Le Palais de Mémoire d’Elise Fontenaille

Le Palais de Mémoire d’Elise Fontenaille

Tu n’es plus là, et moi j’erre dans mon palais de mémoire ; autrefois il était somptueux, je ne me lassais pas de l’arpenter… Depuis que tu es parti, toutes les pièces sont dévastées, il sent la mort et la fumée ; mon beau palais a brûlé, je n’y retrouve rien de ce que j’y avais laissé.

Parfois, tu le traverses en silence, l’ombre de ton faucon sur l’épaule ; je voudrais te parler, je tends les bras vers toi… mais tu t’en vas sans me voir.

Moi qui ai toujours les yeux jetés sur mes pensées et en particulier le passé, je ne pouvais qu’être attirée par un tel titre, qui nous entraîne dans cet art ancien qu’est l’ars memoriae, et nous explique, à travers une fiction qu’il ne serait pas exagéré d’appeler conte philosophique, comment construire son propre palais de mémoire.

Dans une fumerie d’opium où il est passé de l’autre côté du monde réel, Artus de Leys, un jésuite exilé en Chine au XVIIIème siècle et qui a depuis perdu la foi, s’est définitivement exilé dans ce qui reste de son palais de mémoire, seul lieu où il peut vivre et revivre pleinement son histoire d’amour avec le prince Jade. Que s’est-il passé pour qu’il en arrive là ? C’est ce qu’il va nous raconter, en nous faisant visiter ce palais…

J’ai vraiment été séduite par ce court roman, et j’espère vraiment qu’il trouvera de nombreux lecteurs, car il le mérite. L’histoire, une histoire d’amour qui finit mal, est empreinte d’une grande tristesse et d’une grande poésie à la fois, et c’est là que l’auteur a particulièrement su me toucher : il s’agit d’un amour pur bien qu’interdit, d’un amour passionné qui exige un don total de soi et qui, prenant un cours tragique, ne peut se vivre que dans les souvenirs. Du coup, le lecteur, peu à peu, apprend lui-même à construire son palais de mémoire, où il pourra placer à sa guise tout ce dont il veut se souvenir. A vrai dire, ce n’est pas si simple que cela à mettre en pratique, mais j’ai trouvé l’idée particulièrement séduisante, d’autant qu’elle est soutenue par une écriture ciselée et maîtrisée, et une très grande culture qui est présente sans se montrer pesante, notamment du point de vue historique : non seulement on découvre l’art de la mémoire, mais aussi la Chine ancienne, ses us et coutumes, les problèmes religieux. Bref, une belle réussite, un roman riche et dense malgré son petit nombre de pages, et une très belle découverte pour moi !

Chronique rédigée par L’Irrégulière

Le Palais de Mémoire, Élise FONTENAILLE, Calmann-lévy,ISBN 978-2-7021-4243-1, 161p, 15€

 

Quatrième de couverture 

Depuis que je suis revenu dans la fumerie, j’ai cessé de souffrir, je vis reclus dans mon palais de mémoire. Les yeux clos, l’embout brûlant entre les lèvres, je vois Jade tel qu’il m’apparut en ce jour lointain, à la grande chasse d’automne, son faucon sur un bras…

Dans les limbes d’une fumerie d’opium, le jésuite Artus de Leys, déserté par la foi, déchiré par l’amour, hésite entre le réconfort de l’oubli et la douleur du souvenir. L’homme qu’il aime n’existe plus que dans son esprit, et pour l’y faire revivre sans cesse, Artus bâtit un édifice imaginaire hérité d’un art antique : un palais de mémoire.

Au fil des « pièces » qu’il y ajoute, il se revoit arrivant en Chine pour former les jeunes lettrés de la Cité interdite à l’invitation de l’empereur Kangxi. Il revisite sa vie parisienne, convoque ses amis d’antan. Il chevauche à travers la Mandchourie au côté de Jade, son élève bien-aimé, prince qu’il initie à l’ars memoriae et à la foi chrétienne. Mais Artus ne peut repousser le souvenir du tour funeste que prendra leur passion, sous peine de voir s’effondrer son palais de mémoire…

À travers ce conte tourmenté, exquis, Élise Fontenaille entraîne le lecteur sur des chemins intellectuels, spirituels et sensuels, dans un voyage hypnotique.

Née à Nancy, Elise Fontenaille a été journaliste à Vancouver, puis en France. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture et a publié de nombreux romans, dont Brûlement, L’Aérostat et Les Disparues de Vancouver (Prix Erckmann-Chatrian).

 

 

 



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