Des vies d’oiseaux de Véronique Ovaldé

Des vies d’oiseaux de Véronique Ovaldé

« Mon Dieu, il me semble être bien vivante dans ma tombe ». Elle est vivante, Vida, ou plutôt elle tente de l’être, dans sa grande maison de Villanueva. Une grande maison que, au retour de vacances, elle et son mari Gustavo ne retrouvent pas cambriolée mais presque. Il n’y manque rien, mais on y et venu. On y est venu, on y a vécu, on en est parti. L’inspecteur Taibo va enquêter sur ses squatteurs qui occupent les riches maisons quand elles sont vides. Et partent sans rien emporter.

Ce n’est pas un polar, évidemment, même si l’intrigue repose sur cette enquête menée par Taibo. Ce n’est pas un polar car on devinera rapidement qui sont ces squatteurs. Pas un polar, non, mais bien encore une fois un roman très ovaldien, où les mots et les phrases forment des bulles de couleurs qui éclatent sur la page et forment un tableau coloré et onctueux. Coloré comme cette Amérique du Sud où se situe l’intrigue (Amérique du Sud où se situait déjà, approximativement, Ce que je sais de Vera Candida), onctueux comme l’atmosphère éthérée et mélancolique qui nimbe l’histoire et vient lentement envelopper le lecteur.

L’intrigue, pourtant, est aussi légère qu’un souffle : une femme, Vida, s’ennuie dans sa maison avec son mari riche. Ce n’est pas qu’elle ne l’aime plus, mais elle est mélancolique. Gustavo est riche et Vida vient d’Irigoy, une ville pauvre du centre du pays. Leur fille Paloma est partie, elle a fui avec son amant Adolfo et Vida ne l’a plus vue depuis longtemps. L’inspecteur Taibo, que sa femme a quitté, va tomber amoureux de Vida. Voilà. Rien de plus, on pourrait regretter l’absence de fond du roman, ou plutôt l’absence d’intrigue plus travaillée, plus élaborée, plus palpitante. Oui, peut être, et j’avoue l’avoir pensé au milieu du roman. Mais peu importe cette légèreté de l’histoire, elle est comblée, oui, comblée, par le style ovaldien que, pour ma part, je continue à aimer. Il y a des mots qui flottent dans l’espace, y ondoient, y scintillent, s’arrêtent un instant pour mieux repartir et voguer au fil des images qu’ils suscitent.

« Quand elle l’interroge, il lui fait une réponse bizarre, il lui dit que ce qu’il veut, c’est rester auprès d’elle parce qu’elle est comme un ensemble de molécules dans un vent stellaire et qu’il a peur qu’elle ne s’éparpille dans l’espace. »

Au delà de l’intrigue et de sa légèreté il y a les mots donc, et les images qu’ils suscitent. Des images où se dessinent les personnages, chacun avec leurs forces et leurs faiblesses. Ici c’est de mélancolie et de regrets qu’il s’agit. Pour combattre cette mélancolie les personnages partent, s’envolent, vers de nouveau horizons parce que pour vivre il faut partir. Pour aimer il faut partir ; à son tour prendre son envol. Quitter le nid.  C’est ce que raconte Véronique Ovaldé, avec sa plume, sa grâce, et son talent de conteuse. Même si Des vies d’oiseaux manque -  un peu -  de contenu, il n’en reste pas moins un joli conte où les mots ont la part belle et les images continuent de flotter bien après la dernière page tournée.

« Taibo sentait les cascades et les marécages, la mangrove et la roche rouge du désert, il sentait la selle des chevaux, il sentait Liberty Valance et la tristesse chilienne, il sentait les pays que l’on quitte et le cuir patiné….cet homme avait la possibilité d’être tout près de vous et très loin à la fois, c’était une sorte de qualité mélancolique, de qualité tragique, son absence était palpable et douce, Vida aurait pu embrasser l’absence de cet homme…cette avidité, cette maladresse ont fait place à l’étonnement de découvrir leur intimité dévoilée, ces gestes qu’on ne devinait pas, ces caresses amorcées qu’on ne soupçonnait pas chez l’autre, et il s’est remis à pleuvoir, elle a entendu la pluie qui tambourinait contre les volets et qui plicploquait au grenier pendant qu’elle était sous cet homme et que le sexe de cet homme dont elle était en train de devenir très amoureuse (ce sont ces histoires d’ocytocine et d’on ne sait quoi qui la rendaient si triste et aimante à la fois), pendant que le sexe de cet homme était en elle, elle se fichait de ce que le docteur Kuckart aurait dit (quelque chose comme, « Méfiez vous de la passion amoureuse, cette maladie mentale ») elle voulait juste que cet homme la complétât et la soulevât, dramatiquement, qu’il pressât sa queue dans sa bouche, que sa nudité fut complète et augmentée, et depuis combien d’années n’avait-elle pas mis la queue d’un homme dans sa bouche, la peau si lisse et tendue, sa texture et son sel ? ».

Chronique rédigée par Amanda Meyre

 

Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé, Editions de l’Olivier, 236 p,19 euros, ISBN : 978-2 87929 827 6

 Retrouvez l’interview de Véronique Ovaldé ici. 

Quatrième de couverture  :

Quand sa fille Paloma déserte sans prévenir la somptueuse villa familiale, Vida Izzara croit en deviner la raison : elle serait partie avec son amant vivre une vie moins conventionnelle. Jusqu’au jour où Vida comprend que c’est elle aussi que Paloma fuit. Aidée par Taïbo, qui enquête sur un couple de jeunes gens habitant clandestinement les demeures inoccupées de la région, elle part à la recherche de sa fille. Ce périple la conduira de l’Irigoy de son enfance aux recoins secrets de son coeur. 
Les vies d’oiseaux, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est amené à se défaire de ses liens – conjugaux, familiaux, sociaux -pour éprouver sa liberté d’exister.

Véronique Ovaldé nous emporte dans l’exploration d’un monde passé au filtre de son imaginaire. Avec Des vies d’oiseaux, elle sonde les relations qui unissent les hommes et les femmes mais en déposant, au coeur même de l’amour, la question de la liberté, laquelle ne se conquiert qu’en partant, sans se soucier d’où l’on vient ni de là où la vie nous mène.

De livre en livre, Véronique Ovaldé s’est imposée sur la scène littéraire, en France et à l’étranger. Son dernier roman, Ce que je sais de Vera Candida, a connu un énorme succès public et critique (Grand Prix des lectrices de Elle 2010, prix France Télévisions 2009, prix Renaudot des lycéens 2009).

 Présentation de l’éditeur

« On peut considérer que ce fut grâce à son mari que madame Izarra rencontra le lieutenant Taïbo ». Car c’est lui, Gustavo Izzara, qui, revenant de vacances un soir d’octobre 1997, appelle la police pour qu’elle vienne constater que sa somptueuse villa de Villanueva avait été cambriolée. Un vol pour le moins étrange puisqu’aucun objet n’a été dérobé et que les intrus, apparemment familiers des lieux, se sont contentés d’habiter la maison en l’absence du couple. Vida Izzara va peu à peu sortir de son silence et dévoiler au lieutenant Taïbo la vérité : Paloma, sa fille unique de 18 ans, s’est évaporée du jour au lendemain avec Adolfo, un mystérieux (dangereux?) jardinier, et elle la soupçonne d’être revenue, par effronterie, insolence, nostalgie ? hanter la demeure familiale. Les vies d’oiseaux, ce sont celles que mènent ces quatre personnages dont les trajets se croisent sans cesse. Chacun à sa manière, par la grâce d’un nouvel amour, est conduit à se défaire de ses anciens liens, conjugaux, familiaux, sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister. Sans plus se soucier d’où il vient ni de là où la vie le mène. Avec Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé continue à explorer les rapports qui lient les hommes et les femmes.

 



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin