Un immense asile de fous, récits d'un village anglais de Louis De Bernières

Un immense asile de fous, récits d'un village anglais Louis De BernièresUn immense asile de fous, récits d’un village anglais de Louis De Bernières aux éditions Mercure de France

Il était une fois un charmant village anglais, nommé Notwithstanding, destination exotique s’il en est, avec Mrs Mac qui se promène en tenant son défunt mari par le bras, son excentrique qui tire les écureuils, son quatuor à vent, son héroïque pêcheur, son église sur la colline, ses nonnes folles du volant… Tout un petit monde d’avant les résidences secondaires, qui se déploie dans les teintes passées d’un monde disparu dont les échos résonnent dans la mémoire de ceux qui l’ont connu.

Louis de Bernières est de ceux-là, et d’une certaine manière, ce sont ses souvenirs d’enfance qu’il raconte, le village où il a grandit auquel il redonne vie, petit univers où tout se sait, mais où, déjà, les gens ne se connaissent plus vraiment, où le seul paysan restant est mis à l’écart de la communauté: trop sale, trop rustre, trop… paysan. On est entre le chromo nostalgique et une réalité aux dessous parfois moins reluisants qu’on aperçoit de loin en loin, au gré de ces petites histoires qui se recoupent et qui prennent, chacune pour héros, ou héroïne un des habitants. On découvre ainsi la fameuse Mrs Mac, mais aussi le général à la retraite qui perd la mémoire, deux militaires à l’esprit de bouton, quelques chiens, chats et autres animaux de compagnie au caractère bien trempé, des musiciens fous,etc. On sourit souvent, on rit, et on a par moment la larme à l’oeil, coeur serré ou attendrit par ces drôle de paroissiens. Ce n’est certes pas toujours d’une folle originalité, mais même si certaines histoires sont un peu faibles, le tout est confortable, agréable à lire et permet de passer un moment de lecture qui, accompagné d’une tasse de thé et d’un chat ronronnant peut s’avérer des plus plaisant. Sans chat ronronnant aussi remarquez.

Chronique réalisée par Chiffonnette

Quatrième de couverture :

Louis de Bernières vit aujourd’hui dans un village anglais. Il est l’auteur de sept romans dont La mandoline du capitaine Corelli, Des oiseaux sans ailes et La fille du partisan, publiés au Mercure de France.

Louis de Bernières a passé son enfance dans un petit village du sud du Surrey. « Les villages de ce pays ont été progressivement transformés par la mécanisation des cultures, la désindustrialisation rurale, le train, la bicyclette et la voiture. Dans le nôtre nous n’avons plus eu seulement que quelques familles qui se mariaient entre elles depuis des générations. Les jeunes ont grandi et sont partis, comme je l’ai fait, et d’autres familles sont arrivées, surtout parce que le village était sur la ligne Portsmouth-Londres. » Dans les histoires qui composent ce volume, il rend hommage aux personnages originaux dont il se souvient. Il y parvient sans peine, alliant à un sens aigu de l’observation une imagination digne de ces créatures : la fiction l’emporte sur la vérité. Fraîcheur, fluidité prosodique, simplicité ainsi que bonheurs d’expression font de ces quelque trois cent trente pages un petit chef-d’œuvre où toute la réflexion de l’auteur sur la société anglaise apparaît en filigrane : « Nous avons une conception très souple de la normalité. Sous certains aspects nous sommes rigides et formels, mais nous croyons au droit à l’excentricité, à condition que les excentricités soient de taille. Nous ne sommes pas très tolérants envers les petites. Malheur à vous si vous tenez mal votre couteau, mais bonne chance si vous portez un pagne autour des reins et si vous vivez dans un arbre. » L’art virtuose de Louis de Bernières atteint ici des sommets, au point que ce récit tragique et burlesque est appelé à devenir un classique de la prose romanesque moderne.



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