Les pensées sauvages de Marc Durin-Valois

Les pensées sauvages Marc Durin-ValoisLes pensées sauvages de Marc Durin-Valois aux éditions Plon

Pour des raisons trop longues à expliquer ici, j’ai lu presque tout Durin Valois, notamment ces romans africains (chamelle, l’empire des solitudes et noir prophète). Durin Valois avait signé dans son dernier roman, noir prophète, un très beau passage qui m’a marqué profondément : l’errance en voiture d’un de ses personnages dans une banlieue pavillonnaire allemande. C’était ça qu’il fallait qu’il travaille, mais l’Afrique, qui a joué un rôle dans sa vie, semblait lui tenir plus à coeur.

Et puis paraissent ces pensées sauvages, soit un drôle de roman qui ne ressemble pas vraiment à ce que faisait durin vallois jusqu’ici, si ce n’est son goût pour les univers ensoleillés, où tout est au bord de la liquéfaction. Soit antonin, un jeune homme qui vient de rater l’entrée à normale sup pour la deuxième année, qui vend l’appartement parisien que ses parents lui ont payé pour étudier et part à bord d’une décapotable s’installer dans une maison de famille aussi délabré qu’il l’est, avec pour unique bagage des liasses de billet et quelques hectogrammes de poudre blanche.

La rencontre de ce jeune homme et du village sera l’histoire de ce roman où la force de la jeunesse encore indomptée s’oppose aux braves gens qui n’aiment pas que. Antonin sympathisera très vite avec Bernadette, une jeune adolescente aussi laide que lucide, puis avec les habitants d’une maison, qui réunit autour d’un patriarche (ex psy) une brochette de femmes de tous âges qui tournent autour d’Antonin. A moins que ce ne soit lui.

Sur une trame aussi peu réaliste, Durin vallois réussit en moins de dix pages à imposer son sujet. Très vite le lecteur est pris par la narration, au delà des possibles invraisemblances. Car qu’importe qu’il faille un peu plus de temps que ce que cela prend au héros pour vendre son appartement. Ce qui est vrai et bien rendu par le roman c’est l’état d’esprit de ses personnages. A aucun moment, on ne doute de la réalité de leurs sensations, de leurs ressentis. Cet adolescent en crise, qui n’arrive pas à rentrer dans le monde.

Les fleurs sauvages est un roman d’apprentissage où l’apprentissage est le sujet du suspense. Que vient chercher Antonin ? Que trouvera-t-il ? Qui est-il ? Ce sont ces questions mouvantes qui constituent la trame du roman, une trame qui évolue donc à mesure que le récit progresse.

Les pensées sauvages emprunte donc une narration chronologique. Autre mérite du roman : son style. Quand tant d’auteurs écrivent dans un style oral pour faire jeune, Durin Vallois donne à son jeune héros un style classique autrement plus convaincant. A l’oralité à outrance prisé des auteurs qui veulent faire jeune, il donne à son héros quelques subjonctifs de l’imparfait qui ne jurent pas. Car la jeunesse n’est pas une question de « tu vois ? » et autres « j’veux dire » mais une question d’urgence paradoxale à vivre, alors qu’on a tout le temps devant soi, en somme « de vivre dans une liberté absolue qui ressemblait à la mort. »

Chronique réalisée par Christophe Bys

Quatrième de couverture :

Quand Antonin débarque à V*** au volant de sa décapotable défraîchie, personne ne sait ce que ce jeune Parisien de 19 ans est venu chercher dans ce village ariégeois où vécut autrefois sa grand mère.Pas même lui.
Gorgé de drogues et de rêves, harcelé par une gamine d’une rare laideur qui s’est entichée de lui, le garçon engage un jeu provocateur et sexuel de plus en plus dangereux avec les habitants du lieu. Nouant avec la mère, la fille et la cousine d’une même famille des passions destructrices, il tisse avec Hugo, le patriarche, une relation étrange faite de leçons énigmatiques.
Ce qui ne devait être qu’un passage rituel au monde adulte se transforme en une épreuve poétique et féroce dans laquelle, sans qu’il s’en doute, se glisse peu à peu un enjeu majeur : celui de sa propre survie.

Journaliste, Marc Durin-Valois est l’auteur de plusieurs romans salués par le public et les critiques. Il a notamment publié Noir Prophète (2006), L’Empire des solitudes (2003) et Chamelle (2002). L’auteur a reçu une dizaine de prix littéraires dont le Prix des cinq continents de la Francophonie et le prix National Culture et Bibliothèques.



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