Une jeune fille aux cheveux blanc de Fanny Chesnel

Une jeune fille aux cheveux blanc de Fanny Chesnel

Une jeune fille aux cheveux blanc Fanny ChesnelUne jeune fille aux cheveux blanc de Fanny Chesnel aux éditions Albin Michel

Ca y est. C’est le début de la fin. Caroline est à la retraite depuis quelques mois, et aujourd’hui, elle fête ses 60 ans. Ce ne serait pas si déprimant sans ses filles soucieuses de son bien-être, de ses gendres fadasses et trop sérieux, et ses petits-enfants obligés de se plier à la cérémonie de la carte cadeau. Philippe, son mari depuis plus de trente ans, joue les complices plus ou moins volontaires de cette mascarade.

Caroline n’est pas dupe, elle sait qu’elle n’est plus une adolescente rougissante ni même une femme active qui se repose presque entièrement sur la femme de ménage et les supermarchés qui livrent à domicile. Mais elle est en pleine forme et ne se voit pas du tout mettre un pied dans la tombe. Fi de ces considérations maternelles ! Voilà que la carte d’anniversaire offerte par ses proches est accompagnée d’un abonnement au Nouvel Âge, un club pour retraités de la région proposant toutes sortes d’activités aux seniors.

Caroline se sent défaillir, mais comme toujours, elle fait ce qu’on attend d’elle : bonne figure. Plus ou moins forcée, elle commence à s’inscrire à une sortie de randonnée. Elle y découvre des gens très différents de ce à quoi elle s’attendait. Sylviane, une grande bringue d’un mètre quatre-vingt huit, devient sa copine. Au fil des activités auxquelles Caroline s’inscrit – théâtre, œnologie, aquagym, chorale, informatique – des personnalités très attachantes se détachent du groupe, et Caroline s’y sent bien. Mieux, elle se marre, se décoince, se libère de toutes les contraintes de femme mariée et retraitée qu’elle s’était elle-même fixées. A vrai dire, elle ne maîtrise plus grand-chose et les choses vont s’emballer un peu…

Ce roman propose une vraie réflexion sur cette troisième partie de la vie, après l’apprentissage des vingt premières années et des quarante années de travail qui suivent. On ne reçoit plus la reconnaissance de la société, on devient même un rebut, une chose inutile qui encombre les files d’attente dans les magasins. Mais pourquoi continuer à se mettre des contraintes ? La peur de l’ennui est donc telle qu’on ne s’en débarrasse que dans la tombe ? Pas forcément, nous dit Fanny Chesnel dans ce roman, où elle brosse le portrait de retraités hauts en couleurs, qui, si la plus grande partie de leur vie est derrière eux, ont encore le pied et l’esprit bien vaillants et comptent bien profiter du temps qu’il leur reste !

J’ai sélectionné deux extraits qui m’ont touchée :

En pensant à sa meilleure amie, emportée par un cancer deux ans plus tôt :
”Elle est morte. Il faut que je me répète le mot souvent pour m’empêcher d’attendre quelque chose. Tous les autres termes sont mensongers : “elle est décédée” est une expression déincarnée, qui sonne faux ; quant à “elle est partie” ou “elle nous a quittés”, c’est une manière de se raconter des histoires et de charger le mort d’une culpabilité, comme s’il avait décidé un jour de se barrer pour nous laisser tout seuls. Non, “elle est morte”, c’est juste, acide, sans échappatoire. Un point final, un petit silence glaçant et on n’en parle plus. Il n’y a plus qu’à s’accommoder de cette certitude atroce. Anne… Ma meilleure amie, mon âme soeur, ma feuille morte…” (extrait p. 43)

Un moment de solitude bien venu :

“J’ajoute des bûches pour entendre la cheminée crépiter. Je me laisse absorber par ma lecture. Relire un roman, c’est retrouver des amis. L’histoire est écrite d’avance et réserve assez peu de surprises, mais on est toujours content de se revoir et de se tenir un peu compagnie. L’avantage, c’est qu’on peut partir avant le dessert ou passer des chapitres qui ne nous emballent pas. Je saute les pages, je reviens en arrière, j’ai tous les droits sur mon auteur. Je suis chez moi dans cette histoire. […] Adolescente, je rêvais qu’un tel homme puisse exister. Aujourd’hui, je suis heureuse de ne le trouver nulle part ailleurs que dans ce livre.” (extrait p. 204)

La plume résolument chaleureuse et le ton plein d’humour ont totalement remporté mon adhésion : je me suis beaucoup amusée à suivre Caroline dans ses (d)ébats intérieurs… Et si la première phrase du roman “J’ai envie de disparaître” n’est pas loin de se réaliser dans les dernières pages, l’esprit est définitivement optimiste et plein d’espoir. Un joli roman, vraiment.

Chronique réalisée par Tamara

Quatrième de couverture :

Ah, le cap des 60 ans ! Un mari attentionné mais débordé, des enfants adorables, une vie de rêve. Et avec la retraite, la liberté avec un grand L… ou l’ennui avec un grand E ! Caroline, qui savoure le plaisir d’être enfin paresseuse, de prendre son temps, reçoit un cadeau empoisonné : une inscription à un club pour seniors ! Cours de poterie, de théâtre, d’œnologie, d’informatique… et si c’était le début de la fin ? Caroline craque. Elle envoie valser ces loisirs organisés, pour une autre voie, plus drôle et plus illicite… Elle tâtonne, expérimente, bousculant ses habitudes et rencontrant au gré de son errance de nouveaux amis, et surtout le séduisant – et très jeune – Julien…



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin