Les Insurrections singulières de Jeanne Benameur

Les Insurrections singulières Jeanne BenameurLes Insurrections singulières de Jeanne Benameur aux éditions Actes Sud

Antoine est à la croisée de chemins, à l’heure des doutes et des remises en question. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours voulu partir, s’enfuir loin. Vie étriquée, désirs limités, ce monde trop petit n’est pas le sien… Fils d’ouvriers, Antoine s’est toujours senti en décalage, y compris à la faculté où il a suivi des études pour faire plaisir à ses parents : au fond, il a toujours su qu’il suivrait les traces de son père. A « Lusine » comme il l’appelle, Antoine est encore et toujours à la recherche de sa vraie place jusqu’à sa rencontre avec Karima. Karima est prof de lettres, amoureuse des mots et pour lui plaire Antoine s’invente un autre lui-même. A défaut des mots d’amour qu’elle attend et qu’elle espère, Antoine écrit des phrases de lutte et se prend au jeu du militantisme syndical, osant même les prises de paroles devant ses compagnons de galère. La voix se fait rageuse et Karima s’éloigne…

Au début du roman, Antoine est revenu à la case départ, Karima est partie et tout est à refaire, à réinventer, à reconstruire. En RTT forcées à l’heure des relocalisations, Antoine revient chez ses parents et se retrouve face à ses vieux démons. Il devient urgent de fuir, il faut prendre un nouveau départ, s’appartenir enfin. Puisque l’usine délocalise ses ateliers au Brésil, c’est là-bas qu’il ira, pour essayer de comprendre, et peut-être trouver enfin sa place dans le monde…

Ce livre est un vrai cadeau. Pour être honnête, s’il n’avait pas été écrit par Jeanne Benameur, je ne l’aurais probablement jamais ouvert. J’avais peur que le propos politique et engagé m’éloigne de l’histoire individuelle, je ne pensais pas pouvoir m’attacher à Antoine, lui et moi n’avons rien en commun, et pourtant… Encore une fois, Jeanne Benameur a su m’embarquer dans son histoire et ce dès les premières pages, dès les premiers mots. Antoine se cherche, s’interroge et on l’accompagne dans son cheminement intérieur. Avec justesse et simplicité, Jeanne Benameur trouve les mots pour parler à chacun de nous, à notre part la plus intime, la plus secrète, et elle le fait avec un grand talent. L’amitié qui lie Antoine à Marcel, le bouquiniste passionné, m’a profondément touchée. Teintée de respect, sincère et forte, elle sera l’une des clés de sa renaissance. Marcel lui transmet l’amour des mots, l’amour des livres, lui ouvre les portes d’un monde dont il se sentait exclu, le fait se sentir libre, vivrant, vivant. Doucement, Antoine fait sa révolution. Car c’est bien de cela dont il est question ici : si Antoine entre en révolte, c’est bien plus vis à vis de lui même que vers un quelconque pouvoir en place…

J’ai dégusté ce livre, je l’ai savouré, retardant le moment de le refermer. Cette auteure a un don, la langue est riche, soignée, précise, les mots coulent, la poésie est partout et surtout là ou on ne l’attend pas. Dire que je suis sous le charme serait un euphémisme : la plume de Jeanne Benameur est de toute beauté, d’une incroyable justesse. Longtemps elle résonne en nous…

Chronique réalisée par Noukette

Quatrième de couverture :

Parcours de lutte et de rébellion, voyage au centre de l’héritage familial, aventure politique intime et histoire d’une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières emboite les pas d’abord incertains d’un fils d’ouvrier en délicatesse avec lui-même. Entre la France qu’on dit profonde et la terre nouvelle du Brésil, sur les traces d’un pionnier oublié de la sidérurgie du XIXe siècle, Jeanne Benameur signe le roman d’une mise au monde.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin