Maria de Pierre Pelot

Maria Pierre PelotMaria de Pierre Pelot aux éditions Héloïse d’Ormesson

Notre présent se nourrit de notre passé, sur lequel il est bâti. Si cette phrase semble d’une banalité affligeante, elle n’en est pas moins le creuset fondamental de ce roman. Deux périodes s’y croisent.

D’un côté, on a l’histoire de la jeune institutrice, Maria. Un matin, elle est emmenée suite à une lettre de dénonciation. Son mari serait un collabo et elle est soupçonnée d’être complice. Elle sera battue, torturée et violée. Son mari, lui est sommairement exécuté. De retour au village, sa vie ne pourra plus être la même. Tout le monde la montre du doigt et son petit commerce l’aide à peine à subsister. Et puis, son ventre s’arrondit. Elle va devoir mettre au monde l’enfant de la souillure. Enfant, qui finira par fuir loin de tout ça.

En parallèle, on retrouve Maria soixante ans plus tard. La vieille dame raconte l’Histoire de sa région à la radio et on peut dire qu’elle est une petite célébrité dans son coin. Résidente de la petite maison de retraite dans laquelle elle avait travaillé, comment a-t-elle reconstruit sa vie ? Et pourquoi ce jeune homme traverse-t-il le pays pour lui parler ?

Un très court roman, assez singulier puisqu’il mêle voix et époques. Si les récits historiques m’ont un peu moins emballée, j’ai été fortement remuée par la trame romancée. Cette femme a vraiment connu l’horreur, d’autant plus qu’elle n’était coupable de rien. En temps de guerre, les monstres sont partout et c’est un peu ce que nous montre ce roman. Les hommes se prétendant du bon côté ont pourtant commis l’impardonnable sous couvert d’une bonne cause. Mais nul n’est dupe.

Tout le roman se construit pas à pas vers une révélation finale qui peut laisser sans voix. Tout le monde porte en lui des secrets peu glorieux.

Chronique réalisée par Stephie

Quatrième de couverture :

Les Vosges sous l’occupation nazie. Maria est institutrice. D’une beauté saisissante, elle coule des jours insouciants avec son mari, Jean, patron du bistrot du coin. Lorsque les maquisards viennent la chercher à l’école devant ses élèves, ils promettent de la ramener bientôt, que tout ira bien.

Commence alors le calvaire de Maria. Un calvaire qui durera toute sa vie. Car voilà : Jean est un traître, un collabo, et beaucoup sont morts par sa faute. Pour l’avoir aimé, Maria sera battue, torturée puis violée, avec à jamais gravé en elle la disgrâce et la cruauté de ceux que la France élèvera bientôt au rang de héros. Elle n’en parlera à personne.

Cinquante ans plus tard, un jeune homme arrive dans cette vallée par une nuit neigeuse. Il vient rendre visite à l’une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d’une conteuse sur les ondes d’une radio locale l’accompagne dans son périple nocturne. Pour ses auditeurs, elle évoque l’histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle. Les fantômes du passé planent sur son récit.

Avec Maria, Pierre Pelot revient à sa géographie intime, honorant, dans cette langue percutante et sensible, la mémoire d’une région aussi écorchée que son personnage. Alors que la neige fond et devient boue, visages des résistants et des nazis se confondent. Un roman entre drame intimiste et thriller historique, aux paysages blancs issus d’Un roi sans divertissement de Jean Giono.



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