Dos à dos de Sophie Bassignac

Dos à dos Sophie BassignacDos à dos de Sophie Bassignac aux éditions JC Lattes

Saint-Tropez, à la fin de l’été. Un couple, la cinquantaine, trompe son ennui comme il peut. Lui est écrivain. Elle s’occupe du foyer, et sort un livre de cuisine lorsqu’il faut renflouer les caisses du ménage. Pamela, une vieille amie américaine veuve et alcoolique, séjourne chez eux. Sur la maison pèse, une fois de plus, l’absence d’Arnaud, le fils unique. Lorsqu’il débarque enfin, il se montre taciturne et distant. A peine si l’on sait qu’il a laissé sa petite amie japonaise, Fumiko, dans leur appartement parisien. Un soir, Gabriel, le père d’Arnaud, le suit discrètement dans une de ses virées nocturnes. Il découvre alors que son fils n’est autre qu’un vulgaire cambrioleur, qu’il a ligoté une jeune Anglaise avant de lui dérober ses bijoux. Gabriel délivre la femme, qui porte l’étrange prénom de Guinevere et quelques jours plus tard, finit par entamer une liaison avec elle.

Dans ce roman, pas un personnage n’est épargné. Le père décide d’arrêter d’écrire, la mère hésite entre hystérie et neurasthénie, le fils cherche l’adrénaline dans des vols médiocres, la veuve se soûle, les détectives chargés de suivre Arnaud à la demande de son père sont minables. La communication et les témoignages d’amour ne sont pas les points forts de cette famille, loin s’en faut.

L’ambiance qui en découle est mélancolique, parfois pesante. Le récit foisonne de détails sans qu’il y ait forcément beaucoup d’action, il se concentre davantage sur les tourments des protagonistes. La mince intrigue policière est noyée dans la masse.

Quant au style, il est dense. On sent que Sophie Bassignac aime les mots, que chaque phrase est soupesée, agrémentée d’adjectifs, de compléments circonstanciels et autres gourmandises grammaticales.

“Gabriel prit la mesure de la situation dans la lumière glauque du plafonnier qui leur dessinait des bleus injustes sous les yeux. Trois insectes étaient alignés sur le ruban colle-mouches jaunasse qui pendant de l’abat-jour. Il annonça son départ, marcha seul et sonné jusqu’à la porte de la cuisine. Guinevere ne se retourna pas. Il se dit en humant l’air chaud de la nuit que cette femme-là était de celles qu’il devait absolument fuir, une égérie, un cas d’école, un vrai problème d’homme.” (extrait p. 35)

Hélas, l’abondance de précisions nuit à la fluidité du récit. Ainsi, en parlant d’une jeune fille d’Europe de l’Est qui accueille Arnaud chez un receleur russe :

“La girafe ukrainienne planta sur lui son regard d’épingle et un très léger sourire emmiella son masque mortuaire.” (extrait p. 132)

J’ai l’impression de m’être un peu engluée dans cette histoire et j’ai tourné la dernière page sans émotion – alors que la chute est loin du conte de fée – et même, à vrai dire, avec soulagement.

Chronique réalisée par Tamara

Quatrième de couverture :

Fin août, une nuit du côté de Saint-Tropez. Dans la Villa des Roses, tout le monde dort lorsqu’Arnaud, visage d’ange mais cœur sombre, débarque sans prévenir chez ses parents qu’il n’a pas vus depuis longtemps. Ses bonnes résolutions, il les a déjà oubliées.
Le lendemain, Gabriel, romancier quinquagénaire qui n’écrit plus, lit un message destiné à son fils. Un message qui lui fait l’effet d’un coup de couteau. Arnaud est recherché par la police.
Aussitôt, dans un tourbillon de rage, d’accablement et d’angoisse, l’homme de lettres se lance à sa poursuite. Tourmenté par ses états d’âme d’écrivain mais aussi et surtout par sa femme italienne, Ester, toujours en guerre dès qu’il s’agit de sauver son fils, Gabriel devra redécouvrir cet enfant qu’il pensait connaître. Comment les êtres qui nous sont le plus proches deviennent parfois des étrangers ?
Autour de cette famille décomposée où les tensions s’amoncèlent, gravitent des personnages qui participent, impuissants, à la catastrophe annoncée. Pamela, l’amie de toujours de la famille, veuve, alcoolique et infatigable poseuse de questions ; Fumiko la Japonaise, poétique amie d’Arnaud qui dessine les gens dans le métro ; Jean-Mi Causse, le détective-écrivain de science-fiction, ou encore la troublante et fragile Guinevere, photographe débutante perchée sur ses talons échasses.
Tragi-comédie du désir et des liens filiaux, voici un roman au style réjouissant et effréné, qui sonde les thèmes de la création artistique, de la culpabilité et de la part d’ombre qui nous habite tous.



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