Léna de Virginie Deloffre

Nous sommes en Russie dans les dernières années de l’empire soviétique. Dimitri, un scientifique exilé en Sibérie loge chez Varvara, une femme communiste. Ce couple vit au rythme des lettres reçues par Léna, leur nièce adoptive. Elle est partie, il y a déjà quelques années… Elle est mariée à Vassili, pilote dans l’armée de l’air. Léna vit dans une attente perpétuelle des retours de missions : elle ne sait pas quand son mari revient ni quand il part. Elle ne s’intéresse pas à son métier. Elle attend, imperturbable, solitaire, songeuse, immobile. Les départs de son époux la plonge toujours dans un grand désespoir qu’elle partage de manière épistolaire avec Dimitri et Varvara. Ces lettres évoquent la petite fille qu’elle était, et qui « vivait » lorsque Dimitri l’emmenait en expédition dans le grand Nord, mais elles expriment aussi une tristesse de plus en plus intense : Vassia s’éloigne d’elle et cultive un rêve extraordinaire : devenir cosmonaute pour poursuivre la conquête de l’espace initiée par Gagarine. Son nouveau métier lui donne la gloire du voisinage : Léna, elle, ne comprend pas les décisions et les visions du monde de son mari. Malgré ses divergences de vue initiales, Léna va être amenée à réfléchir sur sa propre existence intimement lié à celle de son pays.

Virginie Deloffre nous offre un premier roman fort réussi : on se croit en Russie dès les premières pages .L’atmosphère, le climat, l’âme et tous ses petits détails qui jalonnent les pages jusqu’au point culminant de la fierté du peuple russe lors de la conquête spatiale…tout y est. L’auteure réussit avec brio à nous raconter une histoire individuelle, celle de Léna, sur un fond d’histoire collective, très précis et argumenté. La construction du livre est intéressante : on alterne entre les lettres écrites par Léna (qui nous permettent de découvrir son enfance), et les réactions des deux êtres qu’elle chérit (entre passé et présent). Ce choix dans la construction permet un dévoilement progressif des personnages : Léna se dessinent peu à peu avec finesse, pudeur et retenue. C’est un joli portrait de femme nostalgique, mélancolique, déterminée, et intelligente qui apprend des autres et de ce que lui offre la vie.

Un très joli premier roman aux personnages attachants sur un fond d’histoire saisissant que je vous recommande.

Chronique rédigée par Fanny 

Léna, Virginie Deloffre, Albin Michel, ISBN : 9782226229700, Prix : 19 €, 268 pages

 

Quatrième de couverture :

Léna est née dans le Grand Nord sibérien, elle aime plus que tout la brume, la neige, l’immobilité et l’attente, qui n’ont ni couleurs ni frontières. Son mari Vassia, pilote dans l’armée de l’air, n’a qu’un rêve, poursuivre la grande épopée soviétique de l’espace dont Gagarine fut le héros et qui reste l’immense fierté du peuple russe.

Comment acclimater leur nature profonde, leurs sentiments et leur vision du monde si différents en ces temps incertains de perestroïka où s’effondre leur univers ?

 

Un premier roman étonnant où tout est dit de l’âme russe, paysans dans leurs kolkhozes, des exilés dans la taïga, des citadins entassés dans leurs appartements communautaires, qui tous ont pour ligne d’horizon l’envol et la conquête spatiale comme un Eldorado collectif et puissant.

Virginie Deloffre est médecin à Paris. Fascinée depuis l’enfance par la Russie, elle signe ici son premier roman.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Histoire de Nenetses

    A Virginie Deloffre
    Aux bons soins d’Albin Michel

    Dans votre roman, l’héroïne Elena est originaire du nord de la Sibérie dans le pays des Nenetses. (Les Inuits de Sibérie) A la page 81, vous racontez l’histoire de sa grand-mère qui était née au bord de la mer Kara dans une tribu d’esquimaux éleveurs de rennes. Elle aurait eu un accident de traîneau qui lui aurait broyé la jambe et une partie du bassin. N’ayant pas pu être soignée correctement, elle en aurait conservé un handicap en boitant toute sa vie.

    Etonnant ce récit, permettez-moi de vous expliquer pourquoi. Même s’il s’agit d’un roman, vous avez du puiser votre inspiration dans un récit ce qui me conduit à vous raconter l’histoire qui suit. Par le plus grand des hasards de la vie, je me suis retrouvé à Kirov, aux portes de la Sibérie, où je suis resté plusieurs semaines, reçu par une jeune femme Elena et sa mère. Toutes deux ont vécu à Tazovlsy, au bord de la mer de Kara dans l’océan arctique. Le père d’Elena, militaire dans l’aviation, avait du être affecté à cette base et Elena était née là-bas. Puis le couple s’étant séparé, les deux femmes ont du émigrer vers le sud, à environ 3500 km, la première grande ville : Kirov. En fait, Elena a vécu toute son enfance dans le pays des nenetses dont elle m’a beaucoup parlé.
    Un jour, elle me dit :
    - Sais-tu que toutes les femmes Nenetses boitent ….
    - Ah bon ? Pourquoi donc ?
    - C’est un rituel chez eux, lorsque nait un enfant, si c’est une fille, le père lui casse un pied pour que plus tard, son futur mari n’est pas à lui courir après.

    Cette histoire m’avait édifié et cela d’autant plus, qu’Elena m’avait confié ce souvenir sur un ton très détaché.

    Que votre récit relate l’histoire d’une femme nenetse qui, comme par hasard, boite à la suite d’un accident, cela me fait donc sourire et me rappelle tristement cette confidence d’une autre Elena que j’ai bien connue…

  2. A Virginie Deloffre
    Aux bons soins d’Albin Michel

    Je suis plongée dans votre roman .
    Je le lis lentement pour apprécier cette atmosphère que vous avez su si bien évoquée . Cette mesure si particulière du temps russe ( je pense souvent au personnage féminin du Miroir assise dehors contre une cloture de bois et qui attend ) et vous remercie aussi pour cette manière tendre de parler d’un pays et d’un peuple quand d’autres n’ont de cesse de les dénigrer en bloc avec la bénédiction de leur mère soviétologue …

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