Retrait de marché de Clément Caliari

Retrait de marché Clément CaliariRetrait de marché de Clément Caliari aux éditions Gallimard

Quand la fiction rejoint la réalité. Paru début janvier, ce retrait de marché résonne bizarrement avec l’actualité récente, mais bon je ne demande pas à la fiction d’être une sorte d’horoscope du réel, prédisant ce qui va arriver, y’a des journaux pour ça.

Revenons donc au texte, soit les aventures de Louis Lémure, chercheur médiocre qui par le plus grand des hasards découvre un antibiotique miracle. Plus exactement il croît découvrir une molécule miracle.. surtout pour les profits de son entreprise et la suite de sa carrière. Dans la France des années 50, lémure rêve de gloire comme celle de son idole le général de Gaulle, mis en réserve par une quatrième République qui se passe très bien de lui. Le médicament s’appellera le Résiston il sera distribué et imposé de manière agressive puis retiré du marché. Déjà à l’époque, pour gagner plus, il fallait aller plus vite, quitte à prendre des libertés avec les essais cliniques, ce qui coûte ici la vie à des malades. S’en suit une fuite du héros vers l’Algérie où il tente vainement de devenir un autre, bientôt rattrappé par le père d’une de ses victimes. Le roman se termine par la narration du procès de Lémure et de sa captivité, tandis que sa famille se désagrège.

Pour un premier roman, ce retrait de marché est plutôt pas mal, avec une bonne dose d’humour, notamment dans la description de la vie de Lémure et de sa famille. La reconstitution est plutôt réussie. Ce qui l’est moins, c’est la passion du personnage principal pour l’alcool et les sortes de délire qu’elle provoque, mais passons ce n’est qu’une partie du roman.

En y réflechissant au moment d’écrire, je réalise surtout que c’est un roman dont chacune des parties fonctionne très bien. La découverte par hasard de la molécule, sa mise sur le marché triomphal, l’igorance des mises en garde, la découverte de l’erreur, la fuite en Algérie, le procès et la prison.

Pourtant, l’ensemble m’a laissé sur ma faim, je ne saurai dire pourquoi. Peut être parce que les personnages restent des esquisses, d’ailleurs intéressante – le scientifique raté, son épouse bourgeoise, sa grande fille célibataire, le cgtiste hongrois – qu’ils manquent d’épaisseur à part peut-être Louis lémure. Si le personnage du scientifique raté est intéressant dans sa quête de gloire – il veut la molécule comme le premier candidat venu de la Star Academy cherche à faire un tube, il reste aussi assez plat. Pour un roman qui se passe dans les années entre 1955 et 1958, dont le héros est admirateur de De Gaulle, on ignore son passé pendant la seconde guerre mondiale, pas plus qu’on a la moindre idée de sa propre famille.

Les personnages deviennent dès lors des sortes de pièces d’une mécanique qui tourne très bien, mais qui manque d’épaisseur humaine. Mais peut-être était ce le projet de l’auteur, montrer un monde déshumanisé, un monde désenchanté où la guerre étant finie, les grands combats deviennent vains n’ayant pour seul enjeu une gloire narcissique ou le profit immédiat…

Après tout un roman qui soulève de tels interrogations est forcément bon. Bonne lecture

Chronique réalisée par Christophe Bys

Quatrième de couverture :

France, années cinquante. Louis Lémure est ingénieur dans l’industrie pharmaceutique. À l’image du général de Gaulle, son obsession, il se voit comme un sauveur. La chance veut qu’il mette au point un antibiotique fabuleux, une panacée presque universelle. Hélas, le médicament miracle, produit à très grande échelle et prescrit par les médecins aux quatre coins du pays, a des effets secondaires catastrophiques : près de deux cents morts, des malformations en pagaille, des rescapés grièvement atteints qui s’associent pour comprendre les raisons du désastre. Lémure doit fuir en Algérie. En France, la justice l’attend de pied ferme.

Clément Caliari donne sur un sujet inattendu une satire au style corrosif qui nous entraîne au centre d’un kaléidoscope dont nous sommes les heureux spectateurs : une préfiguration romanesque et documentée des grands scandales qui touchent les entreprises d’aujourd’hui.

Clément Caliari a 28 ans. Il vit à Paris

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