Vivre encore un peu de Christophe Donner

Vivre encore un peu Christophe DonnerVivre encore un peu de Christophe Donner aux éditions Grasset

Certains livres se présentent à vous par hasard, entre deux portes, entre deux pages, inopinément. On les lit vite, on les apprécie, on sourit, on les oublie un peu. Le dernier Christophe Donner est ainsi.
Choisissant un style entre autofiction et grande lettre amicale, Donner décrit les derniers jours de son beau-père, Elias le vétéran, Elias l’inoxydable, 104 ans au compteur et toujours solide. « Est-ce que Dieu ne peut pas emporter cet homme ? » s’interrogent ses enfants et Dieu ne semble en rien pressé. Elias non plus. Profitant de ce séjour au Liban, Donner esquisse à grand trait un pays, croque une famille, brosse le portrait d’un vieillard superbe et sénile. Car foin de nostalgie ou de respect, la plume de l’auteur est tendre mais sans pitié : « La vieillesse qui serait un retour à l’enfance, je n’y crois pas, c’est un cliché pour dissimuler l’horreur. En fait, c’est un couloir de plus en plus étroit, de plus en plus sombre dans lequel les vieillards avancent à tout petits pas. Leur maladresse n’est pas celle des enfants, mais celle de l’épouvante. » Et Christophe Donner d’accompagner un Elias rétif vers le tombeau.
Dans cette longue veillée mortuaire, aux réflexions attendues sur la générosité de la vie et la cruauté de la mort, le style est alerte et la construction du roman solide et plaisante. Donner est à son affaire et connaît son ouvrage. Si le récit est léger en dépit d’une thématique qui pourrait prêter à la morosité, il ne marque pas non plus. Le lecteur n’est pas mobilisé, transporté, ou même vraiment ému. « Vivre encore un peu » ressemble à une longue lettre qu’un correspondant lointain vous enverrait, vous lui prêtez un œil attentif, vous compatissez superficiellement, mais malgré vos efforts vous ne pouvez dépasser la neutralité bienveillante.
Et c’est d’ailleurs là que l’on voudrait savoir si le livre a su trouver son public, tant on peine à imaginer, malgré les qualités évidentes de construction et d’écriture de ce court roman pourquoi quiconque voudrait acheter une lettre d’un ami ou pourquoi il lui plairait de l’offrir. C’est donc avec un innocent et bref pincement au coeur que l’on voit s’éloigner le souvenir d’Elias et les silhouettes familières de ses proches, Monsieur Christophe en tête. Peut-être serait-il temps que Donner abandonne la route balisée de l’autofiction pour les plus denses chemins du roman ?

Chronique réalisée par David Vauclair

Quatrième de couverture :

« – Mais votre âme, Elias, comment va votre âme ? Quel est votre état d’esprit en ce moment ?
J’attends longtemps la réponse, je pense qu’elle ne viendra pas, et puis il se tourne vers moi, pas complètement, de manière à garder les yeux dans le vague, il sourit.
- Je vous aime beaucoup, Monsieur Christophe.
- Elias ! Monsieur Elias ! Vous êtes un sacré coquin.
Moi aussi, je l’aimais beaucoup, mais je me rends compte que ça n’est plus ça. Il aurait plutôt tendance à m’exaspérer, à présent. Bien sûr, c’est son âge que je déteste, ce record absurde qui fait l’admiration de tous et qui le conduit peu à peu à cette ruine désolante que la mort ne veut pas soulager. Je voudrais à ce moment-là l’accompagner gentiment vers la mort, il me tiendrait le bras comme quand on sortait de l’église, il mourrait en s’enfonçant dans la question de Dieu. Mais il ne veut pas. »



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