La maison Matchaïev  de Stanislas Wails

La maison Matchaïev de Stanislas Wails

Mettre en exergue de son premier roman une citation de Bachelard sur la nature du réel, voilà qui  présage une narration traitant du ténu signifié , de la variable interprétation de la réalité, et du secret ontologique de l’être humain.  Mais « Le réel n’est jamais ce que l’on pourrait croire mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. » laisse aussi penser que l’imagination du romancier peut atteindre ce réel, le concrétiser avant qu’il ne s’échappe.  Parler d’un réel générationnel et pourtant intemporel, c’est le défi que semble s’être lancé Stanislas Wails avec son premier roman La Maison Matchaïev. Le titre nous rappelle les sagas historiques autant que les pièces de Tchekov ou les affres des familles vues par Dostoïevsky : à ce titre fort juste, il n’aurait manqué que l’adverbe Aujourd’hui.

Car c’est aujourd’hui que nous suivons le périple des trois enfants Matchaïev, Pierre, Anne et Joshua, faisant le deuil récent de leur père Sergueï  .  Chacun d’eux est porteur du passé du monde, du passif familial, héritiers d’une maison de famille empoisonnant de secrets leur vie conditionnée par l’éduction paternelle qui a appris à chacun à comprendre l’histoire selon un monument russe :Trotsky, Dostoïevsky ou Tchekov,. Chacun d’eux s’est construit sa propre histoire dans l’histoire de la famille autant que dans l’Histoire.  Stanislas Wails les rend vibrillonants et incarnés au début de la narration ménageant au lecteur la découverte de chacun des personnages et de leur relation tel un scenario d’Inaritu. Mais c’est à Alain Resnais avec qui l’auteur à travaillé que l’on pense dans la première partie tant le petit rien qui fait  le presque tout de chacun est présent dans cette chorale de personnages.  Stanislas Wails réussit à faire travailler le lecteur à la construction des relations des personnages, sans le tromper pour  le perdre. Il nous attache avec des liens bien d’aujourd’hui , un langage actuel, des préoccupations d’adultes naissants, des questions d’identités et de construction que le flou intellectuel et politique de notre pays rend essentielles.

Au fond, c’est à cette éternité qui fait que malgré la mondialisation galopante, nous savons toujours ce qu’est l’âme slave que se réfère Stanislas Wails et ses personnages. Ils sont nostalgiques et fougueux, Piotr, Anne et Joshua, ils sont révoltés ou dans le rang, fantasques et rêveurs. Ils sont   russes en tout et français trentenaires  jusqu’au bout. Jusqu’à la rédemption, la clôture de l’Histoire par accident. Mais il y a des accidents heureux et volontaires. De ces petits riens qui font presque tout, de ces choses que l’on transmet malgré soi et qui forge le destin de chacun et au-delà. Car c’est bien de cela que Stanislas Wails nous parle : de ce que l’on laisse malgré soi derrière. Lui, laisse un premier roman plein de lumière triste et d’ombres aimantes, de joie obligatoire et de tristesse en péripétie.

 

Chronique rédigée par Abeline

 

La maison Matchaiev, Stanislas Wails, Serge Safran éditeur, 17€, premier roman, ISBN 979 10 90175 01 3

 

Quatrième de couverture :

À la mort de Sergueï Matchaiev, ses trois enfants, Pierre, Anne et Joshua, héritent de la maison paternelle en Bourgogne, dernier témoin d’une histoire familiale mouvementée, à l’image des romans russes que Sergueï leur lisait dans leur enfance. Ils ont entre vingt et trente ans. Ils vivent à Paris. Faut-il garder cette « maison d’un pendu » ou la vendre ? Que faire de ces souvenirs à la fois très doux et trop lourds ?

Les enfants Matchaiev sont marqués par le poids de la honte, insidieusement mêlé à celui de la différence culturelle et sociale. Un héritage complexe lié à la langue, aux traditions, aux cicatrices de l’Histoire. Un héritage encombrant qui entraîne de leur part révolte et revendications.

Paradoxalement, c’est par une approche ludique, pleine de vivacité, d’humour et de tendresse, en prise directe avec les affres et les joies d’une jeune génération en quête d’identité, que Stanislas Wails, à la manière du Vereker d’Henry James, ou du Grifalconi de Georges Perec, tisse une trame romanesque réaliste et imaginative, incitant à la réflexion et à la rêverie.

 

Présentation de l’auteur :

 

Stanislas Wails est né à Paris en 1973. Après des études de Lettres, il apprend l’arabe et part deux ans à l’ombre des pyramides  égyptiennes. De retour en France, il gravit les marches du 7e art, d’accessoiriste à scénariste, de conseiller musical à régisseur… Et il travaille comme assistant-réalisateur sur les films de Tsaï Ming-liang ou Alain Resnais.

 

La maison Matchaiev est son premier roman.

 

En savoir plus :


Stanislas Wails – La maison Matchaiev par Librairie_Mollat



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