La fête de l'ours de Jordi Soler

La fête de l'ours Jordi SolerLa fête de l’ours de Jordi Soler aux éditions Belfond

Dans la famille, tout le monde connaît le grand-oncle Oriol, du moins, tout le monde pense le connaître. Oriol, c’est un peu le héros de la famille, un véritable héros de la Guerre d’Espagne : Oriol aurait sauvé des vies sans tenir compte du danger, Oriol se serait retrouvé blessé en tentant de franchir les Pyrénées pour échapper aux franquistes, Oriol que son frère Arcadi avait dû abandonner blessé à la frontière française… C’est donc en 1939 qu’on perd la trace de l’oncle Oriol, et même si la mort semble l’issue la plus logique, cela n’empêche pas son frère de se bercer d’illusions, de l’imaginer vivant quelque part, pourquoi pas pianiste soliste comme dans ses rêves. Une vraie légende ce grand-Oncle Oriol…, même s’il n’avait pas l’étoffe d’un soldat, « c’était un homme normal, ni courageux ni lâche, sans grand talent pour l’aventure, moyennement fort et doté d’une résistance à la douleur et au malheur qu’il avait peu à peu découverte au cours de la guerre ».

Argelès-sur-mer, avril 2007. Jordi Soler, écrivain mexicain, se rend à une conférence pour parler de son œuvre, en grande partie autobiographique. Là, une femme ayant tout l’air d’une vagabonde s’approche de lui et le regarde longuement d’un air réprobateur avant de lui remettre en silence une photographie et un papier sale plié en quatre. Sur cette photo, Marti, son arrière grand-père, Arcadi, son grand-père, et Oriol le grand-oncle disparu. Au dos de la photo des mots vraisemblablement écrits par Oriol lui-même : « 1937. Front d’Aragon. » Comment cette femme extravagante a-t-elle pu entrer en possession de ce cliché ? Puis la lettre, que Soler relit plusieurs fois complètement incrédule, signée d’un certain Novembre Mestre qui conteste le destin d’Oriol tel qu’il est reconstitué dans son dernier livre, une lettre qui lui apprend qu’il aurait survécu…

Jordi Soler décide de mener l’enquête, de mettre un peu d’ordre dans la généalogie de sa famille. Il se rend à Lamanère, village ou demeure Novembre Mestre, ancien chevrier, véritable géant qui aurait sauvé Oriol d’une mort certaine en le ramenant dans sa cabane au sommet des Pyrénées, cette même cabane où Oriol aurait été amputé d’une jambe et aurait vécu toutes ces années. Et si c’était Novembre Mestre le véritable héros, errant dans la montagne à la recherche de républicains perdus ? Novembre raconte, Soler écoute et reconstitue peu à peu ce que fut la vie de ceux que la communauté surnommait à l’époque « la bête et le petit soldat », un duo atypique qui ne passait pas inaperçu dans les rues du village. Lentement, patiemment, Jordi Soler remonte le temps, complète le puzzle, ajoute des éléments à l’image de son grand-oncle qu’il est en train de reconstruire, et ce qu’il découvre finit par le remplir de tristesse, de rage et de honte… La légende s’effrite, le mythe s’effondre…

Sacré roman que voilà, mais est-ce vraiment à proprement parler un roman ? On oscille sans s’en rendre compte entre la réalité et la fiction en suivant Jordi Soler sur les traces de celui que toute sa famille avait érigé en héros. L’enquête est fascinante, le personnage d’Oriol se dessine peu à peu, scélérat, traître, assassin, un monstre en somme… L’histoire qui se révèle est cruelle, peuplée de personnages fantastiques tout droit sortis d’un conte sombre et noir où règne la sauvagerie, où sont mis à nu les côtés les plus vils de l’âme humaine. On ne peut qu’être étourdi par un tel récit, le style de l’auteur est riche, les phrases interminables, les métaphores subtiles. On est à bout de souffle. Un roman inclassable, épopée sauvage au cœur de la « bête », au symbolisme fort, qui m’a captivé de bout en bout.

Chronique réalisée par Noukette

Quatrième de couverture :

Par l’un des plus grands auteurs espagnols actuels, un jeu de piste virtuose entre réalité et fiction pour une enquête familiale échevelée. Peuplé de personnages extraordinaires, tour à tour héroïques ou effrayants de sauvagerie, un conte magnifique de noirceur autour des thèmes récurrents de Soler : l’exil, la mémoire, la culpabilité, le poids de l’histoire familiale.

Lors d’une conférence, Jordi Soler rencontre une femme étrange qui lui remet une photo et une lettre.
Sur la photo, trois soldats républicains parmi lesquels Arcadi, le grand-père du narrateur, et Oriol, son frère.
Dans la lettre, une incroyable révélation. Oriol, qu’Arcadi avait dû abandonner blessé en 1939, et que tout le monde croyait mort ou reconverti en pianiste quelque part en Amérique latine, Oriol aurait vécu le reste de sa vie, là, près d’Argelès-sur Mer.

Bouleversé, Jordi Soler va découvrir la face cachée de celui que la légende familiale avait érigé en héros…



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