Le show de la vie de Li Chi

Le show de la vie Li ChiLe show de la vie de Li Chi aux éditions Actes sud

« Dans la rue du Bon-Augure, au cœur de la grande ville de Wuhan, l’animation bat son plein toute la nuit : autour des gargotes installées en plein air se pressent petits vendeurs et artistes de rue. Célébrité y tient chaque soir son étal de cous de canard. Originaire de ce quartier populaire, elle ne l’a jamais renié, contrairement à sa sœur qui rêve d’une brillante carrière dans les médias. Fidèle à ses origines, mais dotée d’une intelligence qui lui a permis de sortir du lot, Célébrité est le pilier de la famille : elle porte à bout de bras son jeune frère drogué et se dépense sans compter pour assurer l’avenir de son unique neveu, négligé par une mère frivole. »

Neuvième roman de Chi Li a être traduit en français et formidable succès en Chine, Le show de la vie ouvre une porte vers la Chine des petites gens, la vie et les soucis quotidiens dans un quartier populaire où les gens se connaissent, se guettent et vivent avec plus ou moins de facilité et d’agitation ensemble. Mais attention, pas de politique, pas de démonstration, ce n’est pas le propos. Ce qu’offre Chi Li avec ce roman, c’est avant tout le portrait d’une femme forte, débrouillarde et pragmatique, souvent drôle, en tout cas décidée. Célébrité trace son chemin à sa manière quoi qu’en pense son entourage, quitte à se transformer en mégère pas tout à fait apprivoisé, à ruser, voire à tromper. Pour elle, la fin justifie les moyens puisqu’il s’agit après tout de continuer à assurer la subsistance de sa famille même si ceux-ci ne sont guère conscients de ce qu’elle fait pour eux, et de mener sa propre barque professionnelle et amoureuse avec plus ou moins de bonheur face à des hommes qui ne sont guère mieux que des boulets. A travers ce personnage, c’est le portrait d’une Chine méconnue que dresse Chi Li: partagée entre traditions et conventions sociales toujours vivaces, communisme et ouverture au libéralisme. C’est un joli texte, dont le style est au départ un peu déstabilisant, à cause d’une certaine concision qui confine par moment à la froideur mais qui déborde de chaleur et d’amour, expose sans jamais juger ou sombrer dans le misérabilisme une réalité parfois, voire souvent difficile. On sourit, on rit, on s’attriste aux déconvenues de Célébrité dont on ne peut qu’admirer la capacité à affronter la vie et à sortir la tête haute de ses combats et ses échecs, on adore détester Premier le frère aîné et son horrible femme, l’envie prend de donner une bonne paire de claques à Jade, la petite soeur arrogante… Et on s’étonne parfois des réactions de leur soeur, marquée par des règles sociales éloignée de ce que l’Occident peut connaître.

Souvent drôle, débordant de petits aphorismes et de proverbes, Le show de la vie égrène une petite musique douce-amère qui permet de découvrir sous un autre jour la Chine. Indéniablement à découvrir.

Chronique réalisée par Chiffonnette

Quatrième de couverture :

Née en 1957, Chi Li a exercé la médecine pendant plusieurs années avant de se consacrer à l’écriture. Elle est considérée comme l’auteur le plus représentatif du courant néoréaliste chinois. Son œuvre est publiée en France par Actes Sud.

« La rue du Bon-Augure était à présent entièrement occupée par les étals du marché de nuit. A part amasser chaque nuit des poignées de billets tout graisseux, on n’avait pas d’autre plaisir que d’échanger des commérages et de colporter des légendes. Pour ces petites rues qui somnolaient dans les replis d’un quartier vivant et prospère, les commérages et les légendes colportées tenaient lieu d’histoire. Les propos transmis de bouche à oreille par les habitants, c’était leur musée. Et dans le musée oral de la rue du Bon-Augure, l’histoire de la famille Lai était une des plus anciennes. » Car si ce genre de petite rue n’offre pas beaucoup d’avenir, il produit, en revanche, des gens d’une vitalité exceptionnelle. Célébrité en est un exemple, qui fut la première à exercer une activité commerciale sur la voie publique sans autorisation officielle, surfant sur la politique de réforme et d’ouverture prônée par Deng Xiaoping. Ses affaires, d’ailleurs, sont toujours florissantes : bien qu’elle ne vende que des cous de canard, son étal est toujours disposé au beau milieu de la rue et personne n’ose lui faire concurrence. Femme forte, elle est le pilier de sa famille, portant à bout de bras ses deux frères, le drogué et le parasite, et déversant toute son affection sur son unique neveu. A travers la figure de son héroïne et les détails infimes de sa vie quotidienne, Chi Li donne la parole au petit peuple de la ville de Wuhan, les règles du jeu social et la métamorphose à grande vitesse de la Chine populaire.

Chronique réalisée par



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