Noires blessures de Louis-Philippe Dalembert

Noires blessures Louis-Philippe DalembertNoires blessures de Louis-Philippe Dalembert aux éditions Mercure de france

Mamad est au sol et son mâitre blanc ne cesse de le frapper. Il est en sang et à moitié inconscient. Survivra-t-il ? La fureur de Laurent va-t-elle s’apaiser avant d’atteindre le point de non retour ? Mais comment les deux hommes ont-ils pu atteindre ce haut point de violence ?

Le roman se compose principalement de deux parties, ponctuées de quelques intermèdes. La première partie raconte la vie de Mamad, l’africain. L’enfant a n’a pas vraiment connu son père, décédé alors qu’il était un nourrisson. Et sa mère a peiné à l’élever lui et sa fratrie, en quête perpétuelle du nécessaire pour subsister. Et si Mamad parvient à aller à l’école jusqu’en troisième, c’est au prix de sacrifices permanents de la famille pour s’acquitter des frais de scolarité mais aussi au prix d’humiliations permanentes et d’une faim qui tiraille le ventre du matin au soir. D’autant que si Mamad a une bonne mémoire, il n’en est pas pour autant un élève brillant. Lorsqu’il échoue à l’obtention de la bourse pour entrer au lycée, il va devenir le boy de Laurent, cet homme blanc passionné de protection des animaux.
La seconde partie nous emmène sur les traces de Laurent, cet homme qui nous apparaît dans les intermèdes comme un homme assoiffé de violence.
Sa vie n’est pas des plus gaies, loin s’en faut. Son père a été tué lors d’une manifestation de défense des droits des Noirs. Ironie du sort, c’est un CRS antillais qui l’a frappé de sa matraque. Laurent ne digèrera jamais cet événement et en fera même d’incessants cauchemars. Et la première fois qu’il voit Mamad, une chose étrange se produit…

Ce roman est poignant, retournant. Il montre l’homme dans toute sa noirceur, dans toutes ses peurs et toute son intolérance. La deuxième partie aide le lecteur à tempérer un jugement qu’il aurait peut-être eu trop tranché au départ. Et les intermèdes qui réunissent les deux personnages aident à renforcer cette impression de malaise. Les deux hommes ont eu des vies difficiles et luttent, chacun à leur manière, pour survivre au quotidien. Si rien ne justifie la violence en elle-même, aucun d’entre eux n’est ni vraiment blanc, ni vraiment noir. Chacun porte en lui le poids de sa propre bêtise et se retrouve contraint d’assumer ses choix.

Chronique réalisée par Stéphie

Quatrième de couverture :

Mamad tente d’ouvrir les yeux, mais il n’y parvient pas. Ses paupières, gorgées de sel et de sang, refusent d’obéir à son cerveau. Autour de lui, les objets continuent de flotter dans le brouillard. Un goût d’hémoglobine traîne sur ses lèvres sèches et bouffies. En face de Mamad, le Blanc est méconnaissable. Il a les yeux injectés de sang. Une épaisse écume blanchâtre auréole les commissures de ses lèvres. Les veines de son cou tendues à se rompre. De grosses gouttes de sueur perlent sur son front, qu’il essuie du revers de sa manche retroussée, entre une calotte et une autre. Mamad n’a plus la force de crier. Du regard, il implore pitié. Mais le Blanc cogne, tel un forcené, tout en crachant ses injures.

Deux hommes s’affrontent quelque part dans la jungle africaine. Laurent Kala, le Blanc, pris de folie furieuse, est sur le point de tuer Mamad, son domestique noir… Comment les deux hommes en sont-ils arrivés là ?
Issu d’une famille nombreuse, Mamad n’a pas connu son père. Pour faire vivre la famille, sa mère vend des fripes sur les marchés. L’école est loin : chaque jour Mamad parcourt des kilomètres à pied, l’estomac vide. Cacher à ses camarades de classe sa situation précaire, maîtriser les nausées qui lui tordent l’estomac… tel est son combat quotidien. Grâce à son exceptionnelle mémoire, Mamad a peut-être une issue : décrocher une bourse, faire des études, trouver un emploi et mettre la famille à l’abri. S’il échoue, il lui restera la solution de tous les désespérés de la terre : fuir son pays vers un avenir meilleur.
Laurent Kala, Français expatrié, travaille pour une ONG. Il a grandi dans le XIVe arrondissement. Il a perdu son père alors qu’il avait dix ans, tué lors d’une manifestation de protestation contre l’assassinat de Martin Luther King. Son père était particulièrement attentif à la cause des Noirs, ce qui a toujours intrigué Laurent. Comment le fils de cet humaniste a-t-il bien pu se transformer en bête féroce et sanguinaire ?

A la fois grave et tendre, et non sans humour, le roman de Louis-Philippe Dalembert dresse des portraits émouvants d’hommes et de femmes accrochés à leur humanité, au milieu des relents de racisme et de colonialisme engendrés parfois par la présence à l’étranger d’expatriés français.

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