Les petits de Christine Angot

Les petits Christine AngotLes petits Christine Angot aux éditions Flammarion

Billy et Hélène se rencontrent, s’aiment, prennent un appartement et font des enfants. Mais la situation se dégrade rapidement : Hélène se révèle être une garce caractérielle et manipulatrice qui ne voit en Billy qu’un géniteur. Elle tente de se débarrasser de lui de manière insidieuse puis plus frontale. Cette histoire somme toute banale portait en elle la matière d’un excellent roman : même si la toute-puissance féminine et maternelle est un sujet maintes fois traité, il n’en demeure pas moins qu’il y a avait là la possibilité de faire une fine étude psychologique et de peindre avec intensité et émotion la descente aux enfers de ce père. C’était sans compter sur la surenchère des thématiques (Billy est antillais, ce qui permet à Angot de distiller une espèce de bien pensance diffuse et maladroite et de mêler à une histoire qui n’en demandait pas tant des remarques sur le métissage, le racisme, la tolérance…) et surtout, sur la grande pénibilité du style.

Angot a un effet trois tics d’écriture qui ont fait de cette lecture un véritable pensum. Elle abuse de la parataxe, ce qui lui permet de juxtaposer des faits ou des idées qui n’ont souvent pas grand lien entre elles, contraignant le lecteur à sauter du coq à l’âne ; elle semble vouer un culte à la redondance, qu’elle soit lexicale ou narrative (elle n’emploie pas de synonymes, jamais, et peut répéter quatre à cinq fois le même mot ou la même expression dans le même paragraphe et elle prend un plaisir manifeste à répéter en boucle certaines informations sur ses personnages) ; enfin, elle a une façon très particulière de construire la psychologie de ses personnages, par des énumérations sans fin et sans jamais les incarner vraiment ce qui donne au lecteur l’impression de voir passer des pantins sans âme qui ne s’articulent qu’autour de ce que la narratrice veut bien dire d’eux, ce qui est très désagréable et finalement très vain.

Chronique réalisée par Fashion

Quatrième de couverture :

Hélène et Billy se rencontrent. Elle est d’origine européenne, a une fille, il vient de Martinique, il est noir, a un groupe de reggae, vit en électron libre. Cela se passe simplement, ils s’installent ensemble, ont une fille, Clara. Puis un deuxième enfant, puis trois et quatre. Elle a arrêté de travailler, prend les rênes de l’appartement, s’embarque dans le bouddhisme. Il connaît des hauts et des bas professionnels. Les mois passent, l’entente s’érode, l’air de rien. Les petits les réunissent et les divisent. Parfois il disparaît, plusieurs jours, parfois elle le harcèle, pendant des heures.
L’hostilité croissante entre un homme et une femme, la violence quotidienne entre un père et une mère, les manipulations et déchirements qu’éveillent les enfants, d’abord dans des disputes qui dégénèrent et dont ils sont témoins, puis dans un procès dont ils sont l’enjeu : la narratrice restitue ces scènes, tantôt de manière tendre, tantôt implacable. Quand ellemême partage la vie de Billy, elle l’accompagne pour voir les petits pendant les quelques heures de visite obtenues après des mois de lutte. Elle investit son récit avec un souci de véracité et de modernité saisissantes. L’écriture s’impose ici avec une émotion contenue et une clairvoyance remarquable : seul l’amour qui lie deux êtres ou qui s’attache à des enfants peut affronter l’existence, lorsqu’elle est devenue invivable.
Il semble que, ces temps-ci, seul soit de mise un discours positif sur la puissance féminine, le côté sombre n’est jamais évoqué et l’utilisation par certaines femmes de leur pouvoir maternel tentaculaire n’est jamais souligné.



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