Judith nothing de Guyette Lyr

Judith nothing de Guyette Lyr

Judith nothing Guyette LyrJudith nothing de Guyette Lyr aux éditions Actes sud

Avec ta mère, Judith, lui dit Zoé, ancienne bonne chez ses grands-parents maternels, ton père a visé plus haut que son cul et toi, t’es le résultat de la méprise.

Judith est une fille paumée. Ecartelée entre deux mondes que tout sépare, elle erre, telle une funambule, entre la rue, le parloir et le monde des nantis. N’appartenant pas vraiment à un monde en particulier, elle rêve d’une autre vie. Pour son père en prison qui la voit mariée et installée. Lui aussi s’est un jour oublié. Lui non plus n’a pas supporté la disparition de sa femme.

Judith est une « nothing », une sans nom. Mais elle possède une âme.

Une belle âme qui voudrait que son père retrouve le peu d’humanité qu’il peut avoir en prison. Les passages au parloir sont remplis d’émotion tout en retenue. Le père et la fille s’aiment, mais ce sont deux petits écureuils apeurés. On ne dit pas qu’on s’aime. Mais on le ressent.

Et puis il y a aussi les passages dans la rue. Nullement feints, ce sont des passages qui vibrent d’un réalisme assez impressionnant.

Le roman de Guyette Lyr traite de la société, de ces personnes qui n’intéressent pas grand monde. Elle les dissèque, mais ne tombe jamais dans le misérabilisme ou dans la guimauve. Le ton sonne juste, on tourne les pages, charmé par cette Judith funambule.

Et puis, il y a cette langue argotique pleine d’images, d’humour et de simplicité. La gouaille du peuple parisien. Mais là encore, tout en finesse, rien de lourd à digérer.

Judith erre donc, elle prend ce qu’on lui donne, même si elle sait que ce ne sera que temporaire : Moi, je ne suis Judith qu’en intermezzo, le reste du temps, je m’espère. Comme ceux qui parmi nous ne s’offrent plus le cinéma, je vais dans d’autres existences que la mienne et, à défaut de posséder le meilleur, j’accepte qu’on me le prête.

Alors on suit ses vagabondages, ses squats. Ficelle, Yorane, Faustin : des figures marginales dont le lecteur connaîtra les combines ou autres ruses pour subsister.

Aussi quand Judith commence un travail dans l’univers des nantis, celui de ses tantes, ces hommes ont du mal à ne pas y voir une petite trahison de sa part … C’est là-bas qu’elle rencontrera Rod Visman un peintre étrange que ses tantes adorent.

Une belle peinture, une esquisse au fusain de notre société, portée par un style tout en finesse.

Chronique réalisée par Leiloona

Quatrième de couverture :

Par sa mère, Judith appartient au monde des nantis. Par son père, à celui des paumés. Son pays est celui de l’entre-deux où se côtoient et se mêlent le langage et les codes de comportements de ces deux mondes. C’est en allant et venant entre ceux qui tiennent une place et les autres, en découvrant la face d’ombre d’un héros de son passé, que cette « intermittente du sujet » rendra justice tant à son père qu’à ses compagnons du présent, les hôtes de la vie précaire.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin