de ne plus.
Toujours j’ai donné le change, mais aujourd’hui me trouve las d’esquiver et pressé d’admettre qu’en effet il y a quelque chose qu’il ne faut plus tarder à raconter.
Le temps est venu quoi qu’il m’en coûte de remonter à la blessure.
De remonter à 86.
À l’été 86. »



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